LETTRE OU
EPITRE A MESSIEURS LES MAIRES ET CONSULS DE SIX-FOURS ET DE LA SEINE :
SON
ETYMOLOGIE, TIREE DE CINQ VILLAGES QUI ETAIENT AU LONG DE LA COTE DE LA
MER :
FORME DES
BATIMENTS ANCIENS DU LIEU :
SON
CHATEAU, SA FORME, ET LE TEMPS QU’IL ETAIT ENCORE EN ETAT :
ANCIENNETE
DE SIX-FOURS DEVANT LA NAISSANCE DE JESUS CRIST :
JUSTIFIEE
PAR LE GRAND CARTABLE DE SAINT VICTOR :
HISTOIRE
DE LA FONDATION DES VILLES DE GAULLE :
EXPLICATION
DES DROITS SEIGNEURIAUX :
LA
TROISIEME PARTIE DE SIX-FOURS APPARTENAIT AUX VICOMTES DE MARSEILLE, AVEC
DIVERSES TERRES :
DONATION
DE GAUFREDE, VICOMTE DE MARSEILLE, A L’ABBE :
DONATION
FAITE PAR HUGUES GAUFREDI ET SA FEMME DULCINE, A L’ABBE :
ADRIAN;
PAPE, PAR SA BULLE, CONFIRME LA DONATION :
GREGOIRE,
PAPE, PAR SA BULLE, LA CONFIRME : 24
RECONNAISSANCE
DE AMADINUS, ABBE, DE LA TERRE OU CHATEAU DE SIX-FOURS ET AUTRES PLACES :
DONATION
DE BERTRAND, COMTE DE PROVENCE, A L’ABBE :
RELATION
DE LA PROCEDURE QUI FUT ENSUITE FAITE :
ACHAT DES
TASQUES ET DEMI TASQUES AVEC PERMISSION DE FAIRE DES MOULINS A HUILE :
ACHAT DES
TERRES DES TERRES DES PALLUNS :
SECONDE
TRANSACTION QUI CONFIRME LA PREMIERE :
TROISIEME
TRANSACTION SUR LE MEME SUJET :
TEMOINS
VUS PAR LES COMMISSAIRES APOSTOLIQUES :
ORDONNANCE
DE NOMINATION D’EXPERTS :
CONCLUSIONS
DU PROCUREUR DU ROI :
SENTENCE
DE CONFIRMATION DES TRANSACTIONS :
ARRET DE
LA COUR DU PARLEMENT D’HOMOLOGATION DE LADITE SENTENCE :
ARRET DE
LA DITE COUR QUI DEBOUTE LE SEIGNEUR DE FRANCHIPANI, ABBE, DE SA DEMANDE :
ARRET DE
LADITE COUR, QUI DEBOUTE SON ALTESSE MONSEIGNEUR DE VENDOME DE SA
DEMANDE :
QUITTANCE
DE MIL ECUS, QUE LA COMMUNAUTE S’OBLIGEA AU SEIGNEUR ABBE, PAYEES AU RECEVEUR
DU DIXIEME :
JUGEMENT
QUI DECHARGE LA COMMUNAUTE DU HUITIEME DENIER :
JURIDICTION
A RAISON DE LA LAIDE (LEYDE) AU BORD DE LA MER, ET DES DROITS D’ICELLE :
PROCEDURES
QUI JUSTIFIENT QUE LE SEIGNEUR ABBE A JURIDICTION SUR LA MER :
ACHAT DE
LA JURIDICTION HAUTE ET BASSE :
TRANSACTIONS
PASSEES A RAISON DES MAISONS BATIES SUR LES REGALES :
PROCES
INTENTE PAR LA COMMUNAUTE A RAISON DES REGALES :
ARRET DE
LA COUR RENDU EN CONSEQUENCE :
RAPPORT DES
LIMITES DES REGALES :
CHANGEMENT
D’UNE PARTIE DU LIT DE LA RIVIERE DE REPE ET LA TRANSACTION ENSUITE
FAITE :
GARDE DU
CAP DE SICIECH FORT ANCIENNE :
COMBAT AU
TERROIR CONTRE LES SARRASINS :
FRANCHISE
DES DROITS DE PEAGE :
SAUVE
GARDE DE PLUSIEURS GOUVERNEURS : 54
AFFOUAGEMENT
DES COMMUNAUTES :
TRANSACTION
PASSEE AVEC MESSIRE JULIEN, ARCHEVEQUE DE MEDICIS :
MOULINS
ARRENTES AVEC LA VENTE DU BLE :
VENTES
DES MOULINS AVEC RETENTION DE LA DIRECTE :
DEUX
TOURS DE MOULIN COMMENCEES AU COLLET DE GOUDAY SONT A LA COMMUNAUTE :
MOULINS A
HUILE APPARTENAIENT A LA COMMUNAUTE :
FOURS :
COMPTE DE CE QUE CHACUN DES PROPRIETAIRE Y PARTICIPENT :
FOURS :
EN QUEL TEMPS ONT ETE BATIS :
SALINS
DES EMBIERS : TRANSACTION ET ACTES PASSES A RAISON DE L’ILE DES
EMBIERS :
PERMISSION
ACCORDEE PAR LE SEIGNEUR EVEQUE DE TOLLON POUR LA PECHE :
PROCES,
AVEC ARRET POUR RAISON, DU PRIEURE DE ST MANDRIES :
DIFFERENCE
DU REVENU ANCIEN DES DROITS SEIGNEURAUX DE CEUX DU PRESENT :
VINGTAIN
IMPOSE SUR LES FRUITS :
AUTRE
VINGTAIN IMPOSE SUR LES FRUITS : 73
DIXAIN
IMPOSE SUR LES FIGUES :
ARRET QUI
DECLARE LES TAILLES VIEILLES :
RAPPORT
DU BLE PERCU A SIX-FOURS ET DU PRIX D’ICELUI :
ORDRE DE
PORTER DES VIVRES A L’ARMEE TURQUESQUE :
ORDRE DE
FOURNIR D’HOMMES POUR LE SERVICE DU ROI :
ORDRE
POUR L’AVITAILLEMENT DES PLACES AVEC LE REGLEMENT DE CE QUE LES COMMUNAUTES
DOIVENT FOURNIR :
PERMISSION
DE TENIR D’ARMES ACCORDEE PAR PLUSIEURS GOUVERNEURS :
ORDRE DE
PRENDRE LES ARMES, TOUS LES ANS, LE JOUR DE ST JEAN :
PERMISSION
DE PORTER LE CHAPERON :
MARCHE
ACCORDE TOUS LES JEUDI :
DROIT
D’ANCRAGE MAL PRETENDU PAR LA COMMUNAUTE DE TOLLON AU PORT DE LA SEINE :
IMPOSITION
FAITE SUR LE NEGOCE DE LA MER :
PETOUA :
PETIT OISEAU PRESENTE EN HOMMAGE AU SEIGNEUR, AVEC SON EXPLICATION :
DIFFERENCE
DU PRIX ANCIEN DES DENREES AVEC CELUI DU PRESENT :
BATISSE
DE LA BOUCHERIE ET HOPITAL :
L’HORLOGE :
PRIX FAIT DU DOME OU CAISSE :
NOUVELLE
BATISSE CONTINUEE ET BARRICADES : 85
ASSOCIETE
POUR LE NEGOCE DE LA MER :
PRISONS
DEMANDEES PAR LA COUR :
VAISSEAUX
TURCS A LA COTE DE SIX-FOURS :
LOGES OU
GARDETTES FAITES A LA COTE DE LA MER :
VAISSEAU
ARRIVE AVEC LA CONTAGION ET PROCEDURE FAITE PAR LES INTENDANTS DE
SIX-FOURS :
ARRET DE
LA COUR QUI REGLE LE DROIT D’ENTRER :
CONTAGION
ARRIVEE A SIX-FOURS :
IMPOSITION
SUR L’ENTREPOT DU VIN ETRANGER : 93
LA
HALLE : LE TEMPS QUELLE A ETE FAITE :
DESPARLEMENT
DES DETTES DE LA COMMUNAUTE A SES CREANCIERS :
DERNIERE
BATISSE DE L’AUGMENT DE SIX-FOURS QUI EST LA BOUCHERIE ET L’HOPITAL :
FORAINS :
TRANSACTION QUI REGLE LEUR CONTRIBUTION :
FORAINS :
ARRET QUI LES REND CONTRIBUABLES A TOUTES CHARGES :
VALLAT DE
BERTHE : DE LA MANIERE QU’IL DOIT ETRE :
FONTAINE
DU CROTTON : SON CHEMIN ET PATEC :
CHEMIN DU
NEGADOU : SON REGLEMENT :
CHEMIN DU
GOURG POURRIT : SON REGLEMENT :
SICIECH :
BOIS DE LA MONTAGNE VENDU :
PUIT DU
QUARTIER DU MOULIN, PROCHE LE LIEU :
DOCTRINE
FONDEE A LA PAROISSE ET A LA CHAPELLE DU TERROIR :
FONDS :
LOGE POUR LES PAUVRES DE LA MISERICORDE :
LA
PAROISSE DE ST PIERRE A ETE LA SEULE DE S-F :
FONDATION
DE LA CONFRERIE DE CORPUS DOMINI :
FONDATION
DE LA CONFRERIE DU ST ROSAIRE :
AUTEL STE
CATHERINE : SOMMATION POUR LE FAIRE RETABLIR :
PREDICAT
DE L’AVANT CAREME DE LA NOMINATION ALTERNATIVE DES SEIGNEURS EVEQUES ET DU
CHAPITRE :
PRIX FAIT
DE DORER LEDIT RETABLE :
PRIX FAIT
DU RETABLE ET DU DORE DE L’AUTEL DU PUGATOIRE :
BULLE
POUR LES CLEFS DE ST PIERRE :
CHASSE
D’ARGENT DE ST PIERRE :
IMPETRATION
DE LA CHAPELLANIE NOTRE DAME DE CORTINES ET L’ACTE DE CONCARDAT ENSUITE
PASSE :
DECRET DE
MONSEIGNEUR L’EVEQUE DE CONFIRMATION DU CHAPITRE :
BULLE DE
MONSEIGNEUR LE VICE LEGAT QUI LE CONFIRME :
CŒUR OU
BANQUERE DE L’EGLISE :
FONDATION
DE L’OCTAVE DES MORTS :
FONDATION
DE L’OCTAVE DU SAINT SACREMENT : 111
PRIX FAIT
DE SUR DORER L’AUTEL DE ST JOSEPH :
LA GRANDE
CROIX D’ARGENT : SON PRIX FAIT :
NOTRE
DAME DE CORTINES : SON ANCIENNETE :
PRIX FAIT
DU RETABLE DE L’AUTEL :
PRIX FAIT
DE SUR DORER LEDIT RETABLE :
FONDATION
DE LA CHAPELLE ST ROCH :
FONDATION
DE LA CHAPELLE ST ELME :
FONDATION
DE LA CHAPELLE STE CROIX :
FONDATION
DE LA CHAPELLE STE ANNE :
FONDATION
DE LA CONFRERIE DE STE BARBE AGREGEE A LA CHAPELLE STE ANNE :
FONDATION
DE LA CHAPELLE NOTRE DAME DE PEPIOLE :
FONDATION
DE LA CHAPELLE ST JEAN :
FONDATION
DE LA CHAPELLE STE CECILLE DANS L’ILE DES EMBIERS :
FONDATION
DE LA CHAPELLE NOTRE DAME DE BONNE GARDE SUR LE CAP DE SICIECH :
FONDATION
DE NOTRE DAME DE SANTE :
FONDATION
DE NOTRE DAME D’ABONDANCE :
FONDATION
DE LA CHAPELLE DE ST MARTIN :
FONDATION
FORT ANCIENNE DE LA CONFRERIE DU ST ESPRIT, SUPPRIMEE :
SAUVE
GARDE POUR LA TROISIEME FOIS DONNEE PAR MONSEIGNEUR LE DUC DE GUIZE :
DENOMBREMENT
DES HAMEAUX OU BASTIDES :
DENOMBREMENT
DES ANCIENNES FAMILLES :
SOBRIQUETS
QUE LES FAMILLES SE SONT IMPOSES POUR SE DISTINGUER :
LE
CHAPERON VIOLET AVAIT ETE ACCORDE PAR MONSEIGNEUR DE GUIZE EN 1610 :
DELIBERATIONS
DU CONSEIL QUI REGLE LES PEINES MUNICIPALES POUR LA GARDE DU TERROIR :
RUBRIQUE
DE L’HISTOIRE DE SIX-FOURS :
DENANS :
Histoire de Six-Fours et de
A Messieurs les Maires,
consuls et habitants des lieux de Six-Fours et de
Il n’y à personne qui puisse
ignorer que par la révolution du temps, il n’arrive souvent de fâcheuses
affaires aux communautés, et qu’il y a fort peu de personnes, pour ne dire
aucun, qui sache bien par quel endroit on peut se défendre, singulièrement lors
que les recherches viennent des droits anciens. Les communautés n’étant que
trop négligées pour porter les administrateurs à tenir registre des principales
mémoires de tout ce qui leur arrive, pour y avoir recours lors que le cas le
requiert.
C’est ce qui m’a fait prendre
la résolution, me servant d’une assez heureuse mémoire, que par la bonté de dieu,
j’ai eu, et de la recherche que j’ai fait des anciens et nouveaux documents de
vos communautés, de vous présenter ce petit ouvrage que j’ai composé uniquement
pour le bien et avantage d’icelles et que les habitants qui les composent en
pourront tirer. Je dois avouer de bonne foi, de n’avoir pas fait un ouvrage
accompli. Tout ce que j’ai oublié de mettre n’étant pas venu à ma connaissance.
J’espère qu’on me fera justice de ne me pas condamner. On ne trouvera pas non
plus que le langage et la manière dont j’ai couché tous les articles, soit fort
pur et exact. En quoi on peut aussi m’épargner puisque je ne suis pas homme
d’études, je me suis contenté de m’expliquer en sorte que toute puisse le bien
comprendre. Tout ce qui me peut flatter, c’est que je n’ai rien rapporté qui ne
soit véritable et justifié par de bonnes pièces.
Vous y trouverez, à l’égard
de S-F, son étymologie, la forme de ses bâtiments et de son château, la seconde
ou nouvelle bâtisse du lieu, son église, son ancienneté prouvée par divers
auteurs, les droits seigneuriaux, les donations faites par les Comtes de
Provence ou les Vicomtes de Marseille à l’abbaye de St Victor, avec les bulles
des papes de la confirmation, la donation faite par
Si j’avais pensé , dans le
temps que je commençais de prendre quelques connaissances des affaires de la
communauté de S-F, et si j’avais suivi l’inclinaison que j’ai toujours eue, de
m’instruire de son ancienneté et de son origine, et de tout ce qui est arrivé
de plus mémorable, j’aurai apparemment pu donner et mettre au jour de belles
remarques, tant au sujet des droits et privilèges de la communauté, que de ce
qui pourrait satisfaire la curiosité du lecteur, mais n’y ayant jamais pensé
que depuis le commencement du mois de juillet 1708, étant âgé de 73 années huit
mois, j’ai craint de rendre un singulier service aux habitants, tant dudit S-F,
que à ceux de
Je dis donc que S-F est un
village bâti sur un coteau d’une haute colline, éloigné d’une lieue et quelque
chose de plus de la ville de Tollon (Toulon), étant du diocèse, de la viguerie
et du ressort de ladite ville. Bâtie presque au mitan (milieu) de son terroir,
lequel avant la séparation du lieu de
*Obvier : obtenu par
actes
On a toujours cru que ce mot
de Six-Fours lui fut donné à cause que, dans sont terroir, il y avait six
villages.
Le premier desquels est celui
de Six-Fours, qui a toujours existé, comme étant le plus considérable, les
autres étaient autour du terroir et au rivage de la mer, savoir :
Le second au quartier du
Peiron, proche dudit
Le troisième était au
quartier du Crotton, dit autrefois
Le quatrième était au
quartier du Brusq, appelé autrefois le port de Marzan.
Le cinquième, sur une petite
éminence appelé Cap Nègre, qui est entre
Le sixième et dernier était
au bout du terroir, du côté du couchant (ouest), quartier de
On a aussi toujours cru que
tous ses quartiers ont tiré leurs noms des villages qui y étaient.
Il y a une opinion qui
paraît assez probable, qui est que les Grecs ou fossances étant venus d’Asie,
habitant à Phocée, abordèrent
Ce qui est si trivial, que
tous les habitants de
A celui du Crotton, il y a
encore divers vestiges d’une quantité de fondements de maisons qui traversent
le chemin de la fontaine dudit quartier. Et ce qui justifie encore mieux que,
audit quartier, il y avait un village, c’est que l’année 1707, Louis Guigou, à
feu Estienne, dit Peirolle, possesseur d’une pièce située du côté du couchant
dudit chemin et de la fontaine, voulant y faire une bastide, trouva en ouvrant
les fondements de ladite bastide, des murailles à chaux et sable, d’une
épaisseur et profondeur assez grande qui étaient sans doute les fondements des
maisons. Lesquelles murailles, avec peine, il put les rompre, étant fortement
cimentées. Des pierres desquelles murailles et de diverses autres qu’il
découvrit à son fond, il fit bâtir sa bastide. Qu’il y a dans ladite pièce, à
ce qu’il a dit, divers autres fondements de murailles de maisons, même un
canal, bâti pour la conduite des eaux dudit quartier vers ladite fontaine.
Celui du Brusq paraît par
plusieurs vestiges des murailles des fondements des maisons qui traversent le
chemin qui va aux magasins dudit quartier. Et encore par une partie d’un fort
qu’on appelait
Cette citadelle était dans la
terre qui est présentement possédée par le nommé Joseph Lafont, par lui acquise
des hoirs de Jean Curet dit Loup, étant du côté de ponant assez proche de
la mer. Laquelle, suivant le dire de la veuve de Jean Curet et d’Anthoine
Curet, son fils, était carrée d’environ 12 cannes (une canne = 2m)de long et
autant de large.
De ceux du cap Nègre et de
Il est très véritable que S-F
a été bâti en deux divers temps. Le premier, qui est fort ancien, est tout ce
qui (qu’il) contient depuis la porte de l’horloge, qu’on appelait le grand
Portal, tirant au couchant, lequel fut entouré et clos de très bonnes murailles
d’une épaisseur fort grande et fort élevée, toutes bâties sur le rocher,
terrassées par dedans. Toutes lesquelles sont encore en état, y en ayant
néanmoins, à quelques endroits, en partie démolies. Mais la réparation ne
serait pas d’une grosse dépense. De manière que, du côté du levant, il n’y
avait aucun bâtiment, à la réserve de l’église paroissiale, et à présent
collégiale, sous le titre de St Pierre, qui était par ainsi dehors le village.
Laquelle fut bâtie longtemps
après la fondation du lieu, à la façon de celle des templiers, c’est à dire en
croix, ayant le maître-autel, qui est celui qu’on appelle présentement St
Pierre le vieux, du côté de levant, et deux chapelles qui forment la croix. Une
étant sous le titre de Ste Catherine, où est à présent Notre Dame du Mont Carmel
et l’autre de St Alloi (Eloi), qui existe encore, et son clocher à quatre
cloches. Laquelle église était toute bâtie par dedans et par dehors, aussi bien
que les voûtes, avec des pierres de taille dures.
Il y avait aux murailles du
village, trois portes. Savoir, celle dessous l’horloge, celle proche
l’auditoire du Greffe, et une qui aboutissait presque au plus haut du village,
prenant son entrée à la rue qui est au-dessous la halle de la chapelle Ste Anne
des frères pénitents bleus, tirant à droite ligne au grand four. Laquelle a été
bouchée depuis plusieurs siècles, à la place de laquelle fut ouvert, il y a
longtemps, un grand trou en forme de porte, à la muraille de la grande place ou
jeu de ballon, et au bout d’icelle, du côté de midi (sud), qu’on appelle le
trou de l’Esperon (l’éperon). Mais parce qu’à cet endroit la rue par dedans se
trouve plus élevée de la place d’environ trois cannes, pour y pouvoir monter,
fut bâti, tout proche les murs, une muraille, au moyen de laquelle, et du
remplissage qui fut fait entre ladite nouvelle muraille et celle du lieu, fut
fait un chemin ou rue. En montant par lequel, on peut aller assez commodément
entrer, par ce trou, dans le village.
Au plus haut du lieu, il y
avait un château qui n’était dominé d’aucun endroit. Les murailles duquel, qui
paraissent encore, y en ayant même une partie qui ont toute leur élévation,
sont d’une grande épaisseur, toutes bâties sur le rocher et terrassées par
dedans, étant par ainsi très fort.
Et ce qui le rendait d’autant
plus fort, c’est qu’il n’avait qu’une seule porte pour son entrée, qui était du
côté de levant, et beaucoup élevée de la place. En sorte que, pour y entrer,
fut fait une montée par un chemin couvert au moyen d’une muraille, du côté de
midi, qui contournait ladite montée, tirant au septentrion. Auquel côté, ladite
porte était défendue par une tour ronde et qui était plus avancée vers levant
que ladite porte, de manière qu’icelle ne pouvait pas être aperçue qu’en
montant et contournant le pied de la dite tour, le susdit chemin couvert qui
conduisait à icelle. Tout cela paraît encore par les vestiges qui y ont restés.
Ce château était encore dans son entier en l’année 1546, ce qui apert par un
acte d’arrente des droits seigneuriaux, passé par Messire Anthoine Attrochinir,
docteur en droit, vicaire et procureur général de Monseigneur Augustin, par la
grâce de Dieu, diacre de St Adrian, cardinal de Triultis, abbé de St Victor, à
Barthélémy Pairan, d’Ollioulles, reçu par Maître Jean Rainbert, notaire royal
du lieu d’Oriol (Auriol). Par lequel, ledit Pairan, en autres, s’obligea de
maintenir le toit ou taullice dudit château, en sorte qu’il ne pu pleuvoir
dedans icellui, ainsi qui (qu’il) est dit si après à folio 165.
La seconde bâtisse du dit
S-F, qui a été faite très longtemps après la première, n’ayant pas encore deux
siècles, consiste à toutes les maisons qui sont du côté de levant de la rue,
qui tire depuis la porte du mollin (moulin) jusqu’à celle de St Roc, et à
toutes celles qui sont au-dessous et au faubourg, appelé bourgade. Pour la
vérification de cette vérité, Maître Jean Martinenq, âgé de 80 ans, a assuré
que feu sieur Anthoine Martinenq, son aïeul, qui vivait au commencement du
dernier siècle, étant décédé en 1610, avait fait bâtir sa maison, qui est au
mitan de la place ou jeu de ballon, étant certain que ladite maison a été faite
des première de la nouvelle bâtisse.
D’ailleurs, feu Sieur Arnaud
de Lombard, mon bisaïeul maternel, qui vivait en 1566, fit bâtir une maison à
ladite place, au dessous de la rue de l’horloge. Qui est celle que feu Maître
jean Daniel, mon aïeul maternel, a possédé, et la même que j’ai vendu à Honoré
Aycard. Du coté de septentrion de laquelle, il n’y avait pour lors, aucune
maison. Et c’était une grande place qu’on appelait la place de l’église. Ce qui
justifie cette vérité, c’est que sieur Honoré Vidal, ayant fait bâtir une
maison, du coté de septentrion de celle dudit sieur Lombard, il lui en paya le
droit de cave par quittance publique que j’ai justifié. D’autre part, que le 21
avril 1618, les consuls de S-F firent achat, d’Anthoine et Michel Vicards,
frères, à feu Louis, leur portion d’une maison située audit lieu et quartier du
Mollin (moulin), à laquelle a été fait la boucherie. Apert de l’acte reçu par
Maître André Denans, notaire, ainsi qu’il est porté, par la quittance de
Il y a plusieurs autres
justifications pour faire voir que la nouvelle bâtisse du lieu, n’a qu’environ
un siècle et demi.
Cet agrandissement ou
nouvelle bâtisse a été close et fermé en partie par des murailles, et l’autre
partie, les maisons servent de murailles pour le fermer. Lesquelles murailles
furent faites aux frais de la communauté, environ l’année 1633, par ordre de
Monseigneur le Maréchal de Vitry, pour lors gouverneur de Provence, qui sont
d’assez petite considération, auxquelles on laissa trois portes, qui
sont : celle de St Roc, celle du Mollin et celle qui va à Tollon, appelée
la porte de Noradon.
Etant, par ce moyen, les
habitants des bastides, à la réserve de ceux du quartier des Playes, obligés
d’entrer par la porte de St Roc ou par celle de Tollon, en contournant du côté de
levant, la nouvelle muraille, pour entrer à ladite porte. Mais cette
incommodité ne dura pas longtemps, car en l’année 1638, fut ouvert la porte du
plan bas de la bourgade. On avait auparavant, et à mesure qu’on agrandissait le
lieu par les maisons de la bourgade, fait deux portes pour se fermer, qui
sont : celle joignant la chapelle de Ste Croix et celle proche la porte de
Tollon. En sorte que, qui voudrait entreprendre de se rendre maître de l’ancien
village du côté de la bourgade, faudrait (devrait) forcer et prendre quatre
portes et trois retranchements, formés par trois murailles, qu’on appelle
barbacanes.
Il est constant que S-F est
au nombre des plus anciens villages de Provence. Il y avait une pierre bâtie à
la muraille d’une maison, dans l’ancien village, à laquelle étaient gravés des
caractères, que j’ai toujours ouïe dire, depuis mes jeunes ans, qu’elle
expliquait le temps de la fondation du lieu. Mais on a jamais su expliquer, qui
soit venu à ma connaissance, ce que ces lettres ou caractères contenaient.
Cette pierre a paru jusque environ l’année 1675, que par la négligence ou le
défaut de gens curieux, fut abattue et par conséquent perdue.
Environ l’année 1660, j’ai
copié sur un papier les susdits caractères, que j’ai conservé un très long
temps, mais ce mémoire a été égaré parmi mes anciens papiers.
L’ancienneté de S-F peut être
tirée de celle de la ville de Marseille, ainsi que divers auteurs, qui seront
rapportés ci-après, le justifient. Ce qui est comparant par ce qu’on en sait
par tradition, que S-F a été fondée par les fossances.
Il faut remarquer que les
fossans, habitants à Phorée, ville de l’Iuonie, à l’Asie mineure étaient dans
un terroir si maigre et de si petite étendue, qu’ils ne s’amusaient guère à le
cultiver, et ils aimaient mieux s’occuper à la navigation pour le commerce, et
le plus souvent pour le course, auquel ils avaient extrêmement bien réussi. Si
bien qu’un jour, ils abordèrent avec quelques vaisseaux à l’embouchure du Rosne
(Rhône). Où, ayant remarqué curieusement la fertilité du lieu, ils conçurent
aussitôt de bâtir une ville. Et étant de retour chez eux, ils racontèrent à
leurs compagnons les avantages de ce pays. Et sur leur rapport, plusieurs ayant
dressés une flotte pourvue de tous ce qui pouvait être nécessaire à leur
dessein, vinrent heureusement surgir en Provence, qu’on appelait pour lors la
terre des Salluns, et ayant leur permission du roi Senan, qui demeurait à Arles,
bâtirent la ville de Marseille, du temps de Tarquin surnommé Priscus, roi des
romains. Environ l’an 4601 après la création du monde, suivant le sentiment
d’Uzobe, et 597 ans avant la naissance de Jésus Christ, si on s’en tient à la
supputation de Gasserus.
Ces nouveaux habitants ne
tardèrent pas longtemps de reconnaître tous les lieux qui leur pourraient
servir de port, le long de la côte de la mer, pour s’y retirer au temps des
tempêtes, et pour y bâtir des villes pour leur assurance. Et ayant trouvé un lieu
propre, qu’on appelai anciennement port Marzan, et aujourd’hui le port du
Brusc, ils y bâtirent quelques huttes qui servaient d’asile aux pêcheurs,
pendant les tempêtes ou lors qu’ils appréhendaient la surprise les corsaires.
Desquels néanmoins, ayant été souvent maltraités et surpris, et considérant les
moyens de s’en garantir, ils bâtirent sur le coteau d’une haute colline,
distante de la mer du coté de levant et du couchant, d’environ trois quart de
lieue, et un fort avec quelques maisons. Et en même temps, ils en bâtirent cinq
autres au bord de la mer, qui furent les villages ci-devant mentionnés à folio
4. Avec des forts, qui étaient comme des tours, desquelles ils pouvaient
découvrir de loin leurs ennemis, et qui servaient de retraite à ceux qui étaient
trop distants et éloignés du village, dont on voit encore quelques vestiges et
masures.
Et c’est de là qu’on croit
que le nom de S-F fut donné à ce lieu, qui était le plus fort que tous les
autres et le plus assuré, tant par sa situation que par ses fortes murailles.
Comme en effet, il fut choisi comme un phare, pour servir de retraite assurée à
ceux qui, dispersés à la plaine, y cultivaient les terres, pour éviter les
fréquentes insultes, ravages et hostilités des sarrasins, maures, turcs et
autres barbares.
Ce lieu est naturellement
fort, n’ayant dans le temps de son établissement, s’il faut croire l’auteur de
l’Histoire, ci-dessus allégué, qu’une porte. Ce qui n’est pas conforme à ce que
divers autres auteurs ont écrit et à l’aspect du lieu, lequel fut clos de très
bonnes murailles où il y avait trois portes, ainsi qu’il est démontré
ci-devant, à folio 9.
Dans la suite du temps, la
peuplade de ce lieu s’augmenta si fort, qu’elle ne pouvait plus être contenue,
ni vivre, que avec une grande souffrance et incommodité, par faute d’eau et du
bois qu’il fallait aller quérir par la plaine. Elle se divisa et dispersa en
plusieurs colonies qui dressèrent divers hameaux par la plaine, pour y mieux
cultiver la terre, y planter oliviers, vignes et figuiers. Les hameaux sont
appelés bastides où la plus grande partie des principales familles y habite. Et
ce qu’il y a de particulier, c’est qu’en bâtissant lesdits hameaux, les
familles ne se mêlèrent pas entre eux(elles). En sorte que les Antelmes,
Crestiens, Denans, Daniels, Lombards et autres, en grand nombre, chacune firent
leurs hameaux séparés les uns des autres, ainsi qu’il sera rapporté ci-après à
folio 301, Que, s’ils étaient tous en un corps, formeraient un des plus grand
village de Provence, d’autant plus que son terroir est d’une grande étendue.
On lit, dans le grand
cartable des archives du monastère St Victor, que l’année 1156 , du temps de
Raymond Bérenger, troisième du nom, surnommé le plus jeune , était comte de
Barcelonne (Barcelone)et de Provence, Guilheames, qui avait été fait abbé de St
Victor, en 1154, mis en cause, par devant ledit seigneur, Raymond Gaufredi,
vicomte de Marseille, qui détenait injustement audit monastère, la troisième
partie de S-F. Et de plus, la troublait et grevait en plusieurs choses, qui
concernaient la paisible possession des deux autres tiers dudit lieu, qui lui
appartenaient sans contredit.
Le procès ayant traîné
longtemps, on l’arbitra, du consentement desdites deux parties, à trois savants
hommes de la cour, savoir : Rostan de Tarascon, Hugues Sacristain et
Bérenger Bertrand, pour juger, en dernier ressort, leurs différents. L’abbé et
les moines disaient que cette troisième partie du lieu de S-F, dont (il) était
question, avait été donnée audit monastère par Goffredi, vicomte de Marseille,
son aïeul, pour le salut de son âme et rémission de ses pêchés. Et pour le
patrimoine et la dotation de Fulco et Pierre, ses deux enfants, qui avaient été
mis, par affection et dévotion, pour être moines de ladite abbaye. Que Hugues
Gaufredi, vicomte de Marseille, son fils, l’avait ôté audit monastère pour
quelques temps, mais avant que partir pour Jérusalem, par acte public, attesté
par de bons et valables témoins, l’avait remis audit monastère. Ils prenaient
encore, que par de semblables et irréprochables témoins, que ledit monastère
avait possédé, pleinement et paisiblement, tout ledit lieu de S-F. Que, par
ailleurs, ils avaient très souvent formé des plaintes à la cour, de l’injuste
usurpation que ledit Raymond Gauffredi, leur faisait de la dite troisième
partie.
Néanmoins, pour le bien de la
paix et de mettre en repos ledit monastère, lesdits arbitres jugèrent que ledit
monastère céderait, audit Raymond Gaufredi, la moitié du lieu d’Ollières et la
troisième parie qu’il avait à Bulcodenes. Et que, en échange, par voix de
permutation, ledit Raymond Gaufredi leur céderait la troisième partie des biens
de S-F, et tout ce qu’il y possédait, et tout les droits qu’il y pourrait
avoir. Sur quoi, ils passèrent transaction, par laquelle ledit Raymond
Gaufredi, sa femme Pontis et ses enfants, donnèrent et restituèrent à Dieu et à
Par l’histoire des fondations
des villes des Gaules, faite en 1539, est porté que l’an second de Sedichias,
qui selon Vincens de Beaunoyer, fut le quatrième âge, 476 et du monde 3364,
comme récite Betinaud, fut édifiée la cité de Marseille. De laquelle, Justin,
en son 43 ° livre, dit que régnant Tarquin, roi des romains, certains jeunes
hommes du pays de Phocense, en Asie, contraints par la trop petite étendue et
stérilité de leurs terres, s’exercèrent tant à pêcher, marchander, que dérober,
plus sur la mer que sur la terre. Et venant vers Rosne (Rhône), entrèrent au
fleuve du Tibre où ils firent confédération et alliance avec les romains, et de
là, allèrent jusqu’au lieu où à présent est Marseille.
Auquel, prenant plaisir et délectation, retournèrent à leur pays, racontant ce
qu’ils avaient vu, émurent et sollicitèrent plusieurs à y aller. Et lesdits
phocenses élurent sur eux, deux ducs, savoir Fluri et Pirane, bien que par
d’aucun, ce dernier soit nommé Prothis, et navigant, arrivèrent devant Sicaum,
roi des Sigorigiens, avec lequel conviendrent (convinrent) d’amitié, demandant
lieu et place, enfin de sa terre, pour fonder une cité. D’aventure, ce jour, le
roi était occupé pour les noces de Gipte, sa fille, que ce jour, devait être
mariée à la coutume du pays Qui était telle, que tous les conviés étant
assis à table, et la fille cheminant au long d’icelle, celui auquel elle
donnait de l’eau était élu pour son mari. Et ainsi comme les grecs furent
conviés avec les autres, la pucelle introduite par le père, allant par les
tables, venant vers les grecs, fut surprise par la beauté de Perane, auquel lui
rendit de l’eau. Perane, donc, élut gendre du roi, il obtient le lieu pour
édifier une cité. Lors fut fait et fondé Marseille, à l’entrée du Rosne, à un
coin comme à l’angle de la mer, entre les Ligures, que nous disons Lombards et
les français, comme récite Vollaterranus, en sa biographie. Et d’ilceux,
Phocenses, aprendrent (apprirent) lesdits français, la manière de labourer et
cultiver les terres, fermer les cités de murs, portes et fossés, ordonner les
vignes et oliviers. Et aussi leur baillèrent de justes lois pour se gouverner,
parce qu’alors, ils étaient rudes et sauvages. Varre dit qui(ils) parlaient
trois langages, savoir : grec, latin et français.
Il est rapporté, par l’histoire
du grand Sirus, que le prince Theribulle, poursuivant les peuples de Phorée,
ville située en Asie, ainsi qui (qu’il) a été dit ci-dessus, et ceux ci ,tous
alarmés de cette poursuite, par la crainte qu’ils avaient de voir toute leur
patrie détruite, jetèrent les yeux sur leur prince nommé Perane, pour les
conduire, en quittant leur patrie. Perane voulant les rassurer, ils
persistèrent à leur dessein. Sur quoi, ce prince ayant amusé Theribulle par une
feinte négociation durant deux jours, pendant lesquels il fit équiper tout ce
qu’il y avait de vaisseaux au port, qui n’étaient pas un petit nombre. Et en
une nuit, ayant fait charger tout ce qu’il y avait de plus précieux dans
Phorée, tout le peuple de cette magnifique ville, s’embarqua et (ils) seraient
arrivés où est à présent Marseille, où ils auraient fait en rencontre la fille
du roi des Sigorigiens qui promenait sur une barque. Et abordant à terre, y
trouvèrent le fils du même roi, qui était à la chasse, proche le rivage de la
mer. Lequel, avec la fille, auraient prier leur père de recevoir ce
prince de Phorée dans ses terres. Qui leur répondit que dans trois jours, leur
feraient savoir sa résolution. Ce qui donna une grande inquiétude à ce prince,
laquelle, après les trois jours, fut suivie d’une grande joie, ayant obtenu du
roi ce qu’il souhaitait, lequel lui marqua les limites de ce qu’il lui donnait.
Et dans fort peu de temps, la ville de Marseille fut bâtie. Je laisse à décrire
toutes les circonstances de cette histoire, lesquelles, bien que curieuses, me
porteront trop loin, outre qu’elles ne sont pas de mon sujet. Je dirai
seulement que cette flotte arrivant au port, il se trouva qu’il y avait une
grande quantité de pêcheurs sur le sur le rivage, qui s’y étaient assemblés
pour les voir aborder. De sorte que les mariniers de chaque vaisseau, leur
jetant leur câble, les prièrent de les lier à terre. Si bien que les premières
paroles ou mots qu’ils prononcèrent, furent celles de « pêcheurs » et
celles de « lier », qui, en langage grec, en les corrompant un peu,
forment le nom de Marseille. Où, pour mieux dire, en jetant leurs câbles,
criaient à leur langage grec, MASSELLI, qui signifie, en notre langage
« lier », et en provençal donne « vouto ». Et c’est de ce
mot, « Masselli », qu’on a donné le nom à Marseille.
Monsieur Bouche, par son
Histoire de Provence, rapporte qu’en la bulle de Grégoire septième, de l’année
1084, il dit Six-Furnus. Solleri rapporte, que autrefois, on a vu cette
inscription Six-Furi, sur un fragment de pierre, et partant, que Sixtus Furius
peut avoir été son fondateur, et que de là est venu, sans doute, le nom de
Six-Fours. Et que l’on y voit encore sur une pierre, cette inscription : DM
IVL THLVSSA SIBI ET SVIS FECIT.
Apparemment cette inscription
est celle qui était sur cette pierre, qui a été parlé ci-devant à folio 15.
Puisque du temps que monsieur Bouche a fait l’Histoire de Provence, cette
pierre était encore en état.
Le sus-allègué, Solleri, dit
et rapporte encore que les habitants de ce bourg surpassaient en grandeur les
personnes de tous les autres villages de cette province, étant pour
l’ordinaire, de 8 à 9 palmes de hauteur. Et ajoute qu’ils observaient encore de
son temps, et aux siècles passés, de ne vouloir permettre aucun mariage que
entre des personnes originaires du même lieu, pour ne pas diminuer de la
hauteur de leurs ancêtres.
Il est encore dit et que tous
les auteurs sont d’accord, que régnant dans Rome, Tarquin Priscus, et dans la
16° année de son règne (qui était, de la création du monde, 3454, depuis la
fondation de la ville de Rome 153, et devant la naissance de Jésus Christ,
598).
Au point que le roi des
Sigorigiens voulait marier sa fille, et que pour ce sujet, suivant l’usage du
pays,
il avait convié à un festin
tous les prétendants à ce mariage, laissant la liberté à la fille de choisir
pour mari un de tous les conviés à ce banquet. Une flotte maritime de grecs
phocenses arrivant aux mers de ponant, et que son commandant était descendu à
terre pour aller saluer le roi et retenu à dîner parmi les conviés.
Et là, ou par sa bonne
fortune, ou par la vertu, ou bonne grâce, il fut choisi par la fille pour être
son mari. Et que, après le mariage, il obtient de bâtir Marseille. Ce roi se
tenait à la ville d’Aix, et c’est à cette ville que le festin ce fit, et par
conséquent le mariage.
Justin dit ce que en dit
Aristote, et assure que le roi des Sigoregiens était nommé Senanus et sa fille
se nommait Ciptis, et que les conducteurs de la flotte grégorienne étaient
nommé Fluvius et Peranus, et que de ce mariage en sorti Protis. Il ajoute que
les anciens provençaux étaient fort brutals (brutaux) et sauvages.
Cette addition est ce qui est
rapporté par l’histoire de la fondation de Marseille, dans le livre de la
fondation des principales villes des Gaules.
En disant que les provençaux
étaient rudes et sauvages, justifie que, mal à propos, on a voulut dire que les
anciens habitants de S-F étaient des gens à demi sauvages, puisque supposer que
cela fut leur qualité, était plus avantageux que celle de tout le reste des
provençaux, et à tout cas, elle était commune avec celle de tous les habitants
de Provence.
Tarquin premier dit Priscus
ou l’ancien, roi des romains, fils d’un homme de Corinte (Corinthe) nommé
Demarathus, qui était établi dans
J’ai fait cette observation
de Tarquin, à raison de ce que les auteurs qui parlent de la fondation de
Marseille, s’ils ne sont pas bien d'accord du temps, du moins tous conviennent
qu'elle fut faite par les Phocenses du temps que Tarquin Priscus régnait à
Rome, et dans la 16° année de son règne. Et que pour lors, S-F fut édifié, sur
la supputation duquel temps la fondation de Marseille fut faite, l’an de Rome
155 et avant la naissance de Jésus Christ, 501. Et par ainsi on peut dire,
suivant ce qui est porté par les historiens, que la fondation de S-F est
environ 500 ans avant la naissance de Jésus Christ.
Les droits seigneuriaux n’ont
jamais appartenus entièrement aux seigneurs abbés de St Victor, ainsi qu’il
sera justifié par bonnes et valables pièces, titres et documents. Car Monsieur
le Marquis de Solliers (Sollies) avait diverses censes et la direte (directe)
de plusieurs propriétés de terres, la sixième partie des fours banaux, le droit
de Sensallage et autres droits.
Madame Celete de Rodis avait
la 20° partie des fours et la famille des Vicards avait, comme il a encore, la
40° partie des dits fours. D’autre part