TABLE DES MATIERES

 

LETTRE OU EPITRE A MESSIEURS LES MAIRES ET CONSULS DE SIX-FOURS ET DE LA SEINE : 8

HISTOIRE DE SIX-FOURS : 10

AVANT PROPOS DE L’HISTOIRE : 10

SITUATION DE SIX-FOURS : 10

SON ETYMOLOGIE, TIREE DE CINQ VILLAGES QUI ETAIENT AU LONG DE LA COTE DE LA MER : 11

FORME DES BATIMENTS ANCIENS DU LIEU : 13

SON CHATEAU, SA FORME, ET LE TEMPS QU’IL ETAIT ENCORE EN ETAT : 13

SECONDE BATISSE DU LIEU : 14

ANCIENNETE DE SIX-FOURS DEVANT LA NAISSANCE DE JESUS CRIST : 15

FONDATION DE MARSEILLE : 16

JUSTIFIEE PAR LE GRAND CARTABLE DE SAINT VICTOR : 17

HISTOIRE DE LA FONDATION DES VILLES DE GAULLE : 18

HISTOIRE DU GRAND SIRUS : 19

HISTOIRE DE PROVENCE : 20

HISTOIRE DE TARQUIN PRISCUS : 21

EXPLICATION DES DROITS SEIGNEURIAUX : 22

LA TROISIEME PARTIE DE SIX-FOURS APPARTENAIT AUX VICOMTES DE MARSEILLE, AVEC DIVERSES TERRES : 22

DONATION DE GAUFREDE, VICOMTE DE MARSEILLE, A L’ABBE : 23

DONATION FAITE PAR HUGUES GAUFREDI ET SA FEMME DULCINE, A L’ABBE : 23

ADRIAN; PAPE, PAR SA BULLE, CONFIRME LA DONATION : 23

GREGOIRE, PAPE, PAR SA BULLE, LA CONFIRME : 24

RECONNAISSANCE DE AMADINUS, ABBE, DE LA TERRE OU CHATEAU DE SIX-FOURS ET AUTRES PLACES : 24

DONATION DE BERTRAND, COMTE DE PROVENCE, A L’ABBE : 24

LETTRES PATENTES DE LA REINE JEANNE, PORTANT QUE LES REGALES ET AUTRES DROITS ET JURIDICTION SUR LA MER, SONT A L’ABBE : 25

RELATION DE LA PROCEDURE QUI FUT ENSUITE FAITE : 27

ACHAT DES TASQUES ET DEMI TASQUES AVEC PERMISSION DE FAIRE DES MOULINS A HUILE : 28

ACHAT DES TERRES DES TERRES DES PALLUNS : 28

ACHAT DE LA SISIEME PARTIE DES FOURS, DU DROIT DE SENSALLAGE, DROIT DE POIDS, DE CENSE, LODS ET AUTRES DROITS DU SEIGNEUR DE SOLLIERS : 29

PREMIER TRANSACTION PASSEE AVEC MONSEIGNEUR LAURENS STROSSI, ABBE, PORTANT NOUVEAUX BAILS DE DIVERS BIENS, AFFRANCHISSEMENT DES DROITS DE LODS ET CENSE : 30

SECONDE TRANSACTION QUI CONFIRME LA PREMIERE : 32

TROISIEME TRANSACTION SUR LE MEME SUJET : 33

EXIBITION DE LA BULLE « SI IN EVIDENTEM » DE NOTRE SAINT PERE LE PAPE, PORTANT NOMINATION DE COMMISSAIRES APOSTOLIQUES : 35

MOYENS D’UTILITE DONNES PAR LA COMMUNAUTE, AVEC LA PROCEDURE ENSUITE FAITE PAR LES COMMISSAIRES APOSTOLIQUES : 35

TEMOINS VUS PAR LES COMMISSAIRES APOSTOLIQUES : 36

ORDONNANCE DE NOMINATION D’EXPERTS : 36

CONCLUSIONS DU PROCUREUR DU ROI : 37

SENTENCE DE CONFIRMATION DES TRANSACTIONS : 38

ARRET DE LA COUR DU PARLEMENT D’HOMOLOGATION DE LADITE SENTENCE : 39

ARRET DE LA DITE COUR QUI DEBOUTE LE SEIGNEUR DE FRANCHIPANI, ABBE, DE SA DEMANDE : 39

ARRET DE LADITE COUR, QUI DEBOUTE SON ALTESSE MONSEIGNEUR DE VENDOME DE SA DEMANDE : 40

QUITTANCE DE MIL ECUS, QUE LA COMMUNAUTE S’OBLIGEA AU SEIGNEUR ABBE, PAYEES AU RECEVEUR DU DIXIEME : 41

JUGEMENT QUI DECHARGE LA COMMUNAUTE DU HUITIEME DENIER : 41

JURIDICTION A RAISON DE LA LAIDE (LEYDE) AU BORD DE LA MER, ET DES DROITS D’ICELLE : 41

PROCEDURES QUI JUSTIFIENT QUE LE SEIGNEUR ABBE A JURIDICTION SUR LA MER : 42

ACHAT DE LA JURIDICTION HAUTE ET BASSE : 43

DIVERS PRIVILEGES ACCORDES A LA COMMUNAUTE QUI SONT ENTRE AUTRES CELUI DU PORT DE MARSEILLE, CELUI D’ALLER PRENDRE DANS LA REPE, PAR LA SENTANCE RENDUE PAR LE SEIGNEUR ARCHEVEQUE D’ARLES : 44

TRANSACTIONS PASSEES A RAISON DES MAISONS BATIES SUR LES REGALES : 46

PROCES INTENTE PAR LA COMMUNAUTE A RAISON DES REGALES : 47

ARRET DE LA COUR RENDU EN CONSEQUENCE : 48

RAPPORT DES LIMITES DES REGALES : 50

CHANGEMENT D’UNE PARTIE DU LIT DE LA RIVIERE DE REPE ET LA TRANSACTION ENSUITE FAITE : 51

GARDE DU CAP DE SICIECH FORT ANCIENNE : 52

COMBAT AU TERROIR CONTRE LES SARRASINS : 52

FRANCHISE DES DROITS DE PEAGE : 53

SAUVE GARDE DE PLUSIEURS GOUVERNEURS : 54

AFFOUAGEMENT DES COMMUNAUTES : 58

TRANSACTION PASSEE AVEC MESSIRE JULIEN, ARCHEVEQUE DE MEDICIS : 58

MOULINS ARRENTES AVEC LA VENTE DU BLE : 59

VENTES DES MOULINS AVEC RETENTION DE LA DIRECTE : 60

DEUX TOURS DE MOULIN COMMENCEES AU COLLET DE GOUDAY SONT A LA COMMUNAUTE : 61

MOULINS A HUILE APPARTENAIENT A LA COMMUNAUTE : 61

FOURS : COMPTE DE CE QUE CHACUN DES PROPRIETAIRE Y PARTICIPENT : 61

FOURS : EN QUEL TEMPS ONT ETE BATIS : 62

SALINS DES EMBIERS : TRANSACTION ET ACTES PASSES A RAISON DE L’ILE DES EMBIERS : 63

PERMISSION ACCORDEE PAR LE SEIGNEUR EVEQUE DE TOLLON POUR LA PECHE : 66

PROCES DU GANGUI : 67

EMPRUNT FAIT PAR LE ROI : 68

PROCES, AVEC ARRET POUR RAISON, DU PRIEURE DE ST MANDRIES : 69

TASQUES ARRENTEES : 71

DIFFERENCE DU REVENU ANCIEN DES DROITS SEIGNEURAUX DE CEUX DU PRESENT : 71

VINGTAIN IMPOSE SUR LES FRUITS : 73

AUTRE VINGTAIN IMPOSE SUR LES FRUITS : 73

DIXAIN IMPOSE SUR LES FIGUES : 73

ARRET QUI DECLARE LES TAILLES VIEILLES : 74

PERMISSION DE VOITURER LE VIN, TANT PAR MER QUE PAR TERRE, ET LE PASSER DANS TOLLON, SES FAUBOURGS ET TERROIR : 75

RAPPORT DU BLE PERCU A SIX-FOURS ET DU PRIX D’ICELUI : 76

ORDRE DE PORTER DES VIVRES A L’ARMEE TURQUESQUE : 76

ORDRE DE FOURNIR D’HOMMES POUR LE SERVICE DU ROI : 77

ORDRE POUR L’AVITAILLEMENT DES PLACES AVEC LE REGLEMENT DE CE QUE LES COMMUNAUTES DOIVENT FOURNIR : 78

PERMISSION DE TENIR D’ARMES ACCORDEE PAR PLUSIEURS GOUVERNEURS : 78

ORDRE DE PRENDRE LES ARMES, TOUS LES ANS, LE JOUR DE ST JEAN : 80

PERMISSION DE PORTER LE CHAPERON : 80

MARCHE ACCORDE TOUS LES JEUDI : 80

DROIT D’ANCRAGE MAL PRETENDU PAR LA COMMUNAUTE DE TOLLON AU PORT DE LA SEINE : 81

IMPOSITION FAITE SUR LE NEGOCE DE LA MER : 81

PETOUA : PETIT OISEAU PRESENTE EN HOMMAGE AU SEIGNEUR, AVEC SON EXPLICATION : 82

DIFFERENCE DU PRIX ANCIEN DES DENREES AVEC CELUI DU PRESENT : 83

BATISSE DE LA BOUCHERIE ET HOPITAL : 84

L’HORLOGE : PRIX FAIT DU DOME OU CAISSE : 85

NOUVELLE BATISSE CONTINUEE ET BARRICADES : 85

ASSOCIETE POUR LE NEGOCE DE LA MER : 88

PRISONS DEMANDEES PAR LA COUR : 90

VAISSEAUX TURCS A LA COTE DE SIX-FOURS : 90

LOGES OU GARDETTES FAITES A LA COTE DE LA MER : 91

VAISSEAU ARRIVE AVEC LA CONTAGION ET PROCEDURE FAITE PAR LES INTENDANTS DE SIX-FOURS : 91

ARRET DE LA COUR QUI REGLE LE DROIT D’ENTRER : 92

CONTAGION ARRIVEE A SIX-FOURS : 92

IMPOSITION SUR L’ENTREPOT DU VIN ETRANGER : 93

LA HALLE : LE TEMPS QUELLE A ETE FAITE : 93

DESPARLEMENT DES DETTES DE LA COMMUNAUTE A SES CREANCIERS : 94

DERNIERE BATISSE DE L’AUGMENT DE SIX-FOURS QUI EST LA BOUCHERIE ET L’HOPITAL : 95

FORAINS : TRANSACTION QUI REGLE LEUR CONTRIBUTION : 95

FORAINS : ARRET QUI LES REND CONTRIBUABLES A TOUTES CHARGES : 96

VALLAT DE BERTHE : DE LA MANIERE QU’IL DOIT ETRE : 96

FONTAINE DU CROTTON : SON CHEMIN ET PATEC : 97

CHEMIN DU NEGADOU : SON REGLEMENT : 97

CHEMIN DU GOURG POURRIT : SON REGLEMENT : 98

SICIECH : BOIS DE LA MONTAGNE VENDU : 98

PUIT DU QUARTIER DU MOULIN, PROCHE LE LIEU : 98

DOCTRINE FONDEE A LA PAROISSE ET A LA CHAPELLE DU TERROIR : 99

FONDS : LOGE POUR LES PAUVRES DE LA MISERICORDE : 99

LA PAROISSE DE ST PIERRE A ETE LA SEULE DE S-F : 100

LADITE EGLISE AGRANDIE : 100

FONDATION DE LA CONFRERIE DE CORPUS DOMINI : 101

FONDATION DE LA CONFRERIE DU ST ROSAIRE : 101

AUTEL STE CATHERINE : SOMMATION POUR LE FAIRE RETABLIR : 102

PREDICAT DE L’AVANT CAREME DE LA NOMINATION ALTERNATIVE DES SEIGNEURS EVEQUES ET DU CHAPITRE : 102

TRANSACTION QUI DECHARGE LE SEIGNEUR ABBE DE LA CONTRIBUTION DES DEPANTS DE L’EGLISE ET ACCORDE LA CHARGE DE VIGUIER : 102

RETABLE DU MAITRE AUTEL : 103

PRIX FAIT DE DORER LEDIT RETABLE : 103

PRIX FAIT DU RETABLE ET DU DORE DE L’AUTEL DU PUGATOIRE : 103

CONSACRATION DE L’EGLISE : 104

BULLE POUR LES CLEFS DE ST PIERRE : 106

CHASSE D’ARGENT DE ST PIERRE : 106

ERECTION DU CHAPITRE : 106

IMPETRATION DE LA CHAPELLANIE NOTRE DAME DE CORTINES ET L’ACTE DE CONCARDAT ENSUITE PASSE : 107

DECRET DE MONSEIGNEUR L’EVEQUE DE CONFIRMATION DU CHAPITRE : 108

BULLE DE MONSEIGNEUR LE VICE LEGAT QUI LE CONFIRME : 109

CŒUR OU BANQUERE DE L’EGLISE : 110

ORGUE : PRIX FAIT : 110

FONDATION DE L’OCTAVE DES MORTS : 110

FONDATION DE L’OCTAVE DU SAINT SACREMENT : 111

PRIX FAIT DE SUR DORER L’AUTEL DE ST JOSEPH : 111

LA GRANDE CROIX D’ARGENT : SON PRIX FAIT : 111

NOTRE DAME DE CORTINES : SON ANCIENNETE : 112

PRIX FAIT DU RETABLE DE L’AUTEL : 113

PRIX FAIT DE SUR DORER LEDIT RETABLE : 113

FONDATION DE LA CHAPELLE ST ROCH : 113

FONDATION DE LA CHAPELLE ST ELME : 113

FONDATION DE LA CHAPELLE STE CROIX : 114

FONDATION DE LA CHAPELLE STE ANNE : 115

FONDATION DE LA CONFRERIE DE STE BARBE AGREGEE A LA CHAPELLE STE ANNE : 115

FONDATION DE LA CHAPELLE NOTRE DAME DE PEPIOLE : 115

FONDATION DE LA CHAPELLE ST JEAN : 116

FONDATION DE LA CHAPELLE STE CECILLE DANS L’ILE DES EMBIERS : 117

FONDATION DE LA CHAPELLE NOTRE DAME DE BONNE GARDE SUR LE CAP DE SICIECH : 117

FONDATION DE NOTRE DAME DE SANTE : 119

FONDATION DE NOTRE DAME D’ABONDANCE : 120

FONDATION DE LA CHAPELLE DE ST MARTIN : 121

FONDATION FORT ANCIENNE DE LA CONFRERIE DU ST ESPRIT, SUPPRIMEE : 121

SAUVE GARDE POUR LA TROISIEME FOIS DONNEE PAR MONSEIGNEUR LE DUC DE GUIZE : 122

DENOMBREMENT DES HAMEAUX OU BASTIDES : 123

DENOMBREMENT DES ANCIENNES FAMILLES : 125

SOBRIQUETS QUE LES FAMILLES SE SONT IMPOSES POUR SE DISTINGUER : 127

LE CHAPERON VIOLET AVAIT ETE ACCORDE PAR MONSEIGNEUR DE GUIZE EN 1610 : 129

DELIBERATIONS DU CONSEIL QUI REGLE LES PEINES MUNICIPALES POUR LA GARDE DU TERROIR : 130

CATALOGUE DES SEIGNEURS ABBES ST VICTOR, DEPUIS LA FONDATION LE L’ABBAYE, Y DETAILLANT QUELQUES UNS DES PREMIERS SIECLES : 133

RUBRIQUE DE L’HISTOIRE DE SIX-FOURS : 136

 

 

 

DENANS :

 

 

Histoire de Six-Fours et de la Seine : par Maître Jean Denans, notaire royal desdits lieux et viguier de la Seine.

 

LETTRE OU EPITRE A MESSIEURS LES MAIRES ET CONSULS DE SIX-FOURS ET DE LA SEINE :

 

A Messieurs les Maires, consuls et habitants des lieux de Six-Fours et de la Seine.

 

Il n’y à personne qui puisse ignorer que par la révolution du temps, il n’arrive souvent de fâcheuses affaires aux communautés, et qu’il y a fort peu de personnes, pour ne dire aucun, qui sache bien par quel endroit on peut se défendre, singulièrement lors que les recherches viennent des droits anciens. Les communautés n’étant que trop négligées pour porter les administrateurs à tenir registre des principales mémoires de tout ce qui leur arrive, pour y avoir recours lors que le cas le requiert.

 

C’est ce qui m’a fait prendre la résolution, me servant d’une assez heureuse mémoire, que par la bonté de dieu, j’ai eu, et de la recherche que j’ai fait des anciens et nouveaux documents de vos communautés, de vous présenter ce petit ouvrage que j’ai composé uniquement pour le bien et avantage d’icelles et que les habitants qui les composent en pourront tirer. Je dois avouer de bonne foi, de n’avoir pas fait un ouvrage accompli. Tout ce que j’ai oublié de mettre n’étant pas venu à ma connaissance. J’espère qu’on me fera justice de ne me pas condamner. On ne trouvera pas non plus que le langage et la manière dont j’ai couché tous les articles, soit fort pur et exact. En quoi on peut aussi m’épargner puisque je ne suis pas homme d’études, je me suis contenté de m’expliquer en sorte que toute puisse le bien comprendre. Tout ce qui me peut flatter, c’est que je n’ai rien rapporté qui ne soit véritable et justifié par de bonnes pièces.

 

Vous y trouverez, à l’égard de S-F, son étymologie, la forme de ses bâtiments et de son château, la seconde ou nouvelle bâtisse du lieu, son église, son ancienneté prouvée par divers auteurs, les droits seigneuriaux, les donations faites par les Comtes de Provence ou les Vicomtes de Marseille à l’abbaye de St Victor, avec les bulles des papes de la confirmation, la donation faite par la Reine Jeanne au seigneur abbé des régales et autres droits, l’achat des Palluns, fait dudit seigneur abbé, celui du sensallage et autres droits, fait du seigneur de Solliers, les transactions passées avec les seigneurs abbés, avec la procédure faite par les sieurs commissaires apostoliques et leur sentence, les droits de naufrage donnés aux sieurs abbés, les procès des régales ; le changement d’une partie du lit de la rivière de Repe, avec la transaction, faite pour raison de ce, les procès des régales contre Jacques Daniel et Henry Vidal, la garde de Siciech, la franchise des péages donnés par la Reine Marie et le Roi Louis, son fils, diverses sauvegardes, les affougemant de Provence, arrentement des droits seigneuriaux, ceux des tasques et moulins et la vente desdits moulins, le compte sur la participation des fours, l’Ile des Embiers, la bulle qui permet la pêche, avec le procès du  gangui, la pension du roi, la pétoua, coutumes anciennes et associétté, la permission de tenir d’armes, invasion des turcs, l’ordre de porter des vivres à l’armée turque, arrêt qui règle l’entrée des bâtiments de mer, bâtisse de l’hôpital, marché accordé par lettres patentes du roi, permission de porter le chaperon, le règlement des divers chemins et vallats, imposition faite sur les bâtiments de mer, le procès à raison des tailles personnelles, avec les arrêts qui les déclarent vieilles, catalogue des abbé de St Victor, droit l’augment fait de l’église paroissiale, sa consécration et l’érection du chapitre, les fondations des chapelles du lieu et de son terroir, catalogue des anciennes familles et des hameaux ou bastides et de leur sobriquet et diverses autres remarques, ni ayant rien compris de tout (ce) qui  est obvenu à la Seine.

 

 

HISTOIRE DE SIX-FOURS

 

AVANT PROPOS DE L’HISTOIRE :

 

Si j’avais pensé , dans le temps que je commençais de prendre quelques connaissances des affaires de la communauté de S-F, et si j’avais suivi l’inclinaison que j’ai toujours eue, de m’instruire de son ancienneté et de son origine, et de tout ce qui est arrivé de plus mémorable, j’aurai apparemment pu donner et mettre au jour de belles remarques, tant au sujet des droits et privilèges de la communauté, que de ce qui pourrait satisfaire la curiosité du lecteur, mais n’y ayant jamais pensé que depuis le commencement du mois de juillet 1708, étant âgé de 73 années huit mois, j’ai craint de rendre un singulier service aux habitants, tant dudit S-F, que à ceux de la Seine, qui était autrefois un hameau uni audit S-F, d’entreprendre ce petit ouvrage au moyen duquel, si le lecteur veut bien réfléchir, trouvera que les anciens habitants du lieu étaient tout autre que bien des personnes, non seulement étrangères, mais encore des habitants et originaires du lieu, ont voulu les faire passer, en disant qu’ils étaient des gens à demi sauvages. Il est vrai qu’aux siècles précédents, leur langage était tout à fait grossier, suivi d’un accent assez ridicule, ce qui a donné lieu à divers contes fabuleux, qu’on en a fait et qu’on en fait encore très souvent, par moyen desquels on prétend les faire passer pour sots, ignorants et sauvages. Mais la conduite qu’ils ont tenue, qui sera démontrée ci-après, pour se libérer de diverses servitudes et en se procurent des libertés qui nous font jouir, justifie fort bien, que si leur langage et façon d’agir paraissait grossier, au fond, ils avaient un bon sens commun et ils prévoyaient à leurs affaires à venir. Et je dois dire que leur mémoire est digne de louange. Pourtant, avant que de m’engager à la conduite qu’ils ont tenue, si avantageuse à la communauté et aux habitants qui la compose, je commencerai de parler de la situation du lieu et de son ancienneté.

 

SITUATION DE SIX-FOURS :

 

Je dis donc que S-F est un village bâti sur un coteau d’une haute colline, éloigné d’une lieue et quelque chose de plus de la ville de Tollon (Toulon), étant du diocèse, de la viguerie et du ressort de ladite ville. Bâtie presque au mitan (milieu) de son terroir, lequel avant la séparation du lieu de la Seine, confrontait le seul terroir du lieu d’Ollioulles (Ollioules), qui est du côté de septentrion (nord), et avait pour confront de tous les autres côtés, la mer qui l’entoure, depuis le quartier de La Goubran (Lagoubran), qui est à la petite rade de Tollon, jusqu’au bout de la plage dite le Sauvilh (Bonnegrâce), finissant au quartier de la Lone (les Lones), joignant la petite rivière de Repe, tout proche le lieu de St Nazaire (Sanary). Et depuis que la Seine a été séparée de S-F, et St Nazaire dudit Ollioulles, il a pour confront du coté de levant (est), le terroir qui fut assigné audit la Seine, et de septentrion, a encore le terroir dudit Ollioulles, et celui qui est obvenu* audit St Nazaire. Autrefois, il était appelé Six-Forts et non Six-Fours, ainsi qui (qu’il) est justifié par de vieux documents et par un ancien cachet ou Seel des armes de la communauté, qui sont une coquille de mer autour de laquelle est gravé SIX-FORTS, ce que j’ai très bien justifié.

*Obvier : obtenu par actes

 

SON ETYMOLOGIE, TIREE DE CINQ VILLAGES QUI ETAIENT AU LONG DE LA COTE DE LA MER :

 

On a toujours cru que ce mot de Six-Fours lui fut donné à cause que, dans sont terroir, il y avait six villages.

Le premier desquels est celui de Six-Fours, qui a toujours existé, comme étant le plus considérable, les autres étaient autour du terroir et au rivage de la mer, savoir :

Le second au quartier du Peiron, proche dudit la Seine, où il y a présentement cinq moulins à vent.

Le troisième était au quartier du Crotton, dit autrefois la Crotte (voûte).

Le quatrième était au quartier du Brusq, appelé autrefois le port de Marzan.

Le cinquième, sur une petite éminence appelé Cap Nègre, qui est entre la Codollière (Coudoulière) et la plage du Sauvil.

Le sixième et dernier était au bout du terroir, du côté du couchant (ouest), quartier de la Lone.

On a aussi toujours cru que tous ses quartiers ont tiré leurs noms des villages qui y étaient.

Il y a une opinion  qui paraît assez probable, qui est que les Grecs ou fossances étant venus d’Asie, habitant à Phocée, abordèrent la Provence, qui pour lors s’appelait la Terre des Salluns, ainsi qu’il sera plus amplement parlé ci-après à folio 17, édifièrent Six-Fours et leur donneront ce nom pour une perpétuelle mémoire que les fossances l’ont fondé et fait bâtir. Quand aux six villages ci-dessus mentionnés, il est si bien vrai qu’ils ont été anciennement, en état qu’on a trouvé, il n’y a pas longtemps, en cultivant les terres du quartier du Peiron, divers vestiges des fondements des maisons même; des pavés d’icelles de brique à la mosaïque, qui n’étaient pas plus large d’un sol, marqué de diverses couleurs, enchâssées et cimentées sur des matières fortes.

Ce qui est si trivial, que tous les habitants de la Seine un peu avancés en âge, ont vu et dont il s’en conserve encore quelques pièces à des maisons particulières.

 

A celui du Crotton, il y a encore divers vestiges d’une quantité de fondements de maisons qui traversent le chemin de la fontaine dudit quartier. Et ce qui justifie encore mieux que, audit quartier, il y avait un village, c’est que l’année 1707, Louis Guigou, à feu Estienne, dit Peirolle, possesseur d’une pièce située du côté du couchant dudit chemin et de la fontaine, voulant y faire une bastide, trouva en ouvrant les fondements de ladite bastide, des murailles à chaux et sable, d’une épaisseur et profondeur assez grande qui étaient sans doute les fondements des maisons. Lesquelles murailles, avec peine, il put les rompre, étant fortement cimentées. Des pierres desquelles murailles et de diverses autres qu’il découvrit à son fond, il fit bâtir sa bastide. Qu’il y a dans ladite pièce, à ce qu’il a dit, divers autres fondements de murailles de maisons, même un canal, bâti pour la conduite des eaux dudit quartier vers ladite fontaine.

 

Celui du Brusq paraît par plusieurs vestiges des murailles des fondements des maisons qui traversent le chemin qui va aux magasins dudit quartier. Et encore par une partie d’un fort qu’on appelait la Citadelle, fort proche du rivage de la mer, duquel il y a encore une partie du reste des fondements d’une grande épaisseur, avec un reste de pierres, du débris desquelles, depuis un très long temps, en est enlevé pour le service de la madrague.

Cette citadelle était dans la terre qui est présentement possédée par le nommé Joseph Lafont, par lui acquise des hoirs de Jean Curet dit Loup, étant du côté de ponant  assez proche de la mer. Laquelle, suivant le dire de la veuve de Jean Curet et d’Anthoine Curet, son fils, était carrée d’environ 12 cannes (une canne = 2m)de long et autant de large.

 

De ceux du cap Nègre et de la Lone, il ne paraît aucun vestige. Ce qui n’est pas trop surprenant, puisque les maisons du cap Nègre étant toutes bâties sur des rochers et dont le sol ne permettait pas de faire des fondements, par la facilité qu’on a eu d’emporter les pierres ou de les parsemer. Il n’y a pas eu lieu d’en laisser aucune bâtie une sur l’autre. Et celui de la Lone, étant tout proche de St Nazaire, a été creusé jusqu’aux fondements pour bâtir les maisons qui composent ledit lieu de St Nazaire.

 

FORME DES BATIMENTS ANCIENS DU LIEU :

 

Il est très véritable que S-F a été bâti en deux divers temps. Le premier, qui est fort ancien, est tout ce qui (qu’il) contient depuis la porte de l’horloge, qu’on appelait le grand Portal, tirant au couchant, lequel fut entouré et clos de très bonnes murailles d’une épaisseur fort grande et fort élevée, toutes bâties sur le rocher, terrassées par dedans. Toutes lesquelles sont encore en état, y en ayant néanmoins, à quelques endroits, en partie démolies. Mais la réparation ne serait pas d’une grosse dépense. De manière que, du côté du levant, il n’y avait aucun bâtiment, à la réserve de l’église paroissiale, et à présent collégiale, sous le titre de St Pierre, qui était par ainsi dehors le village.

Laquelle fut bâtie longtemps après la fondation du lieu, à la façon de celle des templiers, c’est à dire en croix, ayant le maître-autel, qui est celui qu’on appelle présentement St Pierre le vieux, du côté de levant, et deux chapelles qui forment la croix. Une étant sous le titre de Ste Catherine, où est à présent Notre Dame du Mont Carmel et l’autre de St Alloi (Eloi), qui existe encore, et son clocher à quatre cloches. Laquelle église était toute bâtie par dedans et par dehors, aussi bien que les voûtes, avec des pierres de taille dures.

 

Il y avait aux murailles du village, trois portes. Savoir, celle dessous l’horloge, celle proche l’auditoire du Greffe, et une qui aboutissait presque au plus haut du village, prenant son entrée à la rue qui est au-dessous la halle de la chapelle Ste Anne des frères pénitents bleus, tirant à droite ligne au grand four. Laquelle a été bouchée depuis plusieurs siècles, à la place de laquelle fut ouvert, il y a longtemps, un grand trou en forme de porte, à la muraille de la grande place ou jeu de ballon, et au bout d’icelle, du côté de midi (sud), qu’on appelle le trou de l’Esperon (l’éperon). Mais parce qu’à cet endroit la rue par dedans se trouve plus élevée de la place d’environ trois cannes, pour y pouvoir monter, fut bâti, tout proche les murs, une muraille, au moyen de laquelle, et du remplissage qui fut fait entre ladite nouvelle muraille et celle du lieu, fut fait un chemin ou rue. En montant par lequel, on peut aller assez commodément entrer, par ce trou, dans le village.

 

SON CHATEAU, SA FORME, ET LE TEMPS QU’IL ETAIT ENCORE EN ETAT :

 

Au plus haut du lieu, il y avait un château qui n’était dominé d’aucun endroit. Les murailles duquel, qui paraissent encore, y en ayant même une partie qui ont toute leur élévation, sont d’une grande épaisseur, toutes bâties sur le rocher et terrassées par dedans, étant par ainsi très fort.

Et ce qui le rendait d’autant plus fort, c’est qu’il n’avait qu’une seule porte pour son entrée, qui était du côté de levant, et beaucoup élevée de la place. En sorte que, pour y entrer, fut fait une montée par un chemin couvert au moyen d’une muraille, du côté de midi, qui contournait ladite montée, tirant au septentrion. Auquel côté, ladite porte était défendue par une tour ronde et qui était plus avancée vers levant que ladite porte, de manière qu’icelle ne pouvait pas être aperçue qu’en montant et contournant le pied de la dite tour, le susdit chemin couvert qui conduisait à icelle. Tout cela paraît encore par les vestiges qui y ont restés. Ce château était encore dans son entier en l’année 1546, ce qui apert par un acte d’arrente des droits seigneuriaux, passé par Messire Anthoine Attrochinir, docteur en droit, vicaire et procureur général de Monseigneur Augustin, par la grâce de Dieu, diacre de St Adrian, cardinal de Triultis, abbé de St Victor, à Barthélémy Pairan, d’Ollioulles, reçu par Maître Jean Rainbert, notaire royal du lieu d’Oriol (Auriol). Par lequel, ledit Pairan, en autres, s’obligea de maintenir le toit ou taullice dudit château, en sorte qu’il ne pu pleuvoir dedans icellui, ainsi qui (qu’il) est dit si après à folio 165.

 

SECONDE BATISSE DU LIEU :

 

La seconde bâtisse du dit S-F, qui a été faite très longtemps après la première, n’ayant pas encore deux siècles, consiste à toutes les maisons qui sont du côté de levant de la rue, qui tire depuis la porte du mollin (moulin) jusqu’à celle de St Roc, et à toutes celles qui sont au-dessous et au faubourg, appelé bourgade. Pour la vérification de cette vérité, Maître Jean Martinenq, âgé de 80 ans, a assuré que feu sieur Anthoine Martinenq, son aïeul, qui vivait au commencement du dernier siècle, étant décédé en 1610, avait fait bâtir sa maison, qui est au mitan de la place ou jeu de ballon, étant certain que ladite maison a été faite des première de la nouvelle bâtisse.

 

D’ailleurs, feu Sieur Arnaud de Lombard, mon bisaïeul maternel, qui vivait en 1566, fit bâtir une maison à ladite place, au dessous de la rue de l’horloge. Qui est celle que feu Maître jean Daniel, mon aïeul maternel, a possédé, et la même que j’ai vendu à Honoré Aycard. Du coté de septentrion de laquelle, il n’y avait pour lors, aucune maison. Et c’était une grande place qu’on appelait la place de l’église. Ce qui justifie cette vérité, c’est que sieur Honoré Vidal, ayant fait bâtir une maison, du coté de septentrion de celle dudit sieur Lombard, il lui en paya le droit de cave par quittance publique que j’ai justifié. D’autre part, que le 21 avril 1618, les consuls de S-F firent achat, d’Anthoine et Michel Vicards, frères, à feu Louis, leur portion d’une maison située audit lieu et quartier du Mollin (moulin), à laquelle a été fait la boucherie. Apert de l’acte reçu par Maître André Denans, notaire, ainsi qu’il est porté, par la quittance de 421 livres, du prix de ladite maison, reçu par Maître Lieutaud, notaire, le 9 septembre 1623. La maison qui est présentement possédé par Maître André Vidal, notaire, n’a été bâtie qu’en l’année 1624. Elle est situé à la rue de la porte du mollin (moulin), ce qui est justifié par un écrit privé, fait de la main de feu Maître Jean Daniel, mon aïeul, du premier mai, audit an 1624, gardé par ledit Maître Vidal, par lequel feu Maître André Denans, notaire, son aïeul, donna prix fait, la bâtisse (construction) de la susdite maison, à Michel Cautellier et Honoré Beaussier, Maçons.

Il y a plusieurs autres justifications pour faire voir que la nouvelle bâtisse du lieu, n’a qu’environ un siècle et demi.

 

Cet agrandissement ou nouvelle bâtisse a été close et fermé en partie par des murailles, et l’autre partie, les maisons servent de murailles pour le fermer. Lesquelles murailles furent faites aux frais de la communauté, environ l’année 1633, par ordre de Monseigneur le Maréchal de Vitry, pour lors gouverneur de Provence, qui sont d’assez petite considération, auxquelles on laissa trois portes, qui sont : celle de St Roc, celle du Mollin et celle qui va à Tollon, appelée la porte de Noradon.

 

Etant, par ce moyen, les habitants des bastides, à la réserve de ceux du quartier des Playes, obligés d’entrer par la porte de St Roc ou par celle de Tollon, en contournant du côté de levant, la nouvelle muraille, pour entrer à ladite porte. Mais cette incommodité ne dura pas longtemps, car en l’année 1638, fut ouvert la porte du plan bas de la bourgade. On avait auparavant, et à mesure qu’on agrandissait le lieu par les maisons de la bourgade, fait deux portes pour se fermer, qui sont : celle joignant la chapelle de Ste Croix et celle proche la porte de Tollon. En sorte que, qui voudrait entreprendre de se rendre maître de l’ancien village du côté de la bourgade, faudrait (devrait) forcer et prendre quatre portes et trois retranchements, formés par trois murailles, qu’on appelle barbacanes.

 

ANCIENNETE DE SIX-FOURS DEVANT LA NAISSANCE DE JESUS CRIST :

 

Il est constant que S-F est au nombre des plus anciens villages de Provence. Il y avait une pierre bâtie à la muraille d’une maison, dans l’ancien village, à laquelle étaient gravés des caractères, que j’ai toujours ouïe dire, depuis mes jeunes ans, qu’elle expliquait le temps de la fondation du lieu. Mais on a jamais su expliquer, qui soit venu à ma connaissance, ce que ces lettres ou caractères contenaient. Cette pierre a paru jusque environ l’année 1675, que par la négligence ou le défaut de gens curieux, fut abattue et par conséquent perdue.

 

Environ l’année 1660, j’ai copié sur un papier les susdits caractères, que j’ai conservé un très long temps, mais ce mémoire a été égaré parmi mes anciens papiers.

 

FONDATION DE MARSEILLE :

 

L’ancienneté de S-F peut être tirée de celle de la ville de Marseille, ainsi que divers auteurs, qui seront rapportés ci-après, le justifient. Ce qui est comparant par ce qu’on en sait par tradition, que S-F a été fondée par les fossances.

Il faut remarquer que les fossans, habitants à Phorée, ville de l’Iuonie, à l’Asie mineure étaient dans un terroir si maigre et de si petite étendue, qu’ils ne s’amusaient guère à le cultiver, et ils aimaient mieux s’occuper à la navigation pour le commerce, et le plus souvent pour le course, auquel ils avaient extrêmement bien réussi. Si bien qu’un jour, ils abordèrent avec quelques vaisseaux à l’embouchure du Rosne (Rhône). Où, ayant remarqué curieusement la fertilité du lieu, ils conçurent aussitôt de bâtir une ville. Et étant de retour chez eux, ils racontèrent à leurs compagnons les avantages de ce pays. Et sur leur rapport, plusieurs ayant dressés une flotte pourvue de tous ce qui pouvait être nécessaire à leur dessein, vinrent heureusement surgir en Provence, qu’on appelait pour lors la terre des Salluns, et ayant leur permission du roi Senan, qui demeurait à Arles, bâtirent la ville de Marseille, du temps de Tarquin surnommé Priscus, roi des romains. Environ l’an 4601 après la création du monde, suivant le sentiment d’Uzobe, et 597 ans avant la naissance de Jésus Christ, si on s’en tient à la supputation de Gasserus.

Ces nouveaux habitants ne tardèrent pas longtemps de reconnaître tous les lieux qui leur pourraient servir de port, le long de la côte de la mer, pour s’y retirer au temps des tempêtes, et pour y bâtir des villes pour leur assurance. Et ayant trouvé un lieu propre, qu’on appelai anciennement port Marzan, et aujourd’hui le port du Brusc, ils y bâtirent quelques huttes qui servaient d’asile aux pêcheurs, pendant les tempêtes ou lors qu’ils appréhendaient la surprise les corsaires. Desquels néanmoins, ayant été souvent maltraités et surpris, et considérant les moyens de s’en garantir, ils bâtirent sur le coteau d’une haute colline, distante de la mer du coté de levant et du couchant, d’environ trois quart de lieue, et un fort avec quelques maisons. Et en même temps, ils en bâtirent cinq autres au bord de la mer, qui furent les villages ci-devant mentionnés à folio 4. Avec des forts, qui étaient comme des tours, desquelles ils pouvaient découvrir de loin leurs ennemis, et qui servaient de retraite à ceux qui étaient trop distants et éloignés du village, dont on voit encore quelques vestiges et masures.

Et c’est de là qu’on croit que le nom de S-F fut donné à ce lieu, qui était le plus fort que tous les autres et le plus assuré, tant par sa situation que par ses fortes murailles. Comme en effet, il fut choisi comme un phare, pour servir de retraite assurée à ceux qui, dispersés à la plaine, y cultivaient les terres, pour éviter les fréquentes insultes, ravages et hostilités des sarrasins, maures, turcs et autres barbares.

 

Ce lieu est naturellement fort, n’ayant dans le temps de son établissement, s’il faut croire l’auteur de l’Histoire, ci-dessus allégué, qu’une porte. Ce qui n’est pas conforme à ce que divers autres auteurs ont écrit et à l’aspect du lieu, lequel fut clos de très bonnes murailles où il y avait trois portes, ainsi qu’il est démontré ci-devant, à folio 9.

Dans la suite du temps, la peuplade de ce lieu s’augmenta si fort, qu’elle ne pouvait plus être contenue, ni vivre, que avec une grande souffrance et incommodité, par faute d’eau et du bois qu’il fallait aller quérir par la plaine. Elle se divisa et dispersa en plusieurs colonies qui dressèrent divers hameaux par la plaine, pour y mieux cultiver la terre, y planter oliviers, vignes et figuiers. Les hameaux sont appelés bastides où la plus grande partie des principales familles y habite. Et ce qu’il y a de particulier, c’est qu’en bâtissant lesdits hameaux, les familles ne se mêlèrent pas entre eux(elles). En sorte que les Antelmes, Crestiens, Denans, Daniels, Lombards et autres, en grand nombre, chacune firent leurs hameaux séparés les uns des autres, ainsi qu’il sera rapporté ci-après à folio 301, Que, s’ils étaient tous en un corps, formeraient un des plus grand village de Provence, d’autant plus que son terroir est d’une grande étendue.

 

JUSTIFIEE PAR LE GRAND CARTABLE DE SAINT VICTOR :

 

On lit, dans le grand cartable des archives du monastère St Victor, que l’année 1156 , du temps de Raymond Bérenger, troisième du nom, surnommé le plus jeune , était comte de Barcelonne (Barcelone)et de Provence, Guilheames, qui avait été fait abbé de St Victor, en 1154, mis en cause, par devant ledit seigneur, Raymond Gaufredi, vicomte de Marseille, qui détenait injustement audit monastère, la troisième partie de S-F. Et de plus, la troublait et grevait en plusieurs choses, qui concernaient la paisible possession des deux autres tiers dudit lieu, qui lui appartenaient sans contredit.

 

Le procès ayant traîné longtemps, on l’arbitra, du consentement desdites deux parties, à trois savants hommes de la cour, savoir : Rostan de Tarascon, Hugues Sacristain et Bérenger Bertrand, pour juger, en dernier ressort, leurs différents. L’abbé et les moines disaient que cette troisième partie du lieu de S-F, dont (il) était question, avait été donnée audit monastère par Goffredi, vicomte de Marseille, son aïeul, pour le salut de son âme et rémission de ses pêchés. Et pour le patrimoine et la dotation de Fulco et Pierre, ses deux enfants, qui avaient été mis, par affection et dévotion, pour être moines de ladite abbaye. Que Hugues Gaufredi, vicomte de Marseille, son fils, l’avait ôté audit monastère pour quelques temps, mais avant que partir pour Jérusalem, par acte public, attesté par de bons et valables témoins, l’avait remis audit monastère. Ils prenaient encore, que par de semblables et irréprochables témoins, que ledit monastère avait possédé, pleinement et paisiblement, tout ledit lieu de S-F. Que, par ailleurs, ils avaient très souvent formé des plaintes à la cour, de l’injuste usurpation que ledit Raymond Gauffredi, leur faisait de la dite troisième partie.

Néanmoins, pour le bien de la paix et de mettre en repos ledit monastère, lesdits arbitres jugèrent que ledit monastère céderait, audit Raymond Gaufredi, la moitié du lieu d’Ollières et la troisième parie qu’il avait à Bulcodenes. Et que, en échange, par voix de permutation, ledit Raymond Gaufredi leur céderait la troisième partie des biens de S-F, et tout ce qu’il y possédait, et tout les droits qu’il y pourrait avoir. Sur quoi, ils passèrent transaction, par laquelle ledit Raymond Gaufredi, sa femme Pontis et ses enfants, donnèrent et restituèrent à Dieu et à la Sainte Vierge, au monastère St Victor, audit abbé et moines et à leurs successeurs, tout ce qu’il avait possédé ou leur avait usurpé, audit lieu de S-F. Et ledit Guilheames, abbé, leur donna, à titre de permutation, la moitié qu’il avait au lieu d’Ollières et la troisième partie du lieu de Poucieux, et qu’il avait au Castellan, à Rousset et à Jubalcadont. A laquelle transaction, Pierre, Evêque de Fréjus et Guilhaumes Raymond Cuisinier et autres furent témoins.

 

HISTOIRE DE LA FONDATION DES VILLES DE GAULLE :

 

Par l’histoire des fondations des villes des Gaules, faite en 1539, est porté que l’an second de Sedichias, qui selon Vincens de Beaunoyer, fut le quatrième âge, 476 et du monde 3364, comme récite Betinaud, fut édifiée la cité de Marseille. De laquelle, Justin, en son 43 ° livre, dit que régnant Tarquin, roi des romains, certains jeunes hommes du pays de Phocense, en Asie, contraints par la trop petite étendue et stérilité de leurs terres, s’exercèrent tant à pêcher, marchander, que dérober, plus sur la mer que sur la terre. Et venant vers Rosne (Rhône), entrèrent au fleuve du Tibre où ils firent confédération et alliance avec les romains, et de là, allèrent jusqu’au lieu où à présent est Marseille.
Auquel, prenant plaisir et délectation, retournèrent à leur pays, racontant ce qu’ils avaient vu, émurent et sollicitèrent plusieurs à y aller. Et lesdits phocenses élurent sur eux, deux ducs, savoir Fluri et Pirane, bien que par d’aucun, ce dernier soit nommé Prothis, et navigant, arrivèrent devant Sicaum, roi des Sigorigiens, avec lequel conviendrent (convinrent) d’amitié, demandant lieu et place, enfin de sa terre, pour fonder une cité. D’aventure, ce jour, le roi était occupé pour les noces de Gipte, sa fille, que ce jour, devait être mariée à la coutume du pays  Qui était telle, que tous les conviés étant assis à table, et la fille cheminant au long d’icelle, celui auquel elle donnait de l’eau était élu pour son mari. Et ainsi comme les grecs furent conviés avec les autres, la pucelle introduite par le père, allant par les tables, venant vers les grecs, fut surprise par la beauté de Perane, auquel lui rendit de l’eau. Perane, donc, élut gendre du roi, il obtient le lieu pour édifier une cité. Lors fut fait et fondé Marseille, à l’entrée du Rosne, à un coin comme à l’angle de la mer, entre les Ligures, que nous disons Lombards et les français, comme récite Vollaterranus, en sa biographie. Et d’ilceux, Phocenses, aprendrent (apprirent) lesdits français, la manière de labourer et cultiver les terres, fermer les cités de murs, portes et fossés, ordonner les vignes et oliviers. Et aussi leur baillèrent de justes lois pour se gouverner, parce qu’alors, ils étaient rudes et sauvages. Varre dit qui(ils) parlaient trois langages, savoir : grec, latin et français.

 

HISTOIRE DU GRAND SIRUS :

 

Il est rapporté, par l’histoire du grand Sirus, que le prince Theribulle, poursuivant les peuples de Phorée, ville située en Asie, ainsi qui (qu’il) a été dit ci-dessus, et ceux ci ,tous alarmés de cette poursuite, par la crainte qu’ils avaient de voir toute leur patrie détruite, jetèrent les yeux sur leur prince nommé Perane, pour les conduire, en quittant leur patrie. Perane voulant les rassurer, ils persistèrent à leur dessein. Sur quoi, ce prince ayant amusé Theribulle par une feinte négociation durant deux jours, pendant lesquels il fit équiper tout ce qu’il y avait de vaisseaux au port, qui n’étaient pas un petit nombre. Et en une nuit, ayant fait charger tout ce qu’il y avait de plus précieux dans Phorée, tout le peuple de cette magnifique ville, s’embarqua et (ils) seraient arrivés où est à présent Marseille, où ils auraient fait en rencontre la fille du roi des Sigorigiens qui promenait sur une barque. Et abordant à terre, y trouvèrent le fils du même roi, qui était à la chasse, proche le rivage de la mer. Lequel,  avec la fille, auraient prier leur père de recevoir ce prince de Phorée dans ses terres. Qui leur répondit que dans trois jours, leur feraient savoir sa résolution. Ce qui donna une grande inquiétude à ce prince, laquelle, après les trois jours, fut suivie d’une grande joie, ayant obtenu du roi ce qu’il souhaitait, lequel lui marqua les limites de ce qu’il lui donnait. Et dans fort peu de temps, la ville de Marseille fut bâtie. Je laisse à décrire toutes les circonstances de cette histoire, lesquelles, bien que curieuses, me porteront trop loin, outre qu’elles ne sont pas de mon sujet. Je dirai seulement que cette flotte arrivant au port, il se trouva qu’il y avait une grande quantité de pêcheurs sur le sur le rivage, qui s’y étaient assemblés pour les voir aborder. De sorte que les mariniers de chaque vaisseau, leur jetant leur câble, les prièrent de les lier à terre. Si bien que les premières paroles ou mots qu’ils prononcèrent, furent celles de « pêcheurs » et celles de « lier », qui, en langage grec, en les corrompant un peu, forment le nom de Marseille. Où, pour mieux dire, en jetant leurs câbles, criaient à leur langage grec, MASSELLI, qui signifie, en notre langage « lier », et en provençal donne « vouto ». Et c’est de ce mot, « Masselli », qu’on a donné le nom à Marseille.

 

HISTOIRE DE PROVENCE :

 

Monsieur Bouche, par son Histoire de Provence, rapporte qu’en la bulle de Grégoire septième, de l’année 1084, il dit Six-Furnus. Solleri rapporte, que autrefois, on a vu cette inscription Six-Furi, sur un fragment de pierre, et partant, que Sixtus Furius peut avoir été son fondateur, et que de là est venu, sans doute, le nom de Six-Fours. Et que l’on y voit encore sur une pierre, cette inscription : DM IVL THLVSSA SIBI ET SVIS FECIT.

 

Apparemment cette inscription est celle qui était sur cette pierre, qui a été parlé ci-devant à folio 15. Puisque du temps que monsieur Bouche a fait l’Histoire de Provence, cette pierre était encore en état.

Le sus-allègué, Solleri, dit et rapporte encore que les habitants de ce bourg surpassaient en grandeur les personnes de tous les autres villages de cette province, étant pour l’ordinaire, de 8 à 9 palmes de hauteur. Et ajoute qu’ils observaient encore de son temps, et aux siècles passés, de ne vouloir permettre aucun mariage que entre des personnes originaires du même lieu, pour ne pas diminuer de la hauteur de leurs ancêtres.

Il est encore dit et que tous les auteurs sont d’accord, que régnant dans Rome, Tarquin Priscus, et dans la 16° année de son règne (qui était, de la création du monde, 3454, depuis la fondation de la ville de Rome 153, et devant la naissance de Jésus Christ, 598).

Au point que le roi des Sigorigiens voulait marier sa fille, et que pour ce sujet, suivant l’usage du pays,

il avait convié à un festin tous les prétendants à ce mariage, laissant la liberté à la fille de choisir pour mari un de tous les conviés à ce banquet. Une flotte maritime de grecs phocenses arrivant aux mers de ponant, et que son commandant était descendu à terre pour aller saluer le roi et retenu à dîner parmi les conviés.

Et là, ou par sa bonne fortune, ou par la vertu, ou bonne grâce, il fut choisi par la fille pour être son mari. Et que, après le mariage, il obtient de bâtir Marseille. Ce roi se tenait à la ville d’Aix, et c’est à cette ville que le festin ce fit, et par conséquent le mariage.

Justin dit ce que en dit Aristote, et assure que le roi des Sigoregiens était nommé Senanus et sa fille se nommait Ciptis, et que les conducteurs de la flotte grégorienne étaient nommé Fluvius et Peranus, et que de ce mariage en sorti Protis. Il ajoute que les anciens provençaux étaient fort brutals (brutaux) et sauvages.

Cette addition est ce qui est rapporté par l’histoire de la fondation de Marseille, dans le livre de la fondation des principales villes des Gaules.

En disant que les provençaux étaient rudes et sauvages, justifie que, mal à propos, on a voulut dire que les anciens habitants de S-F étaient des gens à demi sauvages, puisque supposer que cela fut leur qualité, était plus avantageux que celle de tout le reste des provençaux, et à tout cas, elle était commune avec celle de tous les habitants de Provence.

 

 

 

 

HISTOIRE DE TARQUIN PRISCUS :

 

Tarquin premier dit Priscus ou l’ancien, roi des romains, fils d’un homme de Corinte (Corinthe) nommé Demarathus, qui était établi dans la Toscane, après la mort de son père, alla à Rome et par son adresse, se mit sur le trône, après certains malheurs, l’an 139 de la ville de Rome et 615 avant Jésus Christ. Il institua le jeu du cirque, soumis quelques places voisines, accru le nombre des sénateurs, jeta les premiers fondements du capitole, fit serrer des cloaques où tombaient les immondices de Rome. On dit qu’il fut assassiné par le fils de son prédécesseur, la huitième de son âge, après avoir régné trente huit ans. Ce fut en l’an 170 de Rome et 517 avant Jésus Christ, Servius Turris fut mis à sa place.

J’ai fait cette observation de Tarquin, à raison de ce que les auteurs qui parlent de la fondation de Marseille, s’ils ne sont pas bien d'accord du temps, du moins tous conviennent qu'elle fut faite par les Phocenses du temps que Tarquin Priscus régnait à Rome, et dans la 16° année de son règne. Et que pour lors, S-F fut édifié, sur la supputation duquel temps la fondation de Marseille fut faite, l’an de Rome 155 et avant la naissance de Jésus Christ, 501. Et par ainsi on peut dire, suivant ce qui est porté par les historiens, que la fondation de S-F est environ 500 ans avant la naissance de Jésus Christ.

 

EXPLICATION DES DROITS SEIGNEURIAUX :

 

Les droits seigneuriaux n’ont jamais appartenus entièrement aux seigneurs abbés de St Victor, ainsi qu’il sera justifié par bonnes et valables pièces, titres et documents. Car Monsieur le Marquis de Solliers (Sollies) avait diverses censes et la direte (directe) de plusieurs propriétés de terres, la sixième partie des fours banaux, le droit de Sensallage et autres droits.

Madame Celete de Rodis avait la 20° partie des fours et la famille des Vicards avait, comme il a encore, la 40° partie des dits fours. D’autre part la Chapelle N.D de Pépiolle, avait, comme elle a encore, les censes, diretes (directes), et droits de lods de quelques propriétés de terres, toutes situées au terroir dudit S-F. Il y avait encore, au terroir dudit S-F, divers autres propriétaires de terres et maisons qui relevaient de la directe de divers particuliers, et que le tout a été uni à la communauté, et entre autre