TABLE DES MATIERES

 

HOMMAGE A FRANCOIS JOUGLAS, HISTORIOGRAPHE   3

INTRODUCTION   3

PREMIERE PARTIE HISTOIRE DU VIEUX SIX-FOURS  4

I. - LA PREHISTOIRE   4

II. - L'OCCUPATION GRECO-ROMAINE   5

III. - LE DEBUT DU CHRISTIANISME   12

IV. - LE ROYAUME DE PROVENCE   13

V. - L'ORIGINE DU NOM DE SIX-FOURS  14

VI. - LE MOYEN AGE   18

VII. - RATTACHEMENT A LA FRANCE   22

VIII. - LES XVII° ET XVIII° SIECLE   24

IX. - LE XIX· SIECLE   29

X. - LES TEMPS MODERNES  34

DEUXIEME PARTIE LA COLLEGIALE SAINT-PIERRE DU VIEUX SIX-FOURS  37

1. - LA CRYPTE. 38

2. - LES INSCRIPTIONS. 42

GUIDE POUR LA VISITE DE LA COLLEGIALE   54

NOTRE-DAME DE BONNE GARDE. 60

CANTIQUE POPULAIRE A NOTRE-DAME DE BONNE GARDE   70

LES EGLISES DU BRUSC   72

L'ÉGLISE DE REYNIER   80

NOTRE-DAME DE PÉPIOLE   88

NOTRE·DAME D'ABONDANCE DES PLAYES  91

ÉGLISES ET CHAPELLES DISPARUES  92

EGLISE NOTRE-DAME DE COURTINE   92

CHAPELLE SAINT-JEAN DES CROTTES  96

CHAPELLE SAINTE-CROIX   97

CHAPELLE SAINT-ROCH   98

CHAPELLE SAINT-ELME   99

CHAPELLE SAINTE-ANNE   100

CHAPELLE SAINTE-BARBE   100

CHAPELLE SAINT-MARTIN   101

CHAPELLE NOTRE-DAME DE BON VOYAGE   101

CHAPELLE NOTRE-DAME DE MISERICORDE   101

CHAPELLE DU SAINT-ESPRIT   102

CHAPELLE SAINT-MANDRIER   102

NOMS DES VIEILLES FAMILLES SIX-FOURNAISES  103

 

 

HOMMAGE A FRANCOIS JOUGLAS, HISTORIOGRAPHE

 

 

Monsieur François JOUGLAS, Ingénieur S.N.C.F., membre de l'Académie du Var, né le 15 avril 1905, est décédé le 10 octobre 1979.

 

Il a écrit quatre ouvrages sur l'Histoire du vieux Six Fours. Etant d'origine six-fournaise, il s'est d'abord intéressé à l'arbre généalogique de sa famille jusqu'au XV ème siècle.

 

Par incidence, ses recherches se sont orientées sur les origines de la commune de SIX-FOURS. D'autre part, ses découvertes de monnaies, poteries romaines et fragments d'amphores l’ont déterminé à consigner dans ses ouvrages le résultat de ses recherches.

 

Il a consacré pendant de longues années son savoir et son dévouement à des travaux d'archéologie et de restauration de la Collégiale Saint-Pierre, monument historique du XI ème siècle dont le parvis porte Son nom.

 

Mme PETETIN-JOUGLAS m’a aimablement permis d’utiliser le livre de son père de 1963 et en a permis le téléchargement.

 

INTRODUCTION

 

 

Ce coin de terre, où j'ai tant erré depuis, et que je connais si bien à présent, est la pointe la plus méridionale que la France pousse dans la Méditerranée, car la presqu'île de Giens, auprès des îles d'Hyêres, est un doigt presque détaché, tandis que ceci est une main dont le large et solide poignet est bien soudé au corps de la Provence. Cette main s'est en partie fermée, abandonnant au flot qui la ronge deux de ses doigts mutilés, la presqu'île du Cap Cépet, qui formait son index, et les îlots des Embiez, qui sont les phalanges rompues de son petit doigt. Son pouce écourté ou rentré est la pointe de Balaguier, qui protége la petite rade de TOULON d'un côté, de l'autre le golfe du Lazaret, et, par conséquent, le quartier de Tamaris.

 

Ceci n'est pas une comparaison poétique: rien n'enlaidit la nature comme de comparer sa grandeur à notre petitesse; c'est tout simplement une indication géographique nécessaire pour dessiner à l'œil le mouvement d'un littoral labouré et déchiré par de grands accidents géologiques.

 

George SAND (Tamaris).

 

 

PREMIERE PARTIE
HISTOIRE DU VIEUX SIX-FOURS

 

 

Nous indiquerons, dans cette monographie, les principaux faits qui ont marqué l'histoire de la communauté de SIX-FOURS dans ses limites d'avant 1657, date de la séparation de LA SEYNE. Sa superficie était d'environ 5.300, hectares.

 

Avant cette époque, la communauté de SIX-FOURS comprenait la totalité de la presqu'île de Sicié et de Cépet, ayant comme seul voisin, à l'ouest et au nord, la communauté d'Ollioules, qui englobait alors SANARY (St-Nazaire); sur tout le restant de son pourtour, elle était bordée par la mer. Ces limites .son définies dans une charte (No 702) des Abbés de St-Victor de MARSEILLE, de l'an 1156. Il faut tout de suite remarquer que, si nous appelons ce territoire SIX-FOURS, en fait ce nom n'apparaît que vers l'an 1000; aucun document écrit ou inscription n'existe avec ce nom avant cette date.

 

 

I. - LA PREHISTOIRE

 

A quand remontent les premières traces de l'homme dans cette région ?

 

Depuis peu, on a la certitude d'habitations aux temps pré-historiques. Une grotte à forme de dolmen naturel a, en effet, été découverte fortuitement en 1955, au sud du quartier de la Lèque, quartier situé au sud de la commune, en bordure des falaises qui dominent la mer.

 

Cette grotte contenait une sépulture collective composée de nombreux ossements brisés et en désordre, appartenant à cinq ou six individus. Une pointe de flèche perçante de silex taillée sur les deux faces a été découverte, ainsi que quelques coquilles et cailloux de couleur, mais aucune poterie. M. Jean LAYET, grand spécialiste de la préhistoire de la région de TOULON, a examiné les lieux et classé ce dolmen naturel vers le début du Bronze Récent, presque au Moyen-Bronze. C'est à dire, très approximativement, vers l'an 1000 avant J.C. Cette sépulture collective indique la proximité d'habitants, sédentaires, mais la région, très accidentée et difficilement accessible, n'a pas permis, à ce jour (1963), d'autres découvertes.

 

 

II. - L'OCCUPATION GRECO-ROMAINE

 

Des découvertes plus importantes ont été faites au BRUSC, au lieu dit « La Citadelle », de 1882 à 1895.

Cet endroit, qui domine le port du BRUSC du côté où arrive la route venant de SIX-FOURS, a été entièrement recouvert de maisons depuis la dernière guerre, mais, vers le milieu du XIX' siècle « on voyait encore la place d'une solide muraille de plus d'un mètre d'épaisseur, ayant tout l'aspect d'un mur de forteresse ».

 « Les murs des trois autres faces ont à peu près disparu, sauf du côté de la mer, où les fouilles ont mis au jour des fondations trop épaisses pour avoir appartenu à des maisons particulières ».

 

L. FIESSINGER, dans son ouvrage « Les fouilles du BRUSC » paru en 1898, nous décrit ainsi le résultat de ses fouilles : « On reconnut bientôt que deux couches de ruines étaient superposées : la plus récente, d'habitation romaine du second siècle de notre ère; l'autre, à quarante ou cinquante centimètres au-dessous, de maisons massaliotes, bien antérieures à l'arrivée des Romains. En certaines places, très rares, on trouva même, plus bas encore, des indices très probables de l'occupation du pays à l'âge de la pierre ».

 

Des monnaies romaines, massaliotes et grecques furent trouvées en abondance (plus de 2000), ainsi que des objets en bronze et en terre cuite, en terre rouge dits de Samos, en verre, en os, des meules de moulins à bras en basalte, des objets en fer et en plomb. Tout cela permet de conclure que ce quartier de SIX-FOURS était habité bien avant la fondation de MASSALIA (MARSEILLE) par les Grecs, en l'an 550 avant J.C., ce qui nous donne une liaison continue avec les habitants du dolmen de La Lèque.

 

Plus récemment, lors de constructions de maisons, de nombreux restes de murs ont été découverts, quelques pavés de mosaïque, et, à quelques centaines de mètres de la citadelle, de nombreux débris de poterie ..

En 1962, au· cours de fouilles pour la pose de conduites, à un mètre au-dessous du sol, j'ai trouvé des morceaux de terre cuite et de terre rouge dits de Samos, des restes d'amphores dont un bouchon percé de ses deux trous, des parties de tuiles. à rebords

 

Ces restes montrent que la colonie gréco-romaine vivant en ces lieux était importante, car, outre la citadelle, des maisons devaient se trouver en d'autres emplacements distants de trois à quatre cents mètres. De plus, dans la rade du BRUSC et vers les Embiez, il est fréquent que l'on découvre des. amphores ou, tout au moins, des parties importantes de celles-ci (fig. 1).

 

Une autre découverte importante a été faite par hasard, en 1953, en élargissant la route, à l'entrée du quartier du BRUSC. Une galerie souterraine de 1 m 50 à 2 m de haut, large de 0 m 50, passait sous la route venant de la citadelle, où elle correspond à un souterrain dont avait d'ailleurs déjà parlé FIESSINGER lors des fouilles de 1892. M. F. BENOIT, Directeur de l'Archéologie Provençale, venu au BRUSC, examina une portion du souterrain et conclut qu'il s'agissait d'un acqueduc de. construction très antique, alimenté par une source d'amont, lieu non encore déterminé. Ce canal passait sous la citadelle, qu'il devait alimenter en eau potable, et, ensuite, s'inclinait vers le sud-ouest pour aboutir vers le· port, dans le but, sans doute, de ravitailler les navires qui s'arrêtaient.

 

De part sa technique de construction, il ne peut être attribué qu'aux occupants de la colonie grecque-massaliote établie en cet endroit.

 

Au cours de recherches dans les archives de la commune de SIX-FOURS, j'ai retrouvé, dans le registre des délibérations communales (BB. N° 22), à la date du 16-12 1764, la proposition suivante du premier consul : « Sieur Jean RAYMOND, négociant de la ville de TOULON, possède une terre vigne, située dans ce terroir, quartier des Mouriès, dans laquelle il a découvert une source d'eau, ou acqueduc souterrain d'environ 7 pans (l m 75) de hauteur et 2 pans (0 m 50) de large prenant son commencement et tire à l'ouest, vers le rivage de la mer, quartier du BRUSC, distant d'environ 500 toises (l km) ». NuI doute qu'il s'agit là du même acqueduc, dont l'origine se trouverait donc au sud de Roches-Blanches, près de la route conduisant au quartier des Salles. Cet acqueduc d'un kilomètre montre bien l'importance attribuée à ce port par les colons de l'époque.

 

Nous voici arrivés, après la période grecque, à l'occupation romaine. Dans cette petite monographie, nous ne nous étendrons pas sur la querelle qui opposa, pendant de nombreuses années, les archéologues sur la position de la colonie des Phocéens de MARSEILLE: TAUROEIS - TAUROENTUM, et les interprétations de l'itinéraire maritime d'Antonin.

 

Les moyens d'investigation modernes, particulièrement sous-marins, ont permis à des archéologues réputés comme Fernand BENOIT, Eugène H. DUPRAT (dans son livre Tauroentum, 1935), maître Jean LAYET (Bulletin de l'Académie du Var, 1953) de prendre position en faveur du BRUSC.

 

C'est donc dans la rade du Brusc-Sanary que se serait déroulé, en l'an 49 avant notre ère, le combat opposant la flotte de Pompée, aidée par les Marseillais, à l'escadre de Brutus, qui l'a mise en pièce (voir Commentaires, Guerre civile de CESAR). Après cette bataille, dite de" TAUROENTUM '", la citadelle fut détruite en guise de représailles. Une nouvelle ville fut construite sous le même nom et servit de port d'escale pendant quelques siècles, mais on n'en retrouve plus aucune trace à partir du IV°·siècle; sans doute fut-elle brûlée au cours d'une invasion de Barbares. Cette double destruction par le feu correspond bien aux traces découvertes lors des fouilles de la citadelle relatées par FIESSINGER, et dont nous avons parlé ci-devant.

 

L'existence d'une colonie grecque importante à TAUROEIS est ainsi bien établie, colonie qui avait pour but de protéger le commerce grec, le long des côtes, des incursions pouvant venir de l'arrière-pays. La fondation de ces colonies, selon la coutume grecque, se faisait suivant un rythme religieux : l'endroit comprenait toujours un port et une colline, qui était la nouvelle Acropole où l'on déposait le feu apporté de la mère~ patrie et où l'on célébrait le sacrifice. TAUROEIS étant admis au Brusc actuel; où se trouvait l'Acropole ?

 

Aucune trace de construction n'ayant jamais été trouvé sur les sommets voisins du BRUSC, on ne peut penser qu'au sommet de SIX-FOURS : 210 mètres d'altitude, bien dégagé et permettant de signaler les incursions de Barbares venant des gorges d'Ollioules, où l'on a découvert de nombreuses habitations de tribus indépendantes appelées les Camatuliciens.

Cette hypothèse, qu'aucune preuve ne peut effectivement appuyer, expliquerait un début d'habitations sur ce sommet et les pentes de la colline.

BONNAUD et BOTTIN, archéologues amateurs (Bulletin de l'Académie du Var, 1909) firent, au début de notre siècle, des recherches poussées dans toute la région de TOULON, pour retrouver toutes les traces d'habitations gallo-romaines, civilisation s'étendant du 1° au V°siècle.

 

A SIX-FOURS, leurs découvertes furent nombreuses; nous ne citerons que les lieux :

Lagoubran : en face de l'entrée de la Pyrotechnie, à la limite du territoire d'Ollioules.

Le Verger: au.nord de Reynier, sur les pentes de SIX-FOURS.

Les Crottes: à l'est de SIX-FOURS, au-dessus de Vignelongue.

Lerys : sur la route de LA SEYNE aux Playes.

La Petugues : au nord de SIX-FOURS.

Sauviou : au bord de la mer (plage de Bonnegrâce).

Les Playes : village gallo-romain d'une grande étendue.

La Calade : entre les Playes et les Lones.

Pépiole : près de la chapelle.

 

Leurs trouvailles consistent en débris de mosaïque, tombes à tuiles, poterie rouge sigillée, céramique campanienne, meules, fioles de verre, etc ...

A Tamaris, également, on devait découvrir des fragments de mosaïque. Nous voyons ainsi que tous les alentours du sommet de SIX-FOURS étaient donc bien habités jusque vers le V' siècle.

 

BONNAUD et BOTTIN concluaient ainsi : « Les stations décrites se trouvent presque toujours au pied d'une montagne dont le sommet, mis en état de défense, offrait une protection contre l'attaque d'un ennemi. Les oppida dont l'existence est certaine sont ceux de SIX-FOURS, etc » ... Ils y auraient découvert « des tessons de poterie primitive et une hache polie, et, sous l'Eglise, en quantité, de la céramique gallo-romain ». D'autres descriptions du sommet de SIX-FOURS nous parlent souvent « d'un massif de ciment et de pierres plus dur que le rocher et d'une pierre noire d'assez grande dimension perforée en trois endroits, pierre destinée à recevoir le trépied sacré de la divinité adorée en ce lieu ».

 

Le Docteur ARMIEUX, dans un compte rendu à la Société Archéologique du Midi de la France, écrivait, en 1874 : « On n'a pas craint d'avancer sans preuves que l'Acropole de SIX-FOURS avait été occupée par un temple d'Apollon, auquel a succédé l'Eglise Ste-Marie de Cortine. Le culte d'Apollon pourrait se justifier à SIX-FOURS par le nom de Cortina donné à la partie la plus élevée de la ville. Cortina était le trépied sur lequel on rendait les oracles, et spécialement ceux d'Apollon ".

 

Quoiqu'il en soit, tous ces restes de constructions prouvent bien une habitation depuis une époque très ancienne.

 

 

 

III. - LE DEBUT DU CHRISTIANISME

 

Daniel ROPS, dans son livre « L'Eglise des Apôtres et des Martyrs », nous précise que « L'Eglise de Gaule, qui s'était fortement accrue au III° siècle, fait, au cours du IV" siècle, un véritable bond en avant. Elle compte 30 Evêchés en 313, et vers 360, sur les côtes méditerranéennes, les couvents germent : moines de Lérins que suscite saint Honnorat, moines de St-Victor de Marseille. A tous, Cassien, le premier grand mystique français, apporte, transposés en termes occidentaux, les éléments de la spiritualité monastique d'Orient. »

 

TOULON est devenu le Siège Episcopal aux environs de l'an 450. La civilisation occidentale se trouve alors en pleine transformation : l'état romain perd ses moyens d'action, les traditions rurales locales prennent le dessus. Les Evêques ont reçu de nombreux privilèges concernant les impôts, la justice, les écoles. Ils deviennent, en fait, les chefs réels des cités. Il parait donc normal que, dès cette époque, l'ensemble des habitants que nous avons vu vivre autour de SIX-FOURS aient eu une église pour se réunir, sans doute vers le sommet de cette colline où ils avaient leur oppida; nous en reparlerons plus en détail dans l'histoire de l'Eglise St-Pierre.

 

C'est à cette époque que les Wisigoths (en 412) font des incursions jusqu'en Provence. Puis ce sont les Ostrogoths et les Francs qui dominent, tour à tour, notre région.

 

Vers 517-545, saint Cyprien étant Evêque de TOULON, la Provence fut rattachée au royaume d'AUSTRASIE, commandé par Clotaire, fils de Clovis. Deux soldats de l'armée d'occupation, qui avaient déserté, abjurèrent l'arianisme pour se faire baptiser sous les noms de MENDRIER et FUVIEN. Ils vécurent dans la presqu'île de Cépet (qui était encore probablement une île) qui appartenait à SIX-FOURS, dans une vieille tour phocéenne. Ils furent assassinés par des pirates vers l'an 566.

 

Une civilisation originale, mélange de traditions romaines (six siècles d'occupation) et de coutumes des envahisseurs nordiques, se créa ainsi peu à peu dans la région : l'usage du latin se perd, le pouvoir religieux se dégrade, la misère et la sauvagerie vont en augmentant. La Provence, à partir de 771, fait partie de l'Empire de CHARLEMAGNE, et, après sa mort, elle est rattachée au Saint Empire Romain Germanique, auquel elle restera rattachée jusqu'au XIV° siècle.

 

 

IV. - LE ROYAUME DE PROVENCE

 

En fait, dans la période de l'an 700 à l'an 1000, ce n'est qu'une suite de pillages : incursions des Sarrazins, suivies par les ravages des troupes de l'intérieur venant, soi-disant, délivrer le pays. Les terres sont abandonnées, la région est devenue inhabitable, sauf dans les places-fortes appelées castrum, comme celle de SIX-FOURS.

 

La Provence s'est constituée en Royaume, sous le règne des BOZON, et la région de TOULON appartient aux Vicomtes de MARSEILLE. Les cités s'administrent par des consuls et sont, en fait, indépendantes. Dans les luttes incessantes contre les Sarrazins, les Six-Fournais eurent à livrer un combat en 950, à Malogineste, lieu qui se trouve sur la route allant de SIX-FOURS au BRUSC, et où un oratoire élevé en l'honneur de St-Pierre existe encore (fig. 2). Nous pouvons y lire, sur la plaque commémorative : « Aux Six-Fournais qui arrêtèrent les invasions ennemies par la victoire de Malogineste, remportée ici sur les pirates sarrazins, le 1er août de l'an 950 - Oratoire commémoratif élevé au X° siècle - 1861 ». En 1861, l'oratoire actuel fut restauré et la niche où se trouvait saint Pierre obturée. Jean DENANS, notaire royal à SIX-FOURS, nous donne, dans son manuscrit de 1708, les quelques précisions intéressantes ci-après : « Pour preuve de la vérité de ce combat et. l'avantage que les habitants eurent sur leurs ennemis, il se voit encore, au milieu du chemin, des sépultures entourées à fleur de terre de pierres bleues ». D'ailleurs, le sieur Louis JOUGLAS, maître chirurgien âgé de 80 ans et au delà, assure que ... « ayant creusé une des sépultures qui sont sur ledit chemin de Malogineste, il y trouva des os d'un homme ... qu'ils étaient de. grosseur et longueur extraordinaires, que le crâne surpassait en grandeur tous ceux qu'il avait vus pendant sa vie ». On trouva également beaucoup d'ossements « du côté de ponent du chemin » et « à la terre qui est derrière l'oratoire ».

 

La fin des luttes contre les Sarrazins fut la prise, en 972, du Castrum du Fraxinet, dans les Maures, qui était leur siège principal sur la côte.

 

 

V. - L'ORIGINE DU NOM DE SIX-FOURS

 

Nous arrivons ainsi aux environs de l'an 1000 et aux premières apparitions du mot qui devint SIX-FOURS.

 

Dans « Histoire de Montmajour », par Dom Chantelou, complété et annoté par le Baron du Roure, en 1890, nous trouvons un extrait d'un privilège du Pape LEON VIII, dont il existe deux copies fort anciennes aux archives des Bouches du-Rhône.

 

Ce privilège est de l'an 963 et parle de « castrum que nuncupant septemfurnos » (le bourg fortifié appelé sept fours) et nous montre qu'une partie de notre pays appartenait alors à l'Abbaye de Montmajour, dont l'origine remonte à 950.

 

Dans le même ouvrage, nous trouvons, dans une supplique de 1080 des moines de Montmajour au Souverain Pontife, l'indication « Sex furno », et, dans deux bulles de Urbain Il, une de 1096, l'autre de 1097, l'indication « septemfurni », que nous retrouverons encore, en 1102, dans une bulle de Pascal II.

 

Dans le cartulaire de St-Victor, connu sous le nom de « Liber magnus cantarum », qui a été écrit du XI° siècle au XIII° siècle, nous trouvons de nombreuses chartes concernant des donations faites aux moines de St-Victor :

 

- année 1035 (cart. No 451) mention de « Sex furnos »;

- année 1038 (cart. No 447) mention de « castrom et ad villa sex furnos »;

- année 1038 (carl. N° 448) mention de « villarum sex furnorom »;

- année 1044 (cart. No 32) mention de « castello vel villa que decitur sex furnos » et des droits de paroisse.

 

Nous arrêtons là nos citations, qui deviendraient fastidieuses, mais les documents précédents nous montrent l'existence, sur cette colline : d'un castrum (bourg fermé et fortifié), d'une villa (village non fortifié), d'un castello (château fort) et d'une paroisse. Le changement d'appellation « Sex » ou « Septem » peut provenir d'une erreur de la chancellerie pontificale, car ce n'est que sur des bulles des Papes que nous trouvons « septem », les moines de Montmajour, en 1080, et toutes les chartes des moines de St-Victor, à partir de 1035, indiquant bien « Sex ». Ce point admis, quel sens faut-il donner à « Sex furnos »? (écrit « Six furnis » au XII° siècle). Le sens littéral le plus proche est four (latin furnus); certains ont voulu y voir fort (latin fortis); d'autres, feu (latin focus).

 

La première version « four » ne peut recevoir d'explications.

Nous savons, par des documents plus récents, qu'il y avait dans le village le four banal dépendant du seigneur pour la cuisson du pain. Au moment de la plus grande prospérité de la Communauté, il y eut jusqu'à trois fours banaux, mais cela ne suffit pas. Des fours à chaux paraissent peu possibles; vu la nature géologique du pays, il a pu en exister un ou deux au maximum. Des fours à minerais vers l'an 1000 paraissent peu probables, aucune trace n'en étant parvenue jusqu'à nous. Cette version, quoique correspondant le mieux au nom tel qu'il est écrit dans les premiers documents connus, ne semble pas pouvoir être retenue.

 

La deuxième version, « fort », est plus facilement explicable à condition de ne pas prendre le mot fort sous le sens de forteresse comme nous le voyons maintenant, mais simplement de « lieu fortifié », groupe de maisons ou quartier pouvant s'opposer à une attaque des Barbares ou des Sarrazins.

 

Ces six lieux fortifiés seraient, d'après Jean DENANS, qui en 1708 a adopté cette version :

 

- LE PEYRON, quartier au-dessus du cimetière actuel de La Seyne, où se trouvent les ruines de vieux moulins. « On y a trouvé divers vestiges, des fondations de maisons, même des pavés de briques à la mosaïque, marqués de diverses couleurs, enchâssés et cimentés sur des matières fortes ».

 

- LE CROTON, quartier sur la route allant des Sablettes à Tamaris. « Il y a encore des vestiges d'une quantité de fondations de maisons, même un canal bâti pour la conduite des eaux ».

 

- LE BRUSC : nous y connaissons la citadelle d'origine grecque.

 

- LE CAP NEGRE, quartier entre la Coudourière et la plage de Bonnegrâce, et où existe actuellement une batterie déclassée. « Il ne parait aucun vestige, ce qui n'est pas trop surprenant, puisque ces maisons étant toutes bâties sur des rochers, dont le sol ne permettait pas de creuser des fondations, par la facilité qu'on a eu. d'employer ou emporter les pierres ou de les parsemer, il n'y a pas lieu d'en laisser bâties l'une sur l'autre ».

 

- LA LONE, quartier à la limite de Six-Fours, près de la Reppe. « Il ne paraît aucun vestige, étant tout proche de St-Nazaire (Sanary), a été creusé jusqu'aux fondations pour bâtir les maisons qui composent le dit lieu de St-Nazaire ».

 

Le sixième est SIX-FOURS, qui domine les cinq premiers, situés de 3 à 5 kilomètres de distance, trois pouvant défendre les attaques venant. de l'ouest et deux du côté de l'est, SIX-FOURS, le point le plus fortifié, où nous avons vu qu'il a toujours dû exister un oppida, puis un castrum. Cette version paraît plus plausible, elle est appuyée par un cachet ancien non daté portant les mots : « Le grand cachet de Six-Fours » , et un sceau indiquant : « Le SCEL de Six-Fours ».

 

Enfin, la troisième version, " feu ", est basée sur le système imposant les communautés pour un certain nombre de « feu ». Le feu représentant environ 300 habitants, il est peu vraisemblable que les six quartiers que nous venons de voir aient eu chacun environ 1.800 habitants avant le Xe siècle; cette version semble donc à éliminer.

 

L'explication du nom de Six-Fours étant donnée, il nous reste à parler de ses armes : SIX-FOURS porte : de gueules à une coquille d'argent ombrée de sable (fig. 3).

 

Fig. 3 - Les sceaux de Six·Fours.

 

 

D'où vient la présence de la coquille de pèlerin dans les armes de SIX-FOURS ? Peut-être est-ce en mémoire de Hughes GEOFFRO, Comte de Provence et Seigneur de Six-Fours, qui légua ses biens aux Abbés de St-Victor en l'an 1073, avant de partir pour la Terre Sainte.

 

Fig. 3 - Le sceau de la Collégiale.

 

 

Par ailleurs, un grand chapiteau en marbre blanc, d'ordre corinthien, avec une coquille sur le devant, a été découvert, il y a fort longtemps, au sommet de SIX-FOURS. Il est actuellement déposé sur l'autel de St-Pierre, dans la vieille collégiale. Est-ce cette coquille qui aurait donné l'idée des armes de SIX-FOURS ? Là encore, un mystère subsiste.

 

 

VI. - LE MOYEN AGE

 

Après l'an 1000, la documentation concernant SIX-FOURS est beaucoup plus importante; j'ai pu y puiser quelques renseignements intéressants. Mes principales sources sont :

 

- Le cartulaire de St-Victor. déjà nommé, qui comprend 22 Chartes concernant SIX-FOURS. La plupart sont des donations de terres de SIX-FOURS aux Abbés de St-Victor ou de simples confirmations des actes précités, confirmations données l’une par le Comte de Provence, les autres par lettres ou bulles de divers Papes.

 

- Les archives départementales des Bouches-du-Rhône. à Marseille (principalement séries B, C et H), qui possèdent le fond de l'Abbaye de St-Victor, comportant de nombreux actes de propriétés et des procès ou transactions entre les habitants de SIX-FOURS et les Abbés, Seigneurs du lieu .. ·

 

Nous y trouvons également toute la correspondance entre la Communauté, le Parlement de Provence, la Cour des Comptes, les justices seigneuriales, baillages, et assemblées générales des communautés. Ces archives, en ce qui concerne SIX-FOURS, s'étendent principalement de l'an 1480 à la Révolution, et on peut y voir vivre très en détail la population du pays.

 

- Les archives de la Communauté de SIX-FOURS, également très détaillées pour tout ce qui concerne les événements des XV°, XVII° et XVIII° siècle.

 

Dans cette petite monographie, nous ne citerons que quelques faits particuliers à· l'histoire locale.

 

Dès le début du XI° siècle, sous l'administration des Comtes de Provence, SIX-FOURS est rattaché à la viguerie d'Hyères, qui est le centre d'une des quatre provinces judiciaires entre lesquelles vient d'être divisée la Provence. Lorsque, en 1261, TOULON comptant 2.500 habitants est fait chef-lieu d'un baillage, le château de SIX-FOURS lui est rattaché. Mais de l'an 1000 à l'an 1156, les Vicomtes de Marseille eurent des droits de seigneur sur certaines parties de SIX-FOURS; toutefois, à partir de cette dernière date, ils sont éliminés au profit des seuls Abbés de St-Victor, qui resteront Seigneurs du lieu jusqu'à la Révolution.

 

Dans un document de juin 1302, donnant la liste des différents « farots », ou feux de garde, sur les côtes de Provence au Moyen-Age, nous en trouvons concernant la communauté de SIX-FOURS :

- Un au Runzels, ce qui pourrait correspondre à la désignation de la charte de St-Victor de 1156 : insulam de Rausellis voulant indiquer l'île du Rouveau, où il existe un phare actuellement. Certains auteurs ont désigné comme emplacement l'île de la Tour Fondue (dans le groupe des Embiez, où se trouvent les ruines d'une ·tour). Ce farot du Runzels communiquait, au sud-ouest, avec le farot de la tour de la Plumasse, qui était à St-Nazaire, dans la commune d'Ollioules.

- Un au cap de Cessiech, devenu le cap de Sicié, dont nous parlerons dans l'histoire de la chapelle de N.-D. de la Garde. Ce farot communiquait, à l'ouest, avec celui du Runzels, et, à l'est, avec celui de « Possalhs », dans le territoire de TOULON (aux environs de la grosse tour actuelle).

 

En 1364, Jeanne devenue Reine de Naples et de Provence depuis 1343, vint à SIX-FOURS, dont elle fit réparer le château et les remparts. Elle accorda ensuite le droit de régales aux moines de St-Victor. Sans héritier, elle adopta le Duc d'Anjou. Elle fut assassinée en 1382 et, après sa mort, une scission se produit :

 

- TOULON et ses environs reconnaissent Charles de Duras, arrière-petit-fils de Charles II (qui avait été le Comte de Provence), soutenu par le Pape, comme héritier.

- SIX-FOURS, ainsi qu'Ollioules, reconnaissent Louis 1° d'Anjou, soutenu par le roi de France, comme héritier.

 

Après de nombreuses guerres (1385-1388) entre les deux zones, ce fut Louis II d'Anjou, fils de Louis I°, mort en 1384, qui l'emporta. La reddition de TOULON se fit en mars 1388, en présence de nombreux gentilshommes six-fournais.

 

Des privilèges importants furent accordés, à cette occasion, aux habitants de SIX-FOURS et Ollioules, en compensation des dommages importants et pertes considérables subis pendant ces guerres. Ils furent confirmés, en octobre 1399, par Louis II. qui exempta les Six-Fournais à perpétuité du péage au baillage de TOULON. qui ne comptait alors guère plus d'un millier d'habitants.

 

En 1436, quatre galères aragonaises, venues de Saragosse, vinrent mouiller au port du Brusc pour se livrer au pillage. Les habitants de SIX-FOURS, armés, vinrent rapidement les obliger à se rembarquer sur leurs galères.

 

Dans le quartier de Pépiole, un gisement de fer fut découvert, en 1459, par un Toulonnais. L'exploitation de cette mine donna lieu à un procès avec les Abbés de St-Victor. qui avaient autorisé un Gênois à extraire du minerai dans les mêmes limites.

 

 

 

VII. - RATTACHEMENT A LA FRANCE

 

Après un long règne. le roi René mourut en 1480, et son successeur, qui ne lui survécut que quelques mois, institua pour héritier Louis XI, Roi de France. Ce rattachement de la Provence à la France ne devint effectif qu'en 1486, après que les Etats de Provence le ratifient en précisant qu'il s'agissait d'une « union non comme un accessoire à son principal, mais comme un principal à un autre principal, et séparément du reste du royaume »...

 

Nous pouvons remarquer que l'usage du droit romain n'a jamais cessé d'exister en Provence, jamais aucune occasion solennelle de le proclamer n'était négligée et .les circonstances les plus impérieuses ne pouvaient même y faire admettre la moindre dérogation. Le droit de s'administrer eux-mêmes. comme cela avait toujours eu lieu, fut ainsi stipulé et reconnu. Le souverain ne pouvait, en Provence, imposer aucun subside sans le consentement des Etats du pays,. véritable Parlement.

Les impôts n'étaient perçus que lorsqu'ils avaient été consentis; ils ne frappaient pas les particuliers, mais le corps entier du pays; les Consuls et le Conseil de la Communauté administraient leurs affaires.

 

Le rattachement avec la France amena la prospérité dans la région de TOULON, grâce à la construction de navires de guerre dans un arsenal, de plus en plus important, qui fut construit dans cette ville.

C'est à partir de cette époque- que nous verrons les Six-Fournais avoir une vocation de marins, ou s'orienter vers les travaux de constructions navales : charpentiers, calfats, etc ... En 1520-1530, apparaissent les actes d'acquisition par la Communauté, ou par de simples « manants et habitants », des premières terres cédées par les Abbés de St·Victor et Seigneurs de SIX-FOURS.

 

La région est envahie par les armées de Charles-Quint, qui ruinent le pays, une première fois en 1524, puis en 1536. En 1546, le château de SIX-FOURS est dans sa pleine puissance; il appartient toujours aux Abbés de St-Victor, et il est entouré de fortes murailles percées d'une seule porte et comportant une tour ronde au levant.

 

Chose curieuse, mais montrant la solidité des finances des petites communautés, Henri II, roi de France, fait, en 1558, un emprunt à SIX-FOURS et lui constitue une rente perpétuelle de 16 écus et demi d'or. Et, peu après, le Comte de Suze, gouverneur pour S.M. Henri III, en 1578, « recommande de bien garder .la ville et d'en réparer les remparts afin que, comme par le passé, les ennemis du Roi ne s'emparent point de· ce poste fortifié. Confiant en la fidélité et valeur des habitants, il·n'envoie pas de garnison, parce que, en tous temps anciens, aucun ennemi n'avait pu pénétrer dans cette place, aussi protégée par la nature que par la valeur des habitant ». Ceux-ci furent autorisés à porter des armes à feu contre les Turcs qui débarquent le long des côtes et font de grands dommages. L'ensemble des milices ainsi constituées comporte 676 hommes munis d'arquebuses et de hallebardes. Ils sont groupés en « dizaines » stationnées dans les différents quartiers d'où ils sont originaires.

 

Henri IV accorda, en 1592, des lettres de sauvegarde aux habitants, lettres qui furent confirmées par le Duc de Guise, gouverneur de Provence, en 1596, s'adressant au « dit lieu de SIX-FOURS, aux granges et bastides qui en dépendent ».

 

 

VIII. - LES XVII° ET XVIII° SIECLE

 

Vu l'importance des quartiers Tortel et Beaussier, au lieu lit « La Segno », une Eglise y est constituée en paroisse, en 1603; puis un four à cuire le pain est construit en 1604. Cette appellation vient du fait que, dans cette plaine marécageuse, croît en abondance une plante aquatique appelée « Siagno ». Aucune trace n'existe, dans les archives locales du XV· siècle, d'une immigration des habitants du village de Seyne (Basses-Alpes), comme l'ont prétendu certains auteurs. La formation de LA SEYNE par les habitants descendant de SIX-FOURS est surabondamment démontrée par tous les documents en notre possession.

 

C'est également à cette époque, entre 1608 et 1614, que l'Eglise romane St. Pierre, qui était d'ailleurs à l'extérieur de l'enceinte fortifiée, à côté de l'ancien monastère des moines de St-Victor, étant devenue trop petite, est agrandie par une Eglise gothique. Nous en verrons tous les détails dans l'histoire des Eglises.

 

En 1610, le Duc de Guise accorda aux Consuls le droit de porter le chaperon de velours violet, ce droit leur fut d'ailleurs renouvelé . par Louis XIII, qui leur accorda le chaperon de velours rouge et noir en 1619.

 

Au centre de l'île des Embiez, sur l'emplacement d'un fortin élevé sous François 1°, se construisit, en 1612, un château avec sa tour crénelée (voir détails dans l'histoire des Eglises du Brusc). Richelieu fit fortifier l'île en 1633, et la tour fut armée de trois canons en 1661.

 

C'est à cette période que SIX-FOURS est doté d'une deuxième enceinte fortifiée et que quatre postes de garde sont construits le long de la mer, en 1638. La population totale de la communauté atteint. alors 1241 familles, soit 4.800 habitants.

 

En juillet 1657, par lettres patentes du roi Louis XIV, obtenues par le cardinal de Mazarin, Abbé de St-Victor, LA SEYNE, que nous avons vu devenir un petit village avec sa paroisse, est séparée de SIX-FOURS et devient une communauté indépendante avec, comme Premier Consul, François TORTEL. Elle devint vite un centre important de constructions navales.

 

TOULON, devenu plus important depuis la fin du XVI° siècle, par ·son arsenal maritime, est le siège d'une sénéchaussée, en 1662, qui englobe dans ses limites SIX-FOURS et LA SEYNE.

 

Le diocèse de TOULON comprend alors trois collégiales : Hyères, Cuers et Six-Fours, et vingt-quatre Eglises paroissiales. La peste exerça de grands ravages en 1664.

Des batteries sont construites le long de la côte : aux. Embiez, au Cap Nègre, puis au Rayolet.

 

En 1707, lors de la guerre de la succession d'Espagne, la flotte anglaise, forte de 48 vaisseaux, fit sans résultat le siège de TOULON. Une partie de l'escadre était mouillée dans la rade du Brusc, d'où elle canonna SANARY et fit des descentes aux Embiez, y commettant des dégâts au château et aux terres. La famine se fit sentir dans la région, . aggravée par l'hiver de 1709, qui fut l'hiver le plus rigoureux jamais connu sur la côte ; tous les oliviers et la plupart des pins furent gelés; les oiseaux venaient se réfugier dans les maisons.

 

A cette époque, la répartition des 692 hommes en état de travailler dans les diverses professions à SIX-FOURS est la suivante :

 

- 467 (67,7 %) travaillent dans la marine, soit dans la marine du Roy, soit dans la marine de commerce, ou dans les arsenaux.

- 116 (16,8 %) travaillent dans l'agriculture. Ce chiffre parait très faible, mais il faut penser qu'un grand nombre de femmes et enfants travaillaient alors la terre.

- 81 (11,5 %) sont des artisans ou commerçants (tisseurs à toiles, tailleurs d'habits, maréchal de forge, cordonniers, maçons, menuisiers ... )

- 28 (4 %) sont des fonctionnaires ou ont une profession libérale (chirurgien, notaire royal, régent des écoles ... )

 

Jean DENANS, dans son manuscrit, nous dépeint le vieux village à cette époque où il commençait déjà à décroître, les habitants s'installant de plus en plus nombreux dans la plaine, la sécurité leur paraissant assurée (fig. 4).

 

SIX-FOURS comprenait deux parties :

- Une sur le sommet, close de murailles de grande épaisseur et fort élevées, et encore en assez bon état, à l'intérieur desquelles se trouvaient, au point culminant, les ruines du château; N.D. de Courtine et son clocher ressortaient sur l'ensemble. L'hôtel de ville avec sa citerne, l'auditoire de justice, une halle, une boucherie communale, deux fours banaux à cuire le pain, existaient dans cette enceinte, qui était percée d'une seule porte à l'est, la porte de l'Horloge.

 

- Une, dite « La Bourgade », sur la pente est, fortifiée de 1578 à 1633 en partie par le corps même des maisons construites côté du levant. Elle comprenait l'Eglise collégiale St-Pierre et l'hôpital.

 

L'ensemble était fermé par quatre portes : porte du Moulin, au nord; les portes d'Ollioules et de Toulon, à l'est, et la porte St-Roch, au sud_

 

 

Dans un manuscrit de Louis MOUROU, instituteur à SIX-FOURS, écrit au milieu du XIX· siècle, nous trouvons cette indication supplémentaire : « Il y avait encore, dans les murs d'enceinte, d'immenses réservoirs d'eau potable et des puits intarissables ».

Le village comportait alors (1710) au total sept églises ou chapelles. La population comprenait environ 540 familles, soit 2.000 personnes, dont un quart seulement habitait à SIX-FOURS, le reste dans les quartiers ou bastides, au nombre alors d'une quarantaine. La communauté est obligée de traiter (mars 1703) avec un docteur en médecine pour qu'il habite dans la commune, moyennant 300 livres d'appointements par an et 10 sols par visite. Jusque là, il n'y avait eu que des « chirurgiens » pour soigner la population.

 

En 1720, une épidémie de peste ravagea la région de TOULON, plus de la moitié de la population mourut, mais SIX-FOURS fut presque totalement épargnée. Les limites de la commune furent gardées pour éviter l'arrivée de contaminés. SIX-FOURS envoya des secours en vivres à BANDOL, où régnait la famine.

 

En 1779, vu l'importance prise par la population de la plaine, une chapelle agrandie fut érigée en succursale au quartier de Reynier.

 

La Révolution de 1789 fut marquée, à SIX-FOURS, par quelques pillages : les trésors de la collégiale, une partie des archives de la communauté, l'auditoire de justice et l'hôpital, qui fut détruit.

 

A la première Assemblée Electorale du Var, qui tint ses assises à TOULON en juillet et août 1790, SIX-FOURS est représenté par Pierre PECOUIT.

 

En 1793, lors de l'investissement de TOULON par les Anglais, le commandant BONAPARTE alla à SIX-FOURS, dont il dit : « J'y suis monté pendant le siège pour observer les positions anglaises. C'est un vrai poste à signaux, un nid d'aigle ». La garde nationale, qui comprend, à SIX-FOURS, 423 hommes, est chargée d'armer les batteries du Cap Nègre (un canon de 36 et trois de 24) et du grand Rayolet (quatre canons de 24), de la Lauve (pointe à l'est du Petit Gaou) et du Cap Vieux (sous la chapelle de N.D. de Bonne Garde, à mi-hauteur), de peur d'un retour des Anglais, qui mouillent à proximité de la rade du Brusc (fig. 5 et 6). Le ravitaillement était très précaire, particulièrement en blé, et l'ordre fut donné d'évacuer en totalité la population de LA SEYNE et SIX-FOURS. Il ne fut que partiellement suivi. Ce fut là toutes les répercussions des événements sanglants de TOULON, qui devint pour quelques années «  Port la Montagne » et perdit, en même temps, sa fonction de chef-lieu du département du Var.

 

C'est à cette époque révolutionnaire que deux fours banaux à cuire le pain sont enfin construits dans la plaine : un à Reynier, principal quartier; l'autre à Monnet. Jusqu'à cette date, les habitants de toute la commune étaient toujours obligés de monter à SIX-FOURS pour faire cuire leur pain.

 

IX. - LE XIX· SIECLE

 

La période napoléonienne eut assez peu de répercussions à SIX-FOURS, sauf par périodes où le blocus de la flotte anglaise se faisait. particulièrement sentir. Lors de l'institution de la Médaille de Ste-Hélène, il y eut 105 Six-Fournais cités.

 

De mai 1827 à juillet 1846, il exista, sur l'île des Embiez, une fabrique de soude extraite des varechs et plantes marines, abondant aux alentours, et comprenant huit fours avec condensateurs, douze chambres de plomb et un canal de fumée de 378 mètres de long.· Elle donna lieu à procès à partir de 1843, parce que, avec les vents dominants du mistral, les gaz émis brûlaient les vignes, le long de la côte et à l'intérieur. La fabrique de soude fut, finalement, interdite par arrêté préfectoral. .

 

La Mairie actuelle fut construite en 1831, à REYNIER, la population était alors d'environ 3.000 habitants. Il y avait trois instituteurs (deux à Reynier et un aux Playes), mais il existait de nombreuses écoles privées tenues par des Sœurs.

 

Un fait à peine croyable, et qui montre la vie rude de l'époque, nous est relaté par les délibérations municipales de 1834 : lorsque les ruisseaux ne coulaient pas, ce qui était fréquent neuf mois sur douze, les femmes étaient obligées d'aller laver leur linge à OLLIOULES, où elles se rendaient soit en charrette, soit avec un âne transportant toute la lessive. Les édiles décidèrent de construire, dans le vallon du Rayolet, un lavoir public. Ce lavoir couvert fut réalisé à 400 mètres en aval de la source abondante de Fontête. Quelques ruines marquent encore son emplacement, à environ 2 km 800 de Reynier, en bordure du sentier conduisant à N.-D. de Bonne Garde.

 

Un fort fut construit dans l'île des Embiez, en 1847-48; il fut armé de dix bouches à feu. Ce fort St-Pierre est encore intact aujourd'hui, à la pointe nord de l'île.

 

L'épidémie de choléra de 1853, très importante à TOULON et LA SEYNE, ne fit que dix victimes à SIX-FOURS.

 

Le 3 mai 1859 voit le chemin de fer arriver à TOULON; cela va transformer notre région, jusqu'alors très isolée du reste de la France et ne pouvant pratiquement faire son commerce que par la mer.

 

REYNIER, centre de la commune, se modernise : en 1861, une halle servant de marché couvert est construite sur la place de la Mairie; elle existe toujours, et, sur la même place, un puits de six mètres de profondeur alimentant une pompe à main est la première installation d'eau potable réalisée à SIX-FOURS. Un sémaphore destiné à recevoir et transmettre les signaux de la haute mer est construit en 1862, à côté des ruines de N.-D. de Courtine, au sommet de la colline. On découvrit, en le construisant, des sépultures et des vestiges anciens de qualité auxquels personne ne prit garde.

 

Un très violent incendie parti des environs du Brusc, en 1868, dévasta la presque totalité des forêts du cap Sicié. Après la malheureuse guerre de 1870, et de peur d'un débarquement des Anglais, une redoute est construite, en mars 1871, à côté du sémaphore; c'est la ville de TOULON qui paya les 100.000 francs nécessaires.

 

Puis, en 1875, commencèrent les travaux du fort actuel, qui fut terminé en juin 1881, sonnant le coup de grâce du vieux SIX-FOURS, dont presque tous les derniers habitants partent à ce moment. La route d'accès au fort fut construite à la même époque (fig. 7 ).

 

 

 

 

Au Brusc, les pêcheurs étaient assez nombreux et avaient formé une prud'homie; l'administration des Ponts et Chaussées fit construire une jetée de 40 mètres et un quai, en 1882. Une catastrophe maritime se produisit à la pointe du Gaou, le, 1er mars 1889 un torpilleur toucha un rocher et coula en quelques minutes, six hommes périrent. Un monument a été élevé en leur mémoire dans le cimetière de Reynier. C'est vers cette époque que furent désarmées les batteries de la côte : St-Pierre aux Embiez et le Cap Nègre. Les autres tombèrent en ruines et l'on peut encore voir, à certaines, les canons laissés sur place. Un groupe scolaire, important pour l'époque, est construit en 1882/84, à REYNIER, le long de .la route des Sablettes.

 

X. - LES TEMPS MODERNES

 

Les premières distributions d'eau publiques sont installées à REYNIER en 1896, où deux puits, en bordure de la route des Sablettes, assurent l'eau à un lavoir installé sur la place centrale et à une fontaine;. au BRUSC en 1903, où un puits, près de l'entrée, alimentera deux fontaines.

 

Un port privé est construit. à la Coudourière, en 1901, par les tuileries Romain Boyer en plein développement.

 

Les transports, jusqu'alors assurés par deux lignes de diligences, l'une de Reynier à La Seyne en correspondance avec les bateaux qui vont à Toulon, l'autre du Brusc à Toulon, sont améliorés, à partir de 1912, par la création d'un service d'autobus par l'entreprise LAUGIER. Des tramways assureront, à partir du 27 août 1917, le service des voyageurs et marchandises dans la région de « l'ouest varois » depuis La Seyne-Reynier-Sanary-OIlioules jusqu'au Beausset; ce service durera environ vingt ans.

 

Un premier cinéma est installé à REYNIER, en janvier 1914, par M. Louis BONNET.

 

Après la guerre de 1914/18, où de nombreux Six-Fournais tombèrent au champ d'honneur, fut inauguré, en avril 1922, le monument aux morts, de forme pyramidale, qui se trouve à la bifurcation des routes des Sablettes et de La Seyne.

 

La guerre marquera un changement profond dans l'histoire de SIX-FOURS, qui va sortir de son existence de petit village dont la population est partagée entre l'agriculture et le travail à l'arsenal de TOULON ou aux chantiers de LA SEYNE, et s'orienter petit à petit vers le tourisme. Un chiffre nous marquera cette évolution: les terrains se vendaient alors, au BRUSC, à 1 franc le m2; les mêmes se vendent actuellement plus de 5.000 A.F. (5.000 fois plus !!!)

 

Le premier pas vers cette nouvelle destinée est marqué par le « Journal officiel » du 1" février 1923, qui nous apprend que la commune de SIX-FOURS portera désormais le nom de SIX-FOURS-LA-PLAGE.

 

L'île de Gaou est reliée à la terre, en 1931, par une digue formant route, afin de faciliter l'accès de ce point de vue sur la mer et les falaises, qui est très joli à voir lorsque la mer est grosse par fort mistral.

 

Sous l'occupation consécutive à la guerre 1939/40, les Allemands construisent, en 1943, des casemates et des blocs de béton tout le long des plages et sur le quai du Brusc. En juillet 1943, l'ordre d'évacuation de tous les habitants des quartiers des Lones, de la Coudourière, du Cros et partiellement du Brusc, est donné. Les maisons sont démolies, les arbres et les vignes coupés au pied, Les champs sont minés, la vie dans la commune de SIX-FOURS devient de plus en plus difficile.

 

Enfin, à l'annonce du débarquement des Alliés en Provence, les Six-Fournais vont se réfugier dans les bois du 15 au 25 août 1944 : Reynier, le Brusc sont bombardés.

 

Le 26 août, c'est la reddition du fort de SIX-FOURS, qui était occupé par une forte garnison allemande, qui l'évacue et fait sauter ses munitions.

 

En juillet 1945, un grand pèlerinage viendra au Brusc, avec la Vierge de Cotignac, que l'on promènera dans les ruines des maisons et sur un bateau dans le port.

 

Il faudra attendre 1950 pour que la reconstruction aux Lones et au Brusc commence à redonner au paysage un aspect plus normal, mais les arbres seront encore longs à repousser.

 

Le quai du port du Brusc· est agrandi, les travaux dureront plusieurs années: en 1954, la route longeant la mer depuis ce quai jusqu'au Gaou, est en chantier. En même temps, une nouvelle jetée est mise en construction dès 1952, pour abriter le port.

 

Les améliorations routières vont se concrétiser :

 

- En 1952, par une route d'évitement du quartier de Reynier (le nouveau Six-Fours) facilitant la circulation dans le village.

 

- En 1953, une route départementale (la D.63) remplaçant d'anciens chemins, créait une liaison rapide entre Sanary, les Lones, les Playes, la gare de La Seyne et Toulon.

 

- En 1955, une route forestière partant de la route du Brusc, au lieudit la Roche Blanche, après une agréable traversée de la forêt, dans le vallon de Roumagnan, rejoint la route montant à N.-D. de Bonne-Garde, d'où l'on peut jouir d'un panorama unique depuis le massif de Marseille Veyre, à l'ouest, jusqu'au massif des Maures et les îles d'Hyères, à l'est. Toute la presqu'île de Sicié, celle de St-Mandrier, et la rade de Toulon sont à vos pieds.

 

- En 1961/62, une route de bord de mer rejoint la plage des Lones à celle du Brusc, en passant par la Coudourière.

 

Puis ce sont les travaux d'équipement scolaire qui sont à signaler :

 

- 1936 Création d'une école à La Coudourière (5 classes).

- 1954 Rénovation de l'école des Playes (2 classes).

- 1957 Construction d~une nouvelle école au Brusc (6 classes).

- 1960 Création d'une école aux Lones (5 classes).

- 1960 Construction d'une nouvelle école à Reynier (19 cl.).

- 1962 Rénovation de l'ancienne école de 1890 à Reynier  (9 classes) ..

soit au total 46 classes, contre les 3 que nous avons vues en 1831.

 

Parallèlement, l'équipement sanitaire de la commune se développe :

 

Une adduction d'eau partant d'un puits foré près de la Reppe, à la limite de la commune de Sanary, atteint successivement tous les quartiers. Des réservoirs importants sont créés : un de 600 m3 en 1954, deux autres de 600 m3 en 1957/58, et, enfin, un dernier de 1.600 m3 en 1963.

 

Le tout à l'égout est entrepris, d'abord en 1950/51 aux Lones, puis en 1959 à Reynier, bientôt au Brusc. Le refoulement s'effectue par un collecteur important rejoignant l'émissaire commun des villes de TOULON et LA SEYNE, qui va se déverser dans la mer, au large du cap Sicié.

 

Un stade municipal est créé près de Reynier et s'améliore d'année en année. Un terrain de camping municipal est organisé en 1960 dans une île communale, à côté de la pointe du Gaou au Brusc. II est relié à la terre par un bac à moteur.

 

Enfin, nous signalerons, au point de vue touristique, les aménagements considérables effectués dans l'île des Embiez. Cette île, achetée en 1958 par M. Paul RICARD, a perdu sa vocation millénaire d'exploitation du sel pour se transformer en port international d'accostage et de mouillage, accessible aux plus grands voiliers. Son plan d'eau sera de 8 hectares et il comprendra 1.800 mètres de quai, avec, à terre, toutes les installations nécessaires à la pratique du yachting.

 

 

 

 

DEUXIEME PARTIE
LA COLLEGIALE SAINT-PIERRE DU VIEUX SIX-FOURS

 

L’ histoire de cette église a été écrite de multiples fois et a donné lieu à des polémiques importantes, les uns faisant remonter son origine au IV°siècle, les autres au XII° siècle.

Les écrits pouvant trancher cette question sont rares, et certains mis en avant par des historiens paraissent faux aux yeux des autres; nous ne pouvons donc qu'émettre des hypothèses concernant les origines du christianisme à SIX-FOURS.

 

Nous avons vu, dans la première partie, que les découvertes de MM. BONAUD et BOTTIN prouvent qu'à l'époque gallo-romaine, tous les alentours de la colline de SIX-FOURS étaient habités.

 

Du VII° au X°b siècle, c'est l'obscurité complète sur l'histoire de notre région et nous ne pouvons que supposer qu'une petite agglomération plus ou moins fortifiée ait subsisté au sommet de SIX-FOURS, et où devait vivre misérablement la population précédemment décimée dans la plaine et au Brusc.

 

Après le départ des Sarrazins. la vie reprend normalement et nous trouvons dans le cartulaire de St-Victor de MARSEILLE les premières chartes (début XI° siècle) faisant mention, en 1044, des droits de paroisse à SIX-FOURS.

 

L'Abbaye de St-Victor, à MARSEILLE, avait été fondée par saint Cassien, vers 415-420, elle devient bientôt célèbre dans toute la chrétienté. Des restes imposants de la basilique du V° siècle et des cryptes sont encore visibles sous l'église fortifiée actuelle. Les Abbés de St-Victor fondèrent des prieurés dans tous les pays de langue provençale et reçurent en dons de nombreuses communautés. Du VIII° siècle à la fin du X°, ruinée par les invasions, la vie de l'Abbaye est très ralentie et ce n'est que vers 965 que les Vicomtes de MARSEILLE lui restituent ses biens.

 

Les seuls documents valables nous montrent ainsi que SIX-FOURS était un domaine de l'Abbaye de St-Victor, sûrement au début du XI° siècle, peut-être vers la fin du X° siècle, et qu'à cette époque une église existait. Mais, contrairement à ce que certains ont affirmé, aucun document ne prouve qu'avant le IX° siècle les Abbés de St-Victor avaient des droits sur SIX~ FOURS. La petite communauté qui vivait au sommet et aux alentours de SIX-FOURS avait probablement une chapelle sur laquelle fut construite, à la fin du X° siècle ou au début du XI° siècle, l'église Romane actuelle. Pour être complet, nous mentionnerons ce que nous avons pu savoir sur la question de la crypte-citerne et sur les diverses inscriptions datées du IV° siècle· qui auraient existé à SIX-FOURS.

 

 

 

1. - LA CRYPTE.

 

Deux thèses sont en présence ; celle écrite dans les annales de SIX-FOURS, publiées en 1866 par M. le Comte Gustave d'AUDIFFRET et dont l'auteur réel est l'Abbé GARREL, curé de SIX-FOURS, vers 1860. Elle précise, avec plan à l'appui, qu'il s'agit « d'un sanctuaire souterrain, espèce de catacombe ».

La deuxième, émise par Remy VIDAL dans son livre « Six-Fours », publié en 1896, considérant qu'il s'agit d'une citerne effectivement visitée par l'auteur en 1876.

 

Ces deux thèses ont été ensuite recopiées par tous les auteurs d'histoires sur SIX-FOURS, personne n'ayant d'ailleurs eu la curiosité de visiter ce souterrain.

Une précision est à ajouter: d'AUDIFFRET termine sa description en précisant que, lors de la construction de l'église gothique (1608-1614), « cette espèce de catacombe fut convertie en citerne » ..

 

Par contre, aucune évacuation n'existe actuellement, malgré des recherches minutieuses; le canal de trop-plein de 0,35 x 0,40 signalé par R. VIDAL n'a été trouvé nulle part, et· il n'y a pas de trace d'obturation récente.

Malgré cela, cette citerne ne se remplit pas, bien qu'elle ne soit pratiquement pas utilisée. Une marque très nette sur tout son pourtour montre que l'eau s'y stabilise à environ 2 mètres du fond, ce qui suppose une non étanchéité au-dessus de ce niveau. Mais cela n'empêche pas que son utilisation à l'usage de citerne est certaine depuis 1614. Jusqu'au début de ce siècle, il existait encore un petit local adossé à l'église, avec une pompe à main et une fontaine où les habitants pouvaient puiser l'eau.

 

Toutefois, notre visite montre qu'il ne peut plus être question « d'une excavation de 15 mètres de hauteur dans le roc » indiquée par d'AUDIFFRET, ni « d'une grande crevasse de rochers de 10 mètres au-dessous de l'église » citée par R. VIDAL.

 

Deux hypothèses peuvent être émises pour la période antérieure au XI' siècle :

 

1°) Nous aurions, à cet emplacement, une construction ancienne reposant à environ 2 mètres au-dessous du sol, sur laquelle, à l'est et de façon continue, on allait construire l'église Romane (fig. 9).

Cette construction aurait eu comme dimensions : environ 9 mètres de longueur et une largeur variant de 3 mètres au nord à 2 mètres au sud, et une hauteur pouvant être de 6 mètres (celle des voûtes actuelles). La partie sud, où se trouve le puits actuel, étant une avancée par où on pouvait accéder, la pente du sol naturel allant en montant vers le sud et le puits actuel n'étant dû qu'à une forte hauteur de déblais, pierres et terres accumulés au cours des siècles ..

 

2°) La présence d'une simple faille dans les rochers ayant en moyenne 2 mètres de profondeur et qui, obturée du côté nord soit naturellement, soit par un mur, aurait ainsi formé un bassin contre lequel on aurait construit, sur son grand côté, de 9 mètres, l'église Romane. Il est remarquable que cette profondeur de 2 mètres correspond au niveau auquel l'eau se stabilise actuellement.

 

 

Quelque soit l'hypothèse envisagée, il ne peut être question d'une citerne remontant à l'antiquité, comme plusieurs auteurs l'ont affirmé.

 

Des, fouilles complètes dans la partie ouest de l'église Romane. aussi bien à l'intérieur qu'à' l'extérieur, pourraient facilement arriver à éclaircir ce problème, très important pour établir l'origine du christianisme à SIX-FOURS.

 

 

 

2. - LES INSCRIPTIONS.

 

Nous ne pouvons, pour ce point, qu'examiner ce qui a été écrit précédemment :

 

- Jean DENANS, notaire royal à SIX·FOURS, dans un manuscrit de 1708, nous parle en ces termes d'une ancienne inscription : « Il y avait une pierre bâtie à la muraille d'une maison, dans l'ancien village (il s'agit des maisons se trouvant sur le sommet de SIX-FOURS où est le fort, et non des ruines subsistant sur le versant est), à laquelle étaient gravées des lettres ou caractères que j'ai toujours ouï dire, depuis mes jeunes ans (J. DENANS est né en 1635), qu'elles expliquaient le temps de la fondation du lieu. Cette pierre a paru jusqu'à environ l'année 1675 que la maison ayant été abattue »

 

- Inscription des Playes : Jean DENANS nous indique également : « J'ai trouvé une pierre bâtie à un banc qui est au-devant de la chapelle de N.-D. d'Abondance, aux bastides de Sabatier, du quartier des Playes, où il est gravé les lettres suivantes': « D.M .. THALLIVSA ET SIBI SUIS FECICIT »

 

- Honoré BOUCHE, dans sa chronographie de Provence, publiée en 1664, en parlant de l'église paroissiale, dit : « L'on y voit encore cette inscription sur une pierre : « D.M .. IVL. THALVSSA SIBI ET SUIS FECIT ».

 

- L'Abbé BURLE a écrit dans une notice, en 1861 : « Les vieillards du pays assurent, d'après leurs ancêtres, que le nom du fondateur de la basilique latine était grave sur une pierre, à l'angle du bras de croix nord, détruit au XVII° siècle, lors de la fondation de la nouvelle église ». Il en donne une copie relevée sur un écrit de 1651, de Guilhem COLOMB, chanoine de la collégiale, trouvé au quartier des Playes, dans une maison. « Je mets ma confiance dans le Seigneur. ci·gît AUDOFLIDUS, prêtre du bourg de la basilique baptismale du divin ou de saint Pierre, apôtre, l'an du Christ 375 »

 

- Une inscription existe, en bien mauvais état, sur le mur à droite du chœur de l'église Romane. Cette inscription en trois lignes a été déchiffrée :

« Monumentum . CCCLXIIII - Santo Petri”

 

 

- Enfin, dans le cimetière situé sur la face est de l'église, on trouve une pierre en calcaire comportant, sous une grande croix latine, la date: CCCLXVIIII.

Un autre pierre, assez semblable mais ne comportant que la croix, se trouve sur un des contreforts nord de l'église.

 

En ce qui concerne ces trois dernières inscriptions, l'Abbé BOYER, dans un article de Provence Historique, paru en juillet 1957, démontre qu'il s'agit manifestement de faux.

Ceci admis, les autres inscriptions n'ayant pu être retrouvées, l'ensemble des données épigraphiques concernant SIX~ FOURS ne peut nous donner aucune indication.

 

Nous parlerons maintenant de quelques objets contenus dans l'église Romane, et qui peuvent témoigner de son ancienneté.

 

Vers 1860, l'Abbé GARREL, alors curé de SIX-FOURS, fit démolir un entourage en briques qui fermait l'autel de St-Pierre; ces briques étaient les mêmes que celles qui avaient servi au pavage de l'église du XVII° siècle. L'autel primitif apparut alors tel qu'il est aujourd'hui : table de pierre d'un bloc de 2 m 08 de longueur sur 0 m 96 de largeur et 0 m 20 d'épaisseur, reposant sur un bloc de pierre de 1 m 10 de hauteur et de 60 X 53 de section. Les autels de ce genre et de cette dimension sont très rares, et Henry REVOIL, architecte en chef du gouvernement, dans son livre " L'architecture romane du Midi de la France », paru en 1867, le cite en le comparant à celui existant dans la chapelle de la Trinité de LERINS, chapelle très ancienne datant certainement des premiers siècles.

 

Nous signalerons ensuite l'existence, de chaque côté de l'autel St-Pierre, de deux armoires creusées dans l'épaisseur du mur. Ces deux armoires étaient utilisées : celle côté nord, appelée prothèse, à recevoir les offrandes, et celle côté sud, sacrarium, à recevoir le Saint-Sacrement. Ces armoires étaient utilisées avant l'existence des tabernacles, ce qui était le cas pour l'autel St-Pierre, composé d'une unique pierre que nous venons de décrire et où le prêtre disait la messe face au peuple, en se tenant dans l'espace qui· existe entre la pierre d'autel et le mur est.

 

Ces armoires ont pour dimensions : 103 centimètres de hauteur, 65 centimètres de largeur et 60 centimètres de pro~ fondeur. Leur position actuelle, très près du sol, qui paraît anormale, est due à la surélévation du sol de l'église Romane.

 

Le sacrarium fut utilisé, au XIX' siècle, en reliquaire des morts. A la mort d'un parent, les Six-Four nais avaient coutume d'y porter un vêtement du défunt : veste, bonnet, fichu,·etc... afin de le rappeler au souvenir des fidèles et leur demander des prières. Cette coutume était toujours vive en 1910.

 

Enfin, l'église comportait, dans sa partie occidentale, un baptistère dans la chapelle qui s'appelait de St-Jean-Baptiste à l'origine, puis du St-Esprit au cours du XVIII° siècle, et de Ste-Philomène vers la fin du XIX° siècle, vraisemblablement à partir du moment où fut construit l'autel en bois qui existe actuellement. En 1708, Jean DENANS précise : « Depuis la chapelle St-Jean-Baptiste, où sont les fonts baptismaux, et à présent du St-Esprit »..., et, en 1861, l'Abbé GARREL indique : « La citerne qui alimentait le bassin où l'on descendait pour être baptisé existe encore, mais le bassin a été détruit, il y a vingt ans environ ». En 1909; le Comte V. de GAUDEMARIS, dans son livre « Six-Fours, ses églises »,signale : «  au-dessous de l'orgue, les fonts baptismaux furent, vers 1870, ornementés avec des parties du retable »...

 

Il semble donc que, vers 1840, les fonts baptismaux ont été changés de place. Une fouille sommaire sous l'autel de Ste-Philomène a fait effectivement apparaître, sous le malonnage, un socle de forme circulaire de 30 centimètres de diamètre percé d'un trou vertical de 3 centimètres qui aboutit à un conduit horizontal à environ 40 centimètres sous le sol. Ce conduit, constitué par des tuiles rondes recouvertes de briques, est dirigé est-ouest, aboutissant peut-être·à la citerne.

 

Ces .restes prouvent l'existence de fonts baptismaux à cet emplacement, qui devaient s'écouler dans la citerne, et l'on peut se demander si, au-dessous de ce conduit, au niveau ancien de l'église Romane, ne se trouvait pas un baptistère plus important « où l'on descendait pour être baptisé », et qui aurait été enfoui lorsque l'on a construit l'église gothique. Ce baptistère se serait trouvé sensiblement au niveau de la construction souterraine dont nous avons parlé, et communiquant peut-être avec elle ?

 

En 1600, l'ancienne église Romane était nettement insuffisante pour recevoir toute la population de la communauté au moment des offices. Les Consuls proposèrent son agrandissement suivant les plans de l'architecte Guillaume BORELLI, de MARSEILLE, qui prévoyaient une nouvelle église orientée nord-sud et s'encastrant dans l'église Romane, dont une partie de la façade nord devait ainsi être démolie. Le Lieutenant-Sénéchal, au siège de la ville d'HYERES, les approuva en 1607. Le première pierre fut posée en 1608. L'ensemble des travaux coûta 21.371 livres, et fut terminé en mars 1614. La première messe y fut célébrée le 10 mars 1614.

 

Alors que l'église Romane mesure 25 m 60 de longueur, 6 m 30 de largeur, soit 15 m 90 y compris les collatéraux, pour une hauteur de 9 m 90, la nouvelle église gothique mesure 37 m 50 de longueur, 10 mètres de largeur, soit 21 m 20 y compris les chapelles, pour une hauteur de 14 m 50. Cette nouvelle partie était construite sur l'ancien prieuré ou caméra, vaste construction très robuste et tout en voûtes où logeaient le prieur et les moines dépendant de St-Victor.

 

L'église Romane possède deux chapelles dans les collatéraux, et l'église gothique six chapelles.

 

Les pluies d'est, toujours abondantes dans notre région, amenèrent des rentrées d'eau importantes dans l'église, et il fut construit, en 1617, le long de la façade est, un auvent reposant sur quatre arcades prolongeant la toiture.

 

La consécration de l'église n'eut lieu que le 5 juin 1634, deuxième jour de Pentecôte, par Mgr Auguste de FORBIN, de Solliès, évêque de TOULON, sieur Jean MARTINENQ, étant Premier Consul de SIX-FOURS.

 

 

 

Ci-après, quelques détails sur cette cérémonie, extraits du manuscrit de Jean DENANS, notaire royal à SIX-FOURS.

 

« Le dit Seigneur Evêque aurait commencé la consécration sur les 4 à 5 heures du matin, après avoir fait dépouiller tous les autels, couvrir ceux-ci, même le Crucifix, de crêpe, comme au jour du vendredi saint, parcouru par trois fois toute la dite église avec un aspersoir ... après, ayant des cendres avec deux cribles, fait avec les dites cendres une croix de saint André tout au long de l'église, commençant au premier pilier vers sainte Anne, jusqu'au dernier pilier de la porte, vers le grand autel vieux ... Cela fait, avec la crosse, il grava et écrit les lettres de l'alphabet à chacune des dites croix, tant latines que grecques ...

« Etant sorti de la grande porte et rentré par la petite de St-Eloi, fit prendre les dites saintes Reliques (de saint Mandrier de Six-Fours et de saint Cyprien de Toulon) à Messire Guillaume COLLOMB, prêtre de Six-Fours, revêtu de sa chasuble, après en procession tournant toute l'église et revenu au-devant la grande porte, celle-ci étant fermée, le dit Seigneur Evêque, prenant du Saint-Chrème dans un petit vase, fit par trois diverses fois la croix avec le dit Saint-Chrème à la dite grande porte avec son doigt et avec du coton l'essuya ... S'étant mis à genoux, prit le dit vase de verre, bouché de liège, où étaient les dites Reliques, qui fut mis dans un trou qui fut fait au milieu dudit autel, tout proche de la grande pierre qui est au-dessus et fut bâti dans le trou par J. JOUGLAS, maçon, et étant, le dit Seigneur, derrière le grand autel et monté sur une échelle, et là, en trois croix qu'on y avait faites, à chacune desquelles fit brûler un cierge blanc y appliquant du Saint-Chrème ...

 « Cela fini, il consacra le grand autel y faisant allumer plusieurs cierges, et ensuite le dit Seigneur Episcopal monta en chaire et fit une prédication de 1/2 heure par laquelle il expliqua tous les mystères de la dite consécration »

 

Messire Jacques LOMBARD, curé de Six-Fours, ayant fait un voyage à ROME, Notre Saint-Père le Pape URBAIN VIII lui concéda à perpétuité, pour son église, le pouvoir des clefs de St-Pierre. Cette bulle fut annexée par arrêt du Parlement et enregistrée au greffe de la Cour l'an 1635. De la limaille des chaînes de saint Pierre fut enchâssée dans la clef d'or et dans celle d'argent « pour, les dites clefs, être touchées par les malades d'esprit et par ceux qui ont été mordus par des bêtes venimeuse ». Ces clefs, disparues lors du pillage de l'église pendant la Révolution, furent remplacées par d'autres en 1801.

 

Les malades de la région se rendaient à SIX-FOURS pour assister à la messe célébrée sur l'autel primitif de St-Pierre et recevaient l'imposition des clefs. C'est ainsi qu'en 1655 une pauvre veuve d'Ollioules n'ayant qu'un fils de 20 ans, lequel, mordu par un chien enragé, se trouva bientôt dans un état désespéré, se rendit à SIX-FOURS pour assister à la messe et implorer la protection du grand saint Pierre. Elle reçut pour son fils l'imposition des clefs. Elle retourna alors à Ollioules, où elle est reçue par une foule considérable qui lui annonce que son fils avait été guéri miraculeusement au moment où elle était à SIX-FOURS. Ce fils se maria et, à la fin de sa vie, il recommanda à ses enfants et petits-enfants d'offrir, tous les ans, à St-Pierre de Six-Fours, une palme et de porter, nu~ pieds, le buste de saint Pierre à la procession du mois d'août. Depuis plus de trois siècles, toutes les années, les descendants de la famille Vieil viennent, le premier dimanche d'août, exécuter ponctuellement les vœux de leur aïeul.

 

Le 19 novembre 1648, par délibération du Conseil de la Communauté, il fut demandé à Antoine de RICHELIEU, cardinal de LYON, grand Aumônier de France et Abbé de St-Victor, de bien vouloir ériger l'église St·Pierre en collégiale. L'acte fut passé le 24 janvier 1650 et prévoyait les revenus nécessaires au fonctionnement de la dite collégiale. Le collège comprenait onze chanoines et un doyen. Le premier doyen fut Messire Jacques LOMBARD, qui était le curé de SIX-FOURS. Cette érection fut confirmée par une bulle de Notre Saint-Père le Pape INNOCENT XI, du 10 décembre 1654.

 

En l'honneur du chapitre, il fut érigé, en 1656, une banquerie dans le chœur composée de 60 stalles et des orgues installées au-dessus de la porte d'entrée.

 

L'habitude voulait, au XVII° et XVIII° siècle, que l'on enterre sous les églises. Dans l'état civil de SIX-FOURS de cette époque, on retrouve très souvent la mention, dans les actes de décès, (enseveli dans une tombe de N.D. du Mont-Carmel, dans la chapelle Ste-Madeleine du Purgatoire, de St-Pierre, de St-Eloi, etc ... · », ou, lorsqu'il s'agit d'un prêtre, « enseveli sous le Maître Autel ». Le dessous de l'église est partagé en caveaux voûtés dont un, que nous avons pu voir sous la chapelle du Purgatoire, mesure 2 m 20 dans le sens nord-sud et 1 m 60 dans le sens est-ouest. La hauteur sous voûte est d'environ 1 m 50; on y accédait par des dalles dont quelques-unes sont encore visibles, mais dont la plupart ont été recouvertes par des mallonages plus récents.

 

Dans une délibération du Conseil de la Communauté de SIX-FOURS, du 4 août 1771, nous lisons : « Les tombeaux de la confrérie du Purgatoire se trouvent interdits par la dernière visite de Mgr l'Evêque de TOULON, à cause qu'ils se trouvent pleins et qu'on ne peut y ensevelir personne ».

 

Le 7 août 1771, Mgr l'Evêque de TOULON prenait l'ordonnance suivante :

 « Nous permettons de vider les caveaux de l'église de SIX· FOURS et de transporter les ossements dans le terrain à côté de l'église, tournant au levant, après que le dit terrain aura été béni par le Curé de SIX-FOURS et qu'il aura été muré. Quand les dits ossements auront été mis dans un fossé profond de ce nouveau cimetière, le Curé fera l'Absoute et on les couvrira. Le lendemain, on chantera une messe de Requiem »

Nous trouvons là l'origine de ce cimetière existant à l'est, en contrebas de la collégiale.

 

Le 15 mai 1776, un décret du Roi interdisait d'enterrer dans les églises et les caveaux de la collégiale ne furent plus ouverts.

 

Puis l'histoire de la collégiale St-Pierre n'est plus marquée d'aucun fait important, mais, autour d'elle et depuis 1750, le village se vide au profit de la plaine. A la Révolution de 1789, une partie de son trésor est pillé, mais la plupart des œuvres d'art sont sauvées. Pierre FOURNIER, curé de St-Pierre, refuse de prêter serment à la Constitution; trois fois, il est mis en prison à TOULON, mais toutes les fois les Six-Fournais allèrent réclamer sa libération.

 

En 1859, l'Abbé GARREL étant curé de SIX-FOURS, un calvaire en fer forgé est construit sur un socle carré en pierre, grâce à un don de la famille OLLIVIER. Il est toujours en place, à l'entrée de ce qui fut le village de SIX-FOURS. En 1866, un nouveau cimetière est construit au nord de la collégiale, surplombant la plaine.

 

 

 

 

 

En 1899, une restauration complète des toitures de la collégiale a lieu sous la direction du service des Monuments Historiques.

 

A la libération, en août 1944, la collégiale subira quelques dégâts qui nécessiteront une nouvelle réfection totale des toitures. L'église est toujours ouverte pour le pèlerinage du premier dimanche d'août et la grande procession de saint Pierre ainsi que pour quelques solennités religieuses, en particulier pour la messe de minuit.

 

En 1962, le service des Monuments Historiques a fait restaurer les stalles du chœur, qui avaient été très abîmées par le temps.

 

 

GUIDE POUR LA VISITE DE LA COLLEGIALE

 

classée monument historique en 1839

 

On entre généralement dans la collégiale par la petite porte de style roman donnant dans le collatéral droit de l'église romane. (Repère 4 du plan, p 53.)

Au tympan de l'abside, se trouve une pierre portant, sculptées, les armes de Jean DENANS, notaire royal à SIX-FOURS, qui fut ennobli en 1696 et dont un manuscrit, conservé aux archives de la commune, donne de précieuses indications sur la vie du vieux SIX-FOURS au XVII° siècle.

Cette chapelle, anciennement de Ste-Catherine, devint ensuite la chapelle de l'Enfant-Jésus; elle ne comporte qu'un autel en pierre de forme primitive : une dalle supportée par un bloc en maçonnerie.

 

 

A l'origine, le sol de toute l'église romane était à environ 1 m 50 au-dessous du sol actuel. Nous passons sous les arceaux faisant communiquer le collatéral à la nef centrale (fig. 11). Sur l’arc doubleau, de chaque côté, deux plaques de pierre :

 

- Celle du côté de l'entrée est l'inscription commémorative de la fondation, en 1608. Dans la partie supérieure, est sculpté saint Pierre-au-Liens avec ses chaînes, et une colonne: surmontée d'un coq. Ce bas-relief en pierre a été classé monument historique en 1911. Il a été fort abîmé par le temps.

 

- Celle opposée est une plaque funéraire, en partie en latin et en français, trouvée dans le jardin de la maison de la famille ESTIENNE, dans la rue face à la collégiale, et sans doute scellée dans l'église en ex-voto.

 

Dans la nef centrale (repère 1), se trouve l'autel St-Pierre, dont nous avons déjà parlé et qui supporte un chapiteau en marbre de style corinthien récupéré au sommet du vieux village. Il supporte lui-même une petite statue de la Vierge à l'Enfant.

Derrière l'autel, une belle fenêtre en plein cintre qui éclairait l'autel a été aveuglée lors de la construction de la sacristie, ainsi qu'un oculus existant au-dessus de l'abside.

 

A droite et à gauche de l'autel, deux niches creusées dans le mur: prothèse et sacrarium. Egalement à droite, l'inscription de 364 (repère 3). Un trou carré servait d'auge et on y versait les eaux ayant servi à l'office et qui se perdaient dans des conduites pratiquées dans l'épaisseur des murs.

Malheureusement, vers 1850, les murs de cette nef et du collatéral sud ont été en partie bouchardés et rejointés, enlevant son caractère ancien à cet édifice roman.

 

Entrons en 5 dans ce qui reste de l'ancien collatéral gauche, la chapelle de Ste-Madeleine, très sombre. Elle comporte un autel identique à celui du collatéral sud et une statue de sainte Madeleine agenouillée devant un crâne et une bible ouverte.

 

Nous passons ensuite dans l'église gothique, dont la nef principale (repère 12), orientée nord-sud, est perpendiculaire à la nef de l'église romane, orientée est-ouest. Elle se termine au nord par une abside semi-octogonale.

 

La première chapelle, à droite (repère 13), anciennement chapelle de la Vierge, est maintenant dite « Des Carmes ». Elle renferme une statue de la Vierge de l'Assomption en marbre blanc, haute de 1 m 30, qui est attribuée à PUGET; elle a été classée monument historique en 1911.

 

La deuxième chapelle, à droite (repère 14), anciennement chapelle de Saint-jean-Baptiste, actuellement dite « de St-Clair », comporte un certain nombre de toiles en assez mauvais état.

 

Sur le sol, une pierre tombale avec l'inscription : .

HONORATI VIDALI LODlX II SVORUMOVE HEREDUM ANNO 1623

 

Sur le mur sud de la chapelle, un beau tryptique peint sur bois. On y voit, de gauche à droite : saint Bernard écrasant sous ses pieds l'hérésie représentée par un monstre; saint Clair, évêque; crossé, mitré, lisant et méditant; sainte Théphile portant sur sa tête un diadème, sur ses épaules un manteau roulé doublé d'hermine et tenant à la main la palme du martyre. L'ensemble est surmonté par deux compartiments en forme de caisson, dans lesquels il y avait une Annonciation. Ce tryptique du XVI° siècle a été classé monument historique en 1912.

 

Dans la troisième chapelle, à droite (repère 15), dite " du Purgatoire », nous voyons dans le sol deux grosses dalles mobiles permettant l'accès aux caveaux où l'on enterrait les membres des confréries.

 

Sur le mur nord, un retable de LAURENS LIEUTAUD, maître menuisier de SIX-FOURS, exécuté en 1628, encadre une toile qui offre à la méditation des fidèles les différents aspects du dogme catholique.

Elle comporte trois plans où nous voyons, de haut en bas :

 

- L'Eglise triomphante : N.S. Jésus-Christ rédempteur des hommes, ayant à sa droite la Vierge, et, à sa gauche, saint Jean-Baptiste, et entourés d'un cortège de saints dans l'attitude de la prière.

- L'Eglise militante venant au secours de l'Eglise souffrante par la communion, la prière, les sacrements.

- Le Purgatoire, où la douleur et la résignation sont marquées sur la figure des personnages.

 

Cette œuvre, de valeur différente dans ces trois parties, laisse supposer un travail combiné entre un maître et ses élèves. La partie basse étant d'une expression bien supérieure.

 

Sur le mur sud, un tableau en cinq parties représentant les croyances religieuses au XV° siècle. De gauche à droite, nous avons la résurrection des morts, une âme en purgatoire, une âme ayant les félicités du ciel, une âme damnée et, enfin, l'enfer représenté par une gueule monstrueuse.

Ce tableau a été classé monument historique en 1911. Nous arrivons au maître-autel (repère 16), qui comprend un autel de marbre blanc surmonté d'une brillante ornementation en bois doré et d'un joli tabernacle de style Louis XIV. Derrière le maître-autel. dans un retable de L. LIEUTAUD, on peut admirer une magnifique toile du peintre Guillaume GREUVE, dominicain qui vécut longtemps à AVIGNON et mourut à ROME en 1537. Elle représente Jésus-Christ entouré du collège apostolique remettant à saint Pierre les clefs du ciel et le constituant ainsi chef de l'Eglise. C'est une œuvre pleine de vie et de mouvement, qui a été classée monument historique en 1911.

 

Le chœur fut orné, en 1656, d'une double galerie de stalles en noyer sculpté, due au talent de Pierre ARNAUD. Elle comprenait, à l'origine, 60 stalles, avec dôme, qui avançaient devant les deux premières chapelles à droite et à gauche du chœur. Jugée trop encombrante, elle fut réduite, en 1820, aux seules 26 stalles entourant le maître-autel. Elles ont été classées monuments historiques en 1911, et restaurées en 1962.

 

Passons dans la chapelle la plus au nord, à gauche de l'autel (repère 18), dite chapelle Ste-Anne. Sur le mur nord, encadré dans un joli retable, un tableau ressemblant à une tapisserie des Gobelins représente une Sainte Famille : une vieille dame, sainte Anne, offre une poire à l'Enfant Jésus, assis sur les genoux de la Vierge, tandis que saint Jean-Baptiste s'amuse avec lui. Sainte Elisabeth, debout, contemple la scène. Les figures de la Vierge et de sainte Elisabeth reproduisent les traits des membres d'une famille bienfaitrice de la paroisse. La Sainte Vierge et sainte Anne sont en costume du XVII° siècle. Cette toile a été classée monument historique en 1911.

 

Dans la chapelle suivante (repère 19), dite du Rosaire, nous avons, sur le mur nord, encadrée dans un retable, une œuvre représentant un travail prodigieux : le tableau du Rosaire. Une multitude d'anges célèbrent le triomphe de Marie placée en leur centre et qui révèle à saint Dominique et à sainte Catherine la dévotion dévolue au monde catholique. Cette composition est entourée de quinze médaillons qui représentent, avec des détails infinis, les quinze mystères du Rosaire.

 

Sur le mur sud, une œuvre remarquable du grand peintre Danièle de VOLTERRA, mort en 1566, élève de Raphaël, représente une « Descente de Croix ». Au bas, de chaque côté, sainte Elme et saint Eutroppe.

Cette toile, d'abord dans la chapelle Ste-Croix de la compagnie des Bourras, jusqu'à la Révolution où elle fut sauvée par le Père FOURNIER, fut ensuite exposée dans la chapelle Ste-Elme jusqu'en 1866. Elle a été classée monument historique en 1912.

 

Nous arrivons, après être passé devant la chaire, à la chapelle St-Joseph (repère 20), qui contient de nombreuses toiles, et, sur son mur sud, un magnifique polyptique gothique. Cette peinture sur des toiles plâtrées, collées sur des panneaux en bois, attribuée parfois au PERUGIN, est l'œuvre de Jean CORDONNIER, dit Jean de Troyes, peintre champenois, qui l'avait peinte, vers 1520, pour l'église St-Jean des Crottes.

Ce polyptique a été classé monument historique en 1893 et demeura de nombreuses années dans le retable situé derrière l'autel St-Pierre, dans l'église romane. Après .avoir été restauré et exposé à l'Exposition Internationale de 1937, à PARIS, il resta de nombreuses années en caisse, ce qui le sauva des risques de la guerre et de l'occupation, et il fut installé à sa place actuelle, plus éclairée et moins· humide que la précédente. Il comporte deux rangées superposées de cinq compartiments, nous y retrouvons tous les personnages vénérés à SIX-FOURS dans les temps anciens :

 

- Rangée inférieure, de gauche à droite :

 

Saint Jean-Baptiste vêtu de peau de bête.

Saint Pierre, apôtre, patron de Six-Fours.

Sainte Marie tenant· dans son bras droit l'Enfant Jésus ayant un chardonneret dans les mains.

Saint Honoré, dont les reliques, transportées d'Arles aux îles de Lérins, abordèrent sur le· rivage de la presqu'île de Cépet.

Saint Benoît, Abbé.

 

- Rangée supérieure, de gauche à droite :

 

Saint Martin, apôtre des Gaules, qui avait une chapelle dans la commune de Six-Fours.

Saint Victor, martyr de Marseille, vêtu en soldat romain. Les Abbés de St-Victor étaient Seigneurs de Six-Fours.

Le Christ en croix ...

Saint Sébastien, qui était invoqué pour préserver les habitants de la peste.

Sainte Marguerite devant le dragon.

 

Ce polyptique est tout à fait semblable à deux autres existant dans la région, dans les églises de Fréjus et des Arcs.

 

Enfin, nous arrivons dans la dernière chapelle, dite de Ste-Philomène (repère 6), et qui est, en fait, l'extrémité ouest de l'église romane. C'est là que se trouvaient primitivement les fonts baptismaux, dont les caniveaux d'écoulement ont été retrouvés sous l'autel actuel.

Cet autel, en bois, datant des environs de 1850, comporte une statue de N.-D. s'appuyant sur l'ancre de Miséricorde.

Les fonts baptismaux (repère 24) se trouvent maintenant sous la tribune des orgues. Une peinture très bien conservée, représentant Dieu le Père, est à remarquer au plafond du local des fonts baptismaux. Les orgues ont été commandées en 1656 à Etienne SENAULT, fabricant d'orgues en la ville de Bourges, capitale du Berry.

 

Dans l'ensemble de la collégiale, il ne reste presque plus de vitraux, et même bon nombre de fenêtres ont été murées pour diminuer les frais d'entretien, mais ce qui, malheureusement, obscurcit de nombreuses parties de l'édifice.

 

 

 

 

NOTRE-DAME DE BONNE GARDE.

 

 

L'origine des feux de garde le long de la côte de Provence remonte à l'occupation de MARSEILLE par les Phocéens. Ces feux permettaient au colonies grecques établies le long de la côte d'être informées de l'approche de bâtiments ennemis. Elles· constituaient, de plus, un véritable réseau de télégraphie le long de toute la côte. Il existe, aux archives départementales des Bouches-du-Rhône, un document de juin 1302 qui indique les lieux des différents feux de garde existant à cette époque, et nous y trouvons « al cap de Cessiech quod est in territorio de Sex-Furnis ».

 

Dans les archives de Six-Fours, nous trouvons un document concernant cette garde sur la montagne du cap Sicié en février 1352. Cette garde devait alors se faire dans une simple cahute, car c'est par une délibération du 20 juillet· 1589 que le Conseil de la Communauté, Hughes DENANS étant Consul, décida de bâtir une tour pour émettre des signaux ou faire des feux.

Les ruines de cette tour de garde existent toujours au point culminant de la presqu'île de Sicié, à 357m 50, situé légèrement au nord-ouest du cap du même nom.

 

C'est en 1625 que se passèrent les faits surprenants qui sont à l'origine de la fondation de la chapelle de Notre-Dame de Bonne Garde. Je crois, pour décrire le plus véridiquement possible leur déroulement, ne pouvoir mieux faire que de laisser la parole à Maître Jean DENANS, notaire royal à .Six-Fours, né en 1635, et qui a donc connu de près les témoins de ces faits, et qui s'exprime ainsi dans un manuscrit dont l'original est déposé aux archives de la Mairie de Six-Fours.

« En l'année 1625, un tonnerre ou foudre ayant donné sur la hutte des gardiens de la montagne de Ciciers, dessous la tour attenant à icelle et ayant rompu une partie de la hutte, rompu et abattu aussi une partie de la bordure de plus haut de la dite tour, cela fut rapporté, le dimanche d'après, aux confrères pénitents gris de la chapelle de Ste-Croix de Six-Fours .

 

« Sur ce rapport, les dits frères auraient délibéré d'aller en procession sur la dite montagne pour y planter une croix. Cette délibération prise, certains d'eux offrirent d'aller dans la forêt de la communauté pour y couper le bois et de faire la dite croix, d'autres offrirent de fournir tous les clous nécessaires, et d'autres de la porter sur le lieu où elle devait être posée. Ce qui, ayant été rapporté à Messire Jacques LOMBARD, curé de la paroisse, lequel tout rempli de zèle et de dévotion pour le culte divin, non seulement l'accorda, mais encore il promit de faire aller le clergé et la procession générale »

 

« Et le dimanche après, ayant fait savoir au prosne le pieux dessein des pénitents gris, il convia tout le peuple de se disposer à suivre la procession le jour qui lui assigna »

 

« Lequel venu, la procession serait allée avec les Sieurs Consuls et un grand nombre de personnes où étaient les pénitents, sur la dite montagne. On y planta solennellement la dite croix, et, après les heures chantées à semblables occasions, le dit Sieur Curé ayant entonné le « Te Deum », la procession commença à descendre en faisant le tour de la croix »

 

« Pour lors, un des pénitents gris ayant étendu son mouchoir au pied de celle-ci pour recevoir les aumônes des assistants, fut trouvé beaucoup de deniers et autres espèces de monnaie; ayant compté le dit argent, il y trouva au total 72 sols. Le dimanche d'après, il fit savoir à tous ses confrères l'aumône trouvée au pied de la croix, leur faisant remarquer que cela faisait le même nombre des disciples de Jésus-Christ sur lequel leur confrérie était fondée (confrérie dite des BOURRAS). Il dit encore que cet argent n'était pas de la confrérie, mais bien de la croix qu'on avait posée sur la montagne, leur demandant de délibérer ce qu'on devait faire. Sur quoi, il y eut des frères qui remontrèrent que la croix ne pouvait pas être de longue durée à cause des grandes brumes qui règnent très souvent à la susdite montagne et que, puisqu'on avait d'argent pour acheter un muid de chaux, fallait l'employer et y faire bâtir un oratoire, ce qui fut d'abord délibéré .

 

 

 

«  Peu de temps après, c'étant fait un four de chaux, on en acheta un muid et un des confrères eut ordre d'aller chercher de l'eau au plus près du haut de la montagne et le plus commode qui se pourrait, pour y baigner la chaux. Ce qui fut exécuté et, ayant trouvé d'eau fort avant dans le bois (fontaine actuelle de ROUMAGNAN, dans le vallon au nord-ouest de la chapelle), à un endroit que, selon toutes les apparences, personne n'avait jamais fréquenté, ouvrant une cloaque pour y baigner la dite chaux, fut trouvé, environ un pan dessous terre, une partie de chaux, ce qui surprit fort le dit homme. Ce qui leur donna lieu de baigner sur la dite chaux vieille celle qu'ils avaient fait charrier »

 

« Cette surprenante aventure ayant été rapportée, le dimanche après, aux frères de la dite chapelle, ceux-ci, tous portés de dévotion, après avoir dit chacun leur sentiment, fut conclu que, puisqu'on avait assez de chaux, fallait demander à Monseigneur l'Evêque de TOULON la permission de faire bâtir une chapelle sur le plus haut de la montagne. Pour petite qu'elle fut, pourvu que le Sieur Prêtre y put dire la messe, et que, s'il n'y avait pas assez de chaux, on terminerait la façade avec du bois ».

 

« Cette délibération ayant été rapportée à Messire LOMBARD, curé, lequel, toujours plus porté de zèle et de dévotion, il accorda d'aller à TOULON voir Monseigneur l'Evêque pour lui faire savoir cette aventure et lui demander la permission, au nom de tous les pénitents, de faire bâtir la susdite chapelle. Ce qu'ayant obtenu, les dits pénitents firent bâtir pour un commencement ce qui compose présentement (vers 1700) le presbytère. Et encore n'était pas si élevé comme il est à présent, l'ayant par la suite, les dits pénitents, fait élever ».

 

« Cette petite chapelle ne resta pas longtemps sans y attirer une grande dévotion, en sorte que, en l'année 1633, on fit bâtir la grande chapelle sous le titre qui avait déjà été donné à la petite chapelle de N.-D. de Bonne Garde, fit aussi bâtir l'ermitage et la citerne et tout ce qui fut trouvé nécessaire: II fut établi pour premier ermite frère Pierre CHAIX, qu'on nommait vulgairement frère PEIRON, où il est décédé et enseveli dans la dite chapelle, ayant toujours, les dits pénitents gris, en qualité de fondateurs, continué d'y établir les ermites. Par tout ce qui est porté ci-dessus, on pourrait présumer que la dite chapelle a été bâtie par un espèce de miracle, si on considère que la chaux qui fut trouvée dans le bois et que personne n'a jamais pu s'imaginer par qui ou par quel sujet on avait pu . abreuver ou baigner dans un bois et dans un désert la dite chaux »

 

Voilà exactement racontées les dix premières années de la chapelle de N.-D. de Bonne Garde, par Maître Jean DENANS, qui naquit quelques années après ces faits, mais dont le père, Maître Jacques DENANS, et le grand-père maternel, Jean DANIEL, notaire royal à TOULON, furent les témoins.

 

Un autre document, écrit par un savant français du XVII· siècle, nous confirme le fait précédent et nous montre que les célèbres expériences de Blaise PASCAL sur la pesanteur ont été refaites à N.-D. de Bonne Garde.

 

Voici le texte d'une lettre de PERIER à son beau-frère Blaise PASCAL, datant du 7 octobre 1658.

 

« J'ai gravi, en la fête de l'Exaltation de la Très Sainte Croix de Notre Seigneur, une montagne escarpée, haute de 240 toises; où la piété des habitants a érigé une chapelle dédiée à la Mère de Dieu. Les hommes de ce pays sont très pieux, et ils font ce pèlerinage nu-pieds, en signe de pénitence et pour remercier la Vierge très puissante de sa miraculeuse protection un soir d'orage. Vous auriez aimé prendre part à cette cérémonie empreinte de ferveur ».

 

« Après avoir honoré dévotement le Christ et sa Mère, j'ai pensé que cette montagne serait propice au renouvellement de nos expériences, faites l'année passée, au sommet du Puy de Dôme, sur les effets de la pesanteur et pression de l'air ».

 

« Dans les jours suivants, avec l'aide de mon fils, j'ai mesuré avec soin la hauteur de la colonne de vif-argent dans un tube de verre. Nous avons observé que, sur le sommet de la montagne, la hauteur du vif-argent était de deux pouces, deux lignes et demie inférieure à ce qu'elle était au bord de la mer. J'ai tenu à vous faire part de ces travaux »

 

Et la garde contre les corsaires continua, souvent effectuée simplement par l'ermite qui était logé dans la chapelle. Nous en retrouvons trace dans les archives de SIX-FOURS : en 1696 (précisions sur les signaux à effectuer par l'ermite); en 1713 (la garde est assurée du 23 avril à la Saint-Michel moyennant 4 livres 8 sols 3 liards par mois); en 1747 (garde assurée par Pierre VIDAL, ancien patron de bâtiment marchand).

 

Après la création de la commune de LA SEYNE, qui fut séparée de SIX - FOURS en juillet 1657 par un décret de Louis XIV, une transaction fut passée, le 13 novembre 1658, entre les deux communautés pour l'usage en commun de la chapelle de Notre-Dame de Bonne Garde. Une ordonnance du 30 avril 1824 de Monseigneur de RICHERY, Evêque de FREJUS, précisa les modalités d'application de cet accord, la fabrique de la paroisse de REYNIER étant chargée de gérer seule les revenus de la chapelle.

 

En 1829, fut érigé, dans le sanctuaire, un autel en marbre. Les épidémies de choléra du début du XIX° siècle amenèrent à Notre-Dame de Bonne Garde de grandes foules de pèlerins, non plus seulement de SIX-FOURS et LA SEYNE, mais de TOULON et de tous les villages environnants. En 1854, sur l'initiative du Curé de REYNIER, l'Abbé GRANET, la chapelle, qui se trouvait trop petite pour contenir la foule des pèlerins, était notablement agrandie : le chœur était aménagé, la partie est, comportant une tribune ajoutée, ainsi que des appartements pour le Clergé et diverses dépendances de chaque côté de la chapelle proprement dite.

L'ensemble des bâtiments eut alors sensiblement l'aspect actuel (fig. 14).

 

A cette époque. aux environs de 1860, de nombreuses personnes montaient à Notre-Dame à dos d'âne ou de mulet, et nous retrouvons, dans les comptes de la chapelle, la construction d'une écurie, le paiement d'un homme de peine avec son mulet pour assurer le service de la chapelle pendant le mois de mai et le scellement de nombreux anneaux le long des murs pour attacher les montures.

Une nouvelle sacristie, celle actuelle, est édifiée en 1858.

L'histoire de la chapelle est ensuite marquée par les différents grands pèlerinages qui s'y déroulent.

 

- En 1866, grande procession, partie de LA SEYNE, et consécutive au choléra de 1865, qui avait semé la désolation et la mort dans toute la région.

 

- En 1871 : à la suite de la guerre et des événements qui s'abattirent sur la France en 1870/71.

 

II fut construit, en 1875, une terrasse sur le devant de la chapelle, en rendant l'accès plus facile.

 

De 1871 à 1876, un M. DUBUY conçut le projet d'établir une fontaine publique dans la montagne de Notre-Dame. Il fit creuser, en 1871, à 50 mètres de la chapelle, au nord-est, un puits où il trouva de l'eau à 8 mètres de profondeur. Cette eau fut suffisante pour faire face aux besoins des pèlerins en 1873, mais l'inventeur de la source voulut alors construire des galeries pour en augmenter le débit, et lança une souscription publique sous le nom de « la fontaine des Toulonnais ». Dès le début de ces constructions, en 1876, l'eau disparut complètement. On peut encore voir le puits et les ruines des galeries; l'accès en est toutefois rendu difficile par la végétation épineuse.

 

De grandes réparations furent effectuées à la chapelle, en 1877, et le chemin y conduisant fut amélioré depuis l'endroit dit « l'Aire des Masques » jusqu'au sommet, en 1879. Le chemin était jalonné d'oratoires, pour la plupart en ruines actuellement. Un groupe de dames de TOULON offrirent à la chapelle un harmonium, en septembre 1888.

 

Au début du siècle, le curé PATRITI fit faire les peintures murales du chœur.

 

M. le chanoine CLAPIER, curé-doyen de LA SEYNE prit l'initiative, en 1919, de faire ériger un chemin de croix en souvenir des morts de la grande guerre, à partir du bas de la dernière montée et jusqu'à la porte de la terrasse. Un certain nombre de ses stations existent encore. Une plaque commémorative est apposée au rebord de l'escalier : « La Seyne à Notre-Dame de Bonne Garde - 20 novembre 1919»

 

En 1924, M. l'abbé MONTEILS, curé de REYNIER, fit installer une longue balustrade en fer pour protéger, au midi, les pèlerins longeant les profonds abîmes à pic au-dessus de la mer.

 

Le jeudi 28 mai 1925, eurent lieu les fêtes du tricentenaire de la chapelle. La grand-messe fut chantée en plein air, à un autel dressé sous un bouquet de pins, au pied de la vieille tour des guetteurs.

 

Une croix en ciment fut érigée sur la terrasse, face à la mer, en 1933; elle porte l'inscription suivante: «  CRUX AVE »Si quelqu'un veut marcher sur. mes pas, qu'il renonce à soi· même, qu'il porte sa croix et qu'il me suive (MATTH. XXI,25) 1933. XIX°centenaire de la Rédemption. Souvenir de Mission. Vœu d'un combattant »,

 

Puis la chapelle eut à subir également les vicissitudes de l'occupation. La marine française avait installé, à l'ouest de la chapelle, des bâtiments servant à la surveillance maritime de la région. Les troupes allemandes vinrent, en 1942, faire prisonnier les matelots de garde sur la colline et en profitèrent pour piller la chapelle, puis ce fut au tour des troupes italiennes, qui emportèrent des tableaux, ex-votos, et même des statues.

 

A la suite du débarquement des Alliés en Provence, et dans la nuit du 20 au 21 août 1944, les Allemands, qui s'étaient installés sur la hauteur, descendirent se réfugier au fort du Peyras et, en partant, firent sauter le local du magasin de la chapelle, mirent le feu aux dépendances, feu qui, heureusement, ne s'étendit pas. La toiture de la chapelle était ouverte sur plus de dix mètres de long ..

 

Le 12 août 1945, eut lieu un grand pèlerinage en l'honneur des prisonniers et déportés de la guerre. Ceux-ci portèrent la statue de la Vierge tout autour de la chapelle, en une procession conduite par Mgr GAUDEL, Evêque de TOULON (fig. 15).

 

Les travaux de remise en état et de reconstruction des bâtiments eurent lieu en 1947. La fin du parcours du chemin d'accès fut cimentée à cette occasion. La route venant de la plaine avait d'ailleurs été rendue carrossable, dans ces dernières années, pour les besoins des troupes de la marine. Elle devait être doublée, en 1955, par une nouvelle route forestière venant depuis la route du Brusc, le quartier des Couren, la fontaine de Roumagnan, et rejoignant la première un peu au-dessus de l'Aire des Masques.

 

Quelques améliorations ont encore eu lieu ces dernières années:

 

- Vers 1952 : les vitraux qui avaient été détruits en 1944 furent remplacés par des vitraux plus modernes, dus à Jacques ROBINET; ils représentent la Foi, l'Espérance, la Charité et le miracle du Mai.

 

- En 1954 : en l'honneur du centenaire de l'Immaculée Conception, fut érigée la grille entourant la statue de N.-D. de Bonne Garde et protégeant les fidèles des nombreux cierges. qui y sont en permanence allumés. Cette grille mérite un examen attentif : elle symbolise la mer (les volutes à forme de vagues) qui, analogue à la vie mouvementée, s'apaise par l'espérance (les ancres) devant l'étoile de la Vierge Marie (fig. 16).

 

Nous terminerons cette histoire de la chapelle de Notre-Dame de Bonne Garde, appelée plus couramment Notre-Dame du Mai, en disant quelques mots sur les ex-votos qui s'y trouvent. Un grand nombre de ceux-ci ont, malheureusement, été détruits par les effets du temps et par les pillages, au moment de l'occupation. Il en reste encore environ 70, témoignages de la foi pendant ces trois derniers siècles. Si on les examine de près, on peut les classer en cinq grandes catégories d'événements qui inspirèrent à nos aïeux de recourir à la Sainte Vierge pour se protéger.

 

Les ex-votos portés à Notre-Dame après l'heureuse issue d'une maladie, ceux faisant suite à un accident de transport (chutes depuis une charrette, une diligence, etc.), ceux faisant suite à un accident du travail, les accidents individuels (les chutes dans les cages d'escalier, les fusils qui éclatent, etc.), et, enfin, les causes extérieures (la foudre, les tremblements de terre, la guerre).

 

Un des plus importants est celui de M. de CLINCHAMPS. artiste-peintre au BRUSC, qui représente le pèlerinage qui eut lieu à la suite d'une épidémie de peste. Le docteur est debout au milieu des cercueils, un curé l'assiste et on voit, dans le fond, la longue théorie des pénitents qui montent en procession depuis REYNIER au sanctuaire pour y implorer la « Bonne Mère ».

 

CANTIQUE POPULAIRE
A NOTRE-DAME DE BONNE GARDE

 

Refrain :

 

O Notre Dame! protégez-nous

De Bonne-Garde, veillez toujours sur nous;

O Notre-Dame! protégez-nous,

De Bonne Garde, veillez toujours sur nous.

 

1 - Seize cent-vingt, et voici l'an de grâce,

Où de l'éclair, protégeant les guetteurs,

Votre pitié, quand le danger menace

Vient les calmer et ranimer leurs cœurs.

 

2 - Tel un essaim, tout le pays s'agite,

Des pénitents, pieds--nus suivent la croix,

On prie, on chante et la forêt palpite,

L'écho redit ce grand concert des voix.

 

3 - Du sol surgit, comme un témoin de gloire

Ce Sanctuaire, à nos aïeux si doux,

Il est debout proclamant la mémoire

De trois cents ans, pleins de grâces pour nous.

 

4 - Reine du Mai, Gardienne tutélaire,

Sur ce sommet, témoin de vos faveurs,

Six-Fours, Toulon et La Seyne en prières

En Mai surtout, célèbrent vos grandeurs.

 

5 - Brillante Etoile! écartez du naufrage

Le voyageur exposé sur les flots,

Conduisez-le sain et sauf au rivage,

Restez toujours, l'espoir des matelots.

 

6 - Quoique pêcheurs, bénissez-nous encore,

Votre bon cœur n'est pas fermé pour nous,

A votre Autel, la foule vous implore,

O Vierge pure, elle a recours à Vous.

 

7 - Mère de Dieu, montrez-vous notre mère,

Consolez-nous, guérissez nos langueurs,

A votre Fils, offrez notre prière,

Quand nous pleurons, offrez-lui nos douleurs.

 

8 - Reine du Ciel, O Vierge toute pure,

Défendez-nous du démon tentateur,

Rendez nos cœurs sans tâche et sans souillure,

Conduisez-nous vers l'éternel bonheur.

 

9 - O Notre Dame, un jour dans l'allégresse

D'un chant d'amour qui ne finira plus,

Appelez-nous à chanter Dieu sans cesse

Au Paradis au séjour des Elus.

 

 

 

LES EGLISES DU BRUSC

 

 

 

LE BRUSC, dont l'origine grecque est certaine, fut, à la suite des multiples invasions des pirates sarrazins, du VIII°au X°siècle, totalement déserté.

 

Seule, l'île des Embiez continua à être habitée, à cause de l'exploitation des salines. Celles-ci appartenaient aux moines de St-Victor de Marseille, qui étaient seigneurs de Six-Fours. Dans le cartulaire de St-Victor, on trouve mention, au X°siècle, de « Ecclésia sancti Victoris dels Embers apud Sex Furnos » Cette chapelle, dont on ne trouve aucune trace, a dû vraisemblablement être démolie lors de la construction du château, en 1612.

 

L'île appartenait alors à une famille LOMBARD, originaire de Six-Fours, qui obtint de Henri IV le titre de seigneur de Sainte-Cécile des Embiez. Hélène de VALLAVOIR, veuve de Barthélemy LOMBARD, et ses enfants fondèrent, en 1601, une chapellenie sous le titre de Ste-Cécile « pour y être perpétuellement servies deux messes chaque mois ». La chapelle fut édifiée le 5 janvier 1602. Cette chapelle, attenante au château, fut desservie par un prêtre du Clergé de Six-Fours jusqu'en l'année 1712, puis vendue, à la Révolution en 1793; mais actuellement, on n'en retrouve aucune trace (fig. 17).

 

Avant d'en terminer avec l'histoire des Embiez, il faut signaler que le Pape GREGOIRE XI, transférant le siège de la Papauté d'Avignon à Rome, fut obligé de s'arrêter en rade du Brusc les 4, 5 et 6 octobre 1376. Sa galère, ayant pour commandant le Grand Maître de l'Ordre de Saint-Jean de Jérusalem, J.F. de HEREDIA, ne pouvait contourner le cap Sicié par suite d'une forte tempête de vent d'est, et dut se mettre à l’abri de l'île des Embiez.

 

Une autre activité du Brusc était une madrague (poste de pêcheurs avec filets) appartenant à Messire François de BOYER FORESTA, Chevalier, Seigneur de Bandol et autres places, Conseiller du Roy, Second Président du Parlement de Provence, propriétaire des postes à poser madrague pour la pêche des thons depuis La Ciotat jusqu'à Antibes. Cette madrague, mise en régie, occupait des habitants de Six-Fours, mais qui ne résidaient pas au Brusc.

 

Le port, également, servait de transit pour de nombreux bateaux et il y résidait un représentant du service de Santé, ainsi que des douaniers.

 

Dans les archives de Six-Fours (GG-11), nous retrouvons un exposé du 29 août 1744 du Sieur Jean RAYMOND, négociant à TOULON, qui est à l'origine de l'établissement du culte au BRUSC.

 

« Ayant la régie de la madrague du golfe du Brusc, j'ai remarqué que l'équipage de la dite madrague manque la messe les dimanches et fêtes attendu l'éloignement de la paroisse de Six-Fours. Dans la chapelle construite au Brusc, il n'y a aucun service; pourtant, dans le golfe, y relâchent très souvent des bâtiments de mer.

 « Un préposé de M. l'Intendant de la Santé du Bureau de TOULON y réside avec sa famille pour veiller au débarquement des gens contaminés; Messieurs les Fermiers généraux y ont établi une brigade pour empêcher les contraventions. »

 

M. RAYMOND demandait, en conclusion, la création d'une chapelle perpétuelle sous le titre de St-Louis, St-Pierre et N.-D. de Bon Retour, avec obligation de dire une messe basse tous les dimanches et fêtes, pour laquelle fondation il léguait diverses terres lui appartenant. La chapelle fut réparée et la chapellenie créée en 1744.

 

Nos recherches ne nous ont pas permis de retrouver des traces précises de la construction de la dite chapelle, qui remonterait à 1712. Elle se trouvait à l'entrée du village, dans la ruelle allant vers la jetée. Le local, désaffecté à la Révolution de 1793, était utilisé, avant la guerre de 1939, par la prud'homie pour teindre les filets. Il a été démoli par les Allemands avec toutes les maisons qui l'entouraient, en 1944.

 

Il s'agissait d'une très petite chapelle qui correspondait bien à la très faible population de l'époque. Nous lisons, en effet, dans un rapport de la Communauté de Six-Fours, en 1776, demandant l'augmentation de l'importance du Brusc : « Ce qui donnerait lieu sans doute, dans peu de temps, à s'y établir un concours d'habitants, attendu que, dans cette partie du terroir, il y a beaucoup de terres à défricher ". Et, en novembre 1790, dans la liste des citoyens actifs de la commune, nous ne trouvons que trois familles au Brusc (deux paysans et le capitaine BONNAFOUX) et une seule à La Lecque (Baptiste CHARDOUSSE, berger), compte tenu des employés aux salines, à la madrague et des quelques fonctionnaires, le total ne dépassait pas dix familles, soit une cinquantaine d'habitants.

 

Au milieu du XIX· siècle, la population stable du Brusc commence à augmenter, des pêcheurs se sont établis, et aussi quelques commerçants. Les premières résidences d'été apparaîtront bientôt. Le besoin d'une église se fait sentir et, en 1873, le nouveau et jeune propriétaire de l'île des Embiez, M. Jules de GRELING, de Marseille, décida d'en construire une à ses frais, sur un terrain appartenant à M. Antoine BARON, du quartier Talian, mon aïeul paternel, en un point un peu élevé au milieu de la petite baie, à 100 mètres de la mer.

 

Le mardi 2 décembre 1873, eut lieu la cérémonie de la pose de la première pierre. La chapelle fut terminée en août 1874, elle mesurait 20 mètres de longueur sur 6 m 50 de largeur et 8 m 50 de hauteur, avec une tribune assez spacieuse. Nous ne pouvons faire mieux que de publier le procès-verbal de la bénédiction solennelle, document curieux à plusieurs titres, et qui précise le nom de tous les participants à cette construction:

 

« L'an de N.S.J.C. 1874 et le mardi 8 septembre, jour où l'Eglise célèbre la glorieuse nativité de la très Sainte Vierge Marie, dans la 29° année du très glorieux pontificat de Pie IX le Grand, aujourd'hui captif dans son palais du Vatican, sous la garde de Victor-Emmanuel, roi du Piémont, usurpateur sacrilège des Etats du Saint-Siège; sous le gouvernement du Maréchal de France MAC MAHON, Duc de Magenta, auquel l'Assemblée Nationale française, par une loi du 20 novembre dernier, vient de confier, pour sept ans, le pouvoir exécutif (en attendant le rétablissement prochain de la Monarchie légitime et traditionnelle, dans la personne de Mgr le Comte de Chambord, sous le nom de Henri V); sous l'épiscopat de Mgr Joseph Antoine Henri JORDANY, Evêque de Fréjus et Toulon, et en présence d'une foule nombreuse et recueillie, a été bénite cette chapelle par M. l'abbé J. PAUL, curé de Reynier, et délégué à cet effet par Mgr l'Evêque, et placée sous le vocable de l'apôtre saint Pierre, prince des Apôtres et patron· de la corporation des pêcheurs » .

 

« Construite par M. GUIS Elzéard, maître maçon à REYNIER, d'après le plan dressé par M. MOULLET Théodore, architecte de Marseille·et propriétaire au Brusc, avec ses annexes, presbytère et maison d'école, la chapelle· St-Pierre, ainsi que tout le mobilier, les vases sacrés, calices, ciboire et ostensoir et tous les ornements nécessaires à l'exercice du culte, est due à la piété et la rare munificence de M. Jules de GRELING, de Marseille, et propriétaire de l'île des Embiez.

 

« Que le Seigneur, dont la main récompense un verre d'eau froide donné en son nom, bénisse la maison et prolonge les jours de ce généreux bienfaiteur, auquel les habitants du Brusc et des quartiers environnants vouent, dès ce jour, une profonde et éternelle reconnaissance »

 

Suivent les noms des présents à la cérémonie, parmi lesquels nous relevons : M. Jules de GRELING, le donateur; M. MOULLET, architecte; MM. VIAN, curé de La Seyne; PAUL, curé de Reynier; ETIENNE, maire de Six-Fours; VIVION, notaire à Reynier; DODERO, ROUBAUD et BONNAFOUX, prud'hommes en costume, etc ...

 

« La bénédiction de la chapelle a été suivie de la grand-messe et de la bénédiction du Très Saint Sacrement, après laquelle M. le Curé de Reynier a annoncé, d'après les ordres et autorisations préalables de Mgr l'Evêque, que le service de binage, dans la chapelle du Brusc, commencerait le dimanche suivant pour être continué tous les dimanches et fêtes de J'année»

 

Mais la population continuant à augmenter, les habitants du BRUSC demande , le 5/11 1876, l'érection de la chapelle St-Pierre en succursale. Se joignent à eux ceux des îles des Embiez (40 habitants) et du grand Rouveau et des quartiers des Lecques, Mouriès, Roche Blanche, Taurens, Les Salles et Le Cros, localités qui, dans un rayon de 2 kilomètres environ, doivent former la circonscription projetée de la nouvelle paroisse, dont le chiffre des habitants serait de 253. Le Conseil de Fabrique de Reynier transmit la pétition avec avis favorable à Mgr l'Evêque; par contre le Conseil Municipal de la commune de SIX-FOURS émit, le 17 juin 1877, un avis défavorable, contestant le chiffre indiqué pour la population réelle du BRUSC .

Toutefois, le 7/12/1877, l'Abbé SILVE était nommé à la succursale du BRUSC avec autorisation d'exercer toutes les fonctions pastorales, mais l'ordonnance de Mgr l'Evêque érigeant le BRUSC en église paroissiale et succursale ne parut que le 24 décembre 1878.

 

La chapelle du BRUSC resta sous sa forme primitive pendant quelques années, puis, en 1890, fut agrandie par les bas-côtés, et prit alors sa forme actuelle (fig. 18). En 1919, une plaque est érigée dans l'église en l'honneur des soldats morts pendant la guerre de 1914-18. Le nombre des paroissiens augmente très sensiblement pendant les mois d'été, et le BRUSC commence à prendre une grande extension pendant la période entre les deux guerres.

 

La première amélioration artistique eut lieu en 1941, où Mme Nadine LANDOWSKI-CHABANNES réalisa les fresques du chœur. L'église étant érigée sous le vocable de St-Pierre, c'est sa figure qui revit sur ces cinq tableaux : le tryptique central s'encadre entre deux scènes évangéliques de pêche, comme il convenait à l'église du BRUSC, terre des pêcheurs. Sur le mur de l'est, la vocation « Je te ferai pêcheur d'homme »; sur le mur de l'ouest, « La pêche miraculeuse ».

Des trois fresques du centre, celle de gauche nous raconte le premier miracle de saint Pierre, lorsque, après la mort du Christ, commence sa vie d'apôtre : « Le miracle du paralytique ». La fresque de droite représente « La collation des Clefs ». Enfin, la fresque centrale est consacrée au martyre de saint Pierre, sous le règne de Néron, le 29 juin de l'an 67.

 

Les compositions s'ordonnent de façon à alterner les compositions mouvantes et les lignes droites et calmes. Ces peintures à la fresque sont peintes sur un mélange de chaux et de sable frais. On n'a pour peindre que le temps que met le mortier pour sécher. Il faut donc, sur le mur, travailler très vite, ce qui nécessite que l'artiste arrive avec des esquisses très poussées et une très grande préparation. La bénédiction de ces fresques eut lieu le 12 avril 1942, en présence de Mgr GAUDEL, nouvellement promu Evêque de Fréjus et Toulon.

 

LE BRUSC devait connaître, ensuite, une des périodes les plus troublée de son histoire. Occupé par les Italiens, puis par les Allemands, il fut bombardé en juin 1944. La population fut en totalité évacuée et la paroisse fermée du 18 juillet 1944 au 1° décembre 1944. Il fallut repartir de zéro; une grande partie des maisons étaient détruites et ce n'est que lentement que la population revint, suivie par les estivants.

 

Le 28 juillet 1951, l'on procéda, en présence de Mgr GAUDEL, Evêque de Fréjus et Toulon, à la bénédiction d'une deuxième cloche. Le parrain était M. GONDINET, la marraine Mme Camille GRANGIER. La cloche s'appelle Marthe-Marguerite; elle a été fabriquée par M. BLANCHET, maître fondeur à Bagnolet (Seine).

 

En août 1952, c'était l'inauguration d'un nouvel autel, offert par M. REYDEL, et comportant, sur le devant, un superbe bas-relief « La Mise au Tombeau », réalisé par M. Paul LANDOWSKI, sculpteur, membre de l'Institut.

 

Le 5 juillet 1953, M. le chanoine GHIO vint bénir les orgues électriques, offertes par M. WOLBRET, permettant de donner un cachet artistique aux grand-messes du dimanche et des jours de fête. La tribune dut être consolidée à cette occasion.

L'ensemble de l'équipement de l'église était également amélioré, les chaises remplacées, le chauffage par infra-rouge installé au cours de l'hiver de 1954, l'aspect général amélioré.

 

Le 25 août 1960 ,en présence de Mgr MAZERAT et d'un grand concours de fidèles, était inauguré le nouveau chemin de croix peint par Françoise LANDOWSKI sur de très grandes feuilles de contreplaqué disposées sur les murs des deux nefs latérales.

 

Nous terminerons ce chapitre en donnant le nom des prêtres qui, depuis près de cent ans, se sont dévoués pour le service de cette église :

 

SILVE                             1877            BURLE                1895

DEGREAUX          1880            VACHE                1910

SERRADELL         1885          BEINIER              1937

PAUL                     1888            PICARD              1940

TOUZE                  1890            ASTREOUD        1943

 

 

 

 

L'ÉGLISE DE REYNIER

 

L'idée de la fondation d'une église à REYNIER remonte à 1626. En juillet 1646, Charles GUIGOU obtint la permission de Mgr DANES, Evêque de Toulon, de faire édifier une chapelle au terroir de SIX-FOURS, quartier de Rainier, sous le titre de Notre-Dame de Santé. Le dit GUIGOU promit de. verser une pension annuelle de 30 livres, dès que la chapelle serait achevée et bénite, pour le service d'une messe chaque dimanche et jour de fête. Le service devant être assuré par un des prêtres de l'église paroissiale St-Pierre de Six-Fours.

 

Dans la deuxième moitié du XVIII' siècle, les habitants des quartiers de Reynier, Antelme, Fabre, Core, La Sardine, Jouglas, Tallian, Jaumard et autres quartiers situés dans la partie sud de la commune jusqu'au Brusc inclus, éprouvaient des difficultés pour obtenir les Sacrements de l'Eglise et aller à la messe en semaine à Six-Fours. Les demandes adressées à Monseigneur le Prince de Lorraine, Abbé de St-Victor de Marseille, Seigneur spirituel et temporel de Six-Fours, étant restées sans effet, ces habitants élirent, le 2 février 1776, trois syndics :

Pierre PECOUIL, maître pilote au service du Roy, qui s'occupa de toute l'affaire; Laurens FABRE, contremaître, et Antoine MARTINENQ, maître canonnier.

 

Ceux-ci adressèrent une requête à Mgr l'Evêque de Toulon, demandant l'érection d'une Succursale dans la chapelle des Rainiers, afin de « n'être plus exposés à la privation des Sacrements de l'Eglise, ainsi qu'il est de notoriété que ce malheur leur est déjà arrivé plusieurs fois, notamment à l'égard des enfants morts sans baptême et des malades qui n'ont pu recevoir les Sacrements dans les derniers moments de leur vie ».

 

Une enquête fut prescrite, au cours de laquelle il fut effectué un dénombrement de la population et mesuré les distances réelles en toise entre les divers quartiers et le village de SIX-FOURS. Cette enquête, à laquelle le Conseil de la Communauté et le représentant du Seigneur refusèrent de participer, permit de préciser l'existence de 52 quartiers renfermant 350 chefs de famille et environ 1.400 personnes, alors qu'au vieux village il ne reste qu'environ 250 personnes. LE BRUSC, qui était alors le quartier le plus éloigné, ne comprenait que 8 familles (50 personnes) et REYNIER 15 familles (61 personnes). Les résultats de l'enquête furent adressés par le Lieutenant Général Civil de Toulon auprès du Conseil du Parlement d'Aix, qui décida, le 17 mars 1777, qu'il était normal qu'une Succursale soit érigée à REYNIER aux frais de la communauté et que l'on pouvait faire établir les devis.

 

Mgr l'Evêque de LASCARIS, de Toulon, rendit, le 8 février 1777, l'ordonnance portant érection de Succursale dans l'ancienne chapelle Notre-Dame de Santé, à REYNIER, après agrandissement.

Le Subdélégué de l'Intendant à Toulon désigna, le 4 août 1777, comme architecte Honoré BOURGAREL pour procéder à l'établissement des plans et devis de l'agrandissement.

 

En fait, la nouvelle église engloba l'ancienne chapelle de 1646 dont nous avons trouvé la description dans un document établi, en mai 1776, par Pierre CURET, maître maçon à Six-Fours, et qui précise les dimensions générales de la nef : 47 pieds (14 m 80) de profondeur sur 18 pieds (5 m 40) de largeur. Il existait en outre, autour de la nef, une tribune en charpente ayant 17 pieds (5 m 10) de longueur de chaque côté sur 3 pieds 6 pouces (environ 1 mètre) de largeur. Il fallait y ajouter une chapelle sous le titre de Ste-Clair et une sacristie. Au-devant, se trouvait une halle de 5 m 25 de longueur sur 5 m 70 de largeur.

 

Malgré l'approbation des plans de la nouvelle église, les travaux ne pouvaient commencer par suite de la mauvaise volonté du Conseil de la Communauté de SIX-FOURS et des Curés de la collégiale St-Pierre, qui enclenchèrent une procédure d'obstruction contre cette réalisation. à tel point que le Subdélégué écrivait, le 27 septembre 1777, à Monseigneur de LA TOUR, Intendant de la province d'Aix, pour lui exposer la situation qui « a occasionné la plus grande division et une espèce de guerre civile entre les habitants de l'ancien village et les hameaux dépendants de la paroisse-mère, et ceux des hameaux annexés à la Succursale; il y a même une espèce de mutinerie ».

 

Finalement, un arrêt du Parlement d'Aix condamna la communauté, le 27 juin 1778, à payer les travaux et tous les frais de procédure.

L'adjudication fut donnée à Etienne GARRE L, maître maçon de La Seyne, et à Jean Joseph AUBERT, maître menuisier de Six-Fours, pour la somme de 3.450 livres. Cette dépense, importante pour une commune pauvre comme était alors SIX-FOURS, fut payée en grande partie par des coupes de bois dans la forêt communale.

 

Le 20 juillet 1779, il fut procédé à la réception de l'ouvrage : la nouvelle église comportant une grande nef de 6 mètres environ de largeur, terminée, au sud, par le sanctuaire, et de deux nefs latérales de 3 m 50. Elle n'avait ni clocher, ni baptistère. Sa longueur correspondant sensiblement aux deux travées sud de l'église actuelle.

 

Ce fut le Prince de Lorraine, Abbé de St-Victor, qui fournit, pendant les années 1780 et 1781, tous les ornements de l'église: ciboires, chasubles, chapes, ostensoirs, livres de chœurs, etc.

 

Il manquait encore, à la nouvelle paroisse, un cimetière.

Un terrain fut acheté par le Conseil de la Communauté et le cimetière édifié dans l'angle sud-est du cimetière actuel, en bordure du chemin de la forêt; la trace des murs de clôture subsiste encore et l'on peut très facilement en reconnaître ses limites, ainsi que son ancienne porte. Il fut béni le 5 janvier 1783, avec un grand concours de peuple. Le premier enterrement, d'un nommé ISNARD, eut lieu le lendemain.

 

En 1783, le Prince Abbé de St-Victor fit don à l'église d'une cloche pesant, avec son mouton en bois, plus de dix quintaux. Sa bénédiction eut lieu le 7 décembre 1783. Le parrain fut François HON NORE, du quartier Antelme, et la marraine Marie PECOUIL, fille de Pierre PECOUIL, du quartier Tallian, l'un des syndics qui s'étaient occupé de la construction de l'église. Marie PECOUIL devait se marier, en 1794, avec Laurent BARON, enseigne de vaisseau (mon trisaïeul paternel), qui fut Maire de SIX-FOURS pendant 22 années consécutives (1808-1830).

Cette bénédiction se fit au bas de l'église; on avait dressé un « échafaud » pour supporter la cloche, surmonté par un arc de triomphe en myrthes et orné de rubans. Elle avait pour nom le nom de baptême du Prince Marie Camille, de Syrie, Sauve Terre. Elle avait été faite par Pierre MARCELLIN, maître fondeur de Toulon, pour 620 livres. Elle fut mise en place sur des ferrures, dans une fenêtre de l'église, le 23 décembre 1783, puis, ultérieurement, dans un clocher provisoire.

 

En 1793, au cours de la Révolution, l'église de REYNIER fut transformée en dépôt de fourrage, puis en salle de bal. Tous les objets du culte en or ou en argent, et même les chandeliers et bassins en cuivre, furent confisqués par Christophe SALLICETY, « représentant du peuple, délégué auprès des Armées vers Toulon et dans les départements méridionaux ». Le 24 brumaire an II, ils furent transportés au quartier général des Armées de la République, à OLLIOULES, puis à l'Hôtel des Monnaies, à MARSEILLE, « pour le service de la République ».

Le service divin ne fut rétabli à REYNIER qu'en 1801.

 

Le 2 avril 1810, au cours d'un orage d'une extrême violence, la foudre tomba sur l'église; tous les vitraux furent brisés, le mur est fortement endommagé, ainsi qu'une partie de la toiture. Dans le rapport officiel, nous lisons : « La commotion, au dire de tous les voisins, a été si violente qu'elle a renversé et étourdi un homme à environ un kilomètre de distance, mais sans lui faire de mal ».

 

Le 8 mai 1830, Jean Antoine AUDIBERT, capitaine au long cours, fit don de 144 m2 de terre lui appartenant sur le côté midi de la paroisse, pour servir à l'agrandissement de celle-ci. On réalisa alors la partie de forme arrondie du sanctuaire actuel, puis, en 1832, la sacristie. Le clocher « nécessaire à REYNIER, où la population de 17 à 1800 âmes est disséminée dans plus de 40 hameaux et n'entend pas la cloche » est enfin réalisé en 1837 et 1838, pour le prix de 4.000 francs.

 

Les dames et demoiselles de la Congrégation ayant désiré une chapelle particulière pour leurs réunions, elle firent don des fonds utiles et celle-ci fut construite, adossée au flanc ouest de l'église, avec laquelle une communication fut établie en traversant le magasin des chaises. Cette chapelle, qui a été bénie le 22 octobre 1837 par le Délégué de Mgr d'Evêque de Fréjus, fut dédiée à la Sainte Vierge, sous le titre de l'Immaculée Conception. Actuellement, cette chapelle est utilisée pour certaines réunions et pour les séances du cinéma paroissial.

 

Le 12 août 1838, l'on procéda à la bénédiction des deux nouvelles cloches, fournies par M. MAUREL, fondeur, et installées dans le clocher, qui venait d'être terminé :

- une de 16 quintaux, dédiée à la Sainte Vierge (côté sud),

- une de 10 quintaux, dédiée au Saint Esprit (côté est).

Les parrains furent M. Antoine MAIFFREDY, maire, et Louis BOUISSON; les marraines, Mme Julienne LESSART, épouse DAUMAS, et Mme Marie Cécile BONNAUD, Vve BIGEON. Ces deux cloches existent toujours. Pour embellir encore la paroisse, des orgues furent achetées à M. BLONDEAU, de Marseille, pour 2.800 francs, le 7 janvier 1844.

 

En 1845, la paroisse de REYNIER est de nouveau insuffisante pour une population qui va toujours croissant et atteint alors 1.900 âmes. Il est décidé d'agrandir l'église, du côté nord, d'un arceau supplémentaire coupé vers son milieu par une tribune venant jusqu'aux premiers piliers. D'un côté de cet arceau, on construirait les fonts baptismaux. Le terrain appartenait déjà à la Fabrique, aussi la réalisation de ces travaux fut terminée dès 1846. L'église avait alors la surface de l'église actuelle.

 

En 1852, les marches du sanctuaire étaient remplacées par les marches de pierres froides d'Ollioules, sur lesquelles l'inscription « 1852 » est encore lisible.

 

En 1855, l'on créa un vicaire à REYNIER pour les raisons suivantes : « La grande voie de communication qui traverse le plan méridional de SIX-FOURS et le village de REYNIER (route Sanary-La Seyne) vient d'être livrée à la circulation en 1854 et un grand nombre de hameaux dépendant de la juridiction paroissiale de SIX-FOURS se trouvent, par suite, rattachés à REYNIER ».

 

En juillet 1859, un nouvel autel en marbre est construit dans le sanctuaire par M. CAR, marbrier à Toulon. Cet autel, dont la bénédiction eut lieu le 29 avril 1860, fut dédié à Notre-Dame de l'Assomption; une plaque, qui existe sur le côté droit de l'autel, commémore cette bénédiction.

 

Une nouvelle cloche fut installée, en 1861, sur le côté ouest du clocher, en remplacement de la cloche de 1783. Elle eut pour parrain M. Gabriel OLLIVIER et pour marraine Mlle Marie LAMBERT; le nom donné à la cloche le 15 septembre 1861, jour de sa bénédiction, fut : Marie Gabriel.

 

Le 26 octobre 1865, le curé de la paroisse de REYNIER, M. Louis PLANCHIER, fit don à celle-ci d'une parcelle de terre pour ériger une chapelle et y faire le catéchisme. Ce terrain, situé en bordure du chemin du cimetière, est toujours utilisé pour certaines cérémonies, en particulier la procession du jour des Rameaux.

 

L'église dont nous venons de voir, pendant un siècle, les agrandissements successifs, formait un tout peu homogène, et la solidité de l'ensemble en était fort compromise. Aussi, en 1865, sous la direction d'un architecte, GUIS Romain et GUIS Elzéard, maîtres maçons, entreprirent une restauration très importante : les 383 m2 de toiture furent remplacés, les 10 mètres de murs des nefs furent rehaussés (de 1 m 40 pour la nef centrale), le six fenêtres relevées de 0 m 75. La façade fut transformée pour agrandir la porte et les fenêtres et recevoir une décoration en pierres de taille dures. La tribune fut refaite ainsi que toutes les menuiseries et peintures.

La place, devant l'église, fut aplanie et carrelée. L'ensemble des travaux atteint la somme de 15.611 francs et fut réceptionné le 14 mai 1866. L'église eut alors l'aspect actuel (fig. 19 ).

 

Quelques travaux eurent encore lieu avant la fin du siècle : les fonts baptismaux furent réparés, les marches d'accès remplacées, elle portent la date des travaux : « 1886 ».

Une nouvelle chaire de style rococo fut mise en place et bénie par M. AGARRA, vicaire général, le 26 septembre 1897.

 

Le cimetière de 1783, devenu trop petit, fut agrandi par deux fois. La première en 1831 : M. Joseph BIGEON, maire de Six-Fours, fit don de 36 toises métriques de terre situées à l'ouest du premier terrain; puis une deuxième fois dans le même sens, en 1849.

 

Dans la nuit du 23 au 24 août 1901, eut lieu un attentat sacrilège dans l'église de REYNIER : le sanctuaire fut profané, les objets du culte brisés et certains volés. Une grande manifestation de réparation eut lieu le dimanche 1° septembre, en présence de vingt-six prêtres et d'un grand concours de la population du village et des environs.

 

Le cimetière est à nouveau agrandi par l'ouest en 1904 et prend alors la forme actuelle.

 

Le 13 décembre 1906, par suite de la loi de la séparation, le Conseil de Fabrique démissionne, ne pouvant plus exercer ses fonctions d'administration de l'église.

 

De nombreuses années s'écoulent ensuite sans histoire pour l'église de REYNIER. Un certain nombre de peintures sont venues embellir l'édifice. Le Marquis de CLINCHAMP avait exécuté trois tableaux représentant « le Sacré Cœur de Jésus », « Saint Joseph ». le « Purgatoire »; seul, ce dernier existe toujours au-dessus de la porte donnant accès à la sacristie.

Le chœur fut embelli de peintures murales, vers le début du siècle, sous la direction de M. le curé PATRITI.

 

Enfin, les combats de la libération, en 1944, occasionnèrent des dégâts à l'église. Après le débarquement des Alliés sur les côtes de Provence, le 15 août 1944, le fort de SIX-FOURS, occupé par une forte garnison allemande, résista encore quelques jours. Le 21 août, la Mairie de REYNIER avait été prise par la Résistance, qui tira sur les soldats allemands. Ceux-ci, par représailles. le mardi 22 août, ouvrirent le feu sur REYNIER, sans doute depuis la batterie du Peyras, que les Allemands occupaient encore. Quelques maisons furent touchées et l'église transpercée par deux obus au-dessus de l'autel.

 

L'église, dont l'éclairage a été entièrement refait, vient de recevoir une sonorisation moderne qui complète bien les travaux d'amélioration en rapport avec le nombre de fidèles, toujours plus important, vu le grand développement que connaît la commune de SIX-FOURS-LA-PLAGE depuis ces dernières années.

 

Nous terminerons ce chapitre en donnant le nom de tous les prêtres qui se sont dévoués, au cours de presque deux cents ans, pour le service de cette église :

 

Curés :

 

AILLAUD              1777            GRANET             1836

TERRAS                1778            PLANCHIER       1864

VARANCE             1780            ARNAUD             1867

VIDAL                   1784            PAUL                   1870

SAYES                   1788            PATRITTI           1894

BAUSSET              1802            ROUX                  1904

AUBE                     1803            FAUSSENG         1907

SAUVE                  1804            MONTEIS            1922

CODICELLI           1805            ALLARY             1928

ISOUARD              1811            RONCO               1929

GUGLIELMY         1822          GAFFRON                    1937

DANIEL                 1823            PERA                   1947

GIANONI               1827            THOMAS            1958

VIDAL                   1828

 

 

NOTRE-DAME DE PÉPIOLE

 

 

 

Cette Chapelle s'élève, parmi les pins et les oliviers, sur une éminence dominant la Reppe, au sud de la gare d'Ollioules-Sanary. On y accède par un chemin se détachant de la grande route : Toulon-Les Playes-Sanary.

 

Elle comprend trois nefs juxtaposées orientées est-ouest. La date de fondation de la chapelle « Santa Domna Maria de Piopelos » ne nous est pas connue; le premier document où il en est fait mention date de 1268, dans un état des bénéfices du chapitre de la cathédrale de TOULON, auquel cette chapelle appartenait alors.

 

La nef la plus au sud a 4 m 80 de long, 2 m 40 de large et 3 m 80 de hauteur. Contre sa face nord, séparée d'elle par une arcade, existe une deuxième nef de 6 m 80 de long, 2 m 52 de large et 3 m 80 de hauteur. C'est dans cette nef que l'on accède actuellement et dans laquelle se trouve un autel primitif : une table de pierre reposant sur un bloc de maçonnerie. Ces deux chapelles, actuellement voûtées, ont dû, à l'origine, être recouvertes d'une charpente. Elles sont éclairées par deux rangées de petites ouvertures aménagées dans l'épaisseur du mur. L'ensemble doit remonter au VI° siècle. La voûte de l'abside de la première nef est très curieuse par son mode de construction.

 

Plus tard, la chapelle fut agrandie par la construction d'une troisième nef plus au nord, plus large et plus haute. L'épaisseur des murs, les rares ouvertures et leur étroitesse, les trois autels primitifs constituent un ensemble certainement très ancien, ressemblant aux vieilles chapelles syriennes, mais sans doute restauré vers le XI° siècle, où les chapelles reçurent les voûtes en pierre (fig. 20).

 

Des ruines d'un prieuré sont visibles contre la chapelle, sur sa face nord, et un local appartenant à ce prieuré a été aménagé en prolongement de la chapelle centrale vers l'ouest.

 

A la Révolution, la chapelle fut vendue comme biens nationaux. Elle figure sur le procès-verbal du 3 février 1791 de la Viguerie de Toulon, donnant la liste d'encadastrement des biens ci-devant privilégiés, sous le nom de « Hermitage et chapelle de Notre-Dame des Neges, quartier de Pépiole ».

 

Elle fut acquise par un nommé Louis BOURAILLON, qui la revendit, le 30 Thermidor an XII (18 août 1804), aux frères JOURDAN, d'Ollioules. Ceux-ci la cédèrent, le 1° septembre 1806, à la paroisse de SIX-FOURS pour l'exercice du culte. L'abside de la chapelle nord contient une belle statue en bois de la Vierge, du XVI° siècle, qui fut sauvée des destructions de la Révolution.

 

Chaque année, le 8 septembre, anniversaire de la Nativité, est fêté à N.-D. de Pépiole.

Jadis, les fêtes duraient plusieurs jours; on dansait au tambourin sur la petite esplanade qui s'étend à côté de la chapelle. Des baraques foraines s'installaient à proximité, et on y vendait, entre autre, du nougat.

 

Aujourd'hui, grâce aux Pères Bénédictins, la chapelle a été restaurée, les murs grattés des divers enduits qui les avaient recouverts pendant des siècles. Les ouvertures qui avaient été murées, réouvertes. Les autels des deux chapelles extrêmes, qui ont été retrouvés, ont été réinstallés dans leur forme ancienne. Il s'agit d'un travail considérable, qui a redonné à ce lieu saint, un des plus anciens de Provence, son bel aspect primitif (fig. 21).

 

 

 

 

NOTRE·DAME D'ABONDANCE DES PLAYES

 

 

Le 6 mai 1674, Honoré A YCARD, habitant au quartier d'Augias, déclara par testament que, si les habitants du quartier des Playes désiraient construire une chapelle au dit quartier, il léguait à cette intention un petit jardin clos de murailles. Etant décédé dans cette volonté, les habitants firent bâtir, sur ce dit jardin, en 1674, une chapelle sous le titre de Notre-Dame d'Abondance.

 

 

 

Cette chapelle n'eut pas d'histoire jusqu'à la Révolution, où elle fut vendue comme biens nationaux à un nommé Louis BOURAILLON.

 

Un groupe d'habitants du quartier des Playes comprenant, entre autres, les ESTIENNE, AYCARD, DANIEL, GUIGOU, BERNARD, etc., racheta, par acte du 4 Frimaire an XIII (25 novembre 1804), la chapelle « par eux destinée à l'exercice du culte catholique, ils la mettent, par ces présentes à la disposition de Monseigneur le Recteur de la paroisse de SIX-FOURS, pour y demeurer irrévocablement ».

La chapelle a été restaurée en 1863 (tig. 22).

 

 

 

 

 

ÉGLISES ET CHAPELLES DISPARUES

 

 

 

Avant 1657, époque de la séparation de SIX-FOURS et de LA SEYNE, le grand SIX-FOURS comptait sur son territoire dix-huit églises et chapelles. Nous venons de voir l'histoire des églises. de Reynier, du Brusc, de N.-D. du Mai, de St-Pierre à Six-Fours, de Pépiole et des Playes, qui sont toujours ouvertes au culte, tout au moins à certaines périodes de l'année.

 

Nous allons voir sommairement ce qui est parvenu jusqu'à nous de l'histoire des·douze autres églises ou chapelles.

 

 

EGLISE NOTRE-DAME DE COURTINE

 

Cette église se trouvait à l'intérieur des remparts du vieux Six-Fours, à côté du château seigneurial. Elle était bâtie avec des matériaux pris sur les lieux et, le plus souvent, avec des pierres ayant déjà servi, en particulier de grosses pierres de taille, qui soutenaient son abside, nous dit R. VIDAL, qui en fit un relevé exact en 1872.

 

En 1144, le Vicomte de Marseille, Raymond GAUFREDI, s'empara des domaines de l'Abbaye de St-Victor; excommunié, il se retira avec sa femme, PONTIA, dans le château de Six-Fours et fit construire l'église de Sancta Maria de Cortina. Bien qu'excommunié, il trouva des prêtres séculiers pour la desservir. Après sa mort, en 1156, sa femme rendit tous les biens que son mari avait dérobés; le château et la nouvelle église devinrent la propriété des Abbés de St-Victor.

 

Aux archives départementales des Bouches-du-Rhône (H.1072) on trouve le compte rendu d'une assemblée des notables de Six-Fours, tenue dans cette église de Sainte Marie de Cortina, le 25 octobre 1335, sous la présidence de l'Abbé de St-Victor, GIRBERT de CONTABON, et en présence de RAIMOND de SABRAN. On y trouve le nom des 137 notables de l'époque, dont plusieurs familles existent toujours : AYCARD, LOMBARD, ISNARD, FABRE, DANIEL, MARTINENQ, AUDIBERT, CURET, GUIGOU, ICARD, TORTEL, etc ...

 

L'église se trouva agrandie dans de grandes proportions, en 1624, par Julien ROLLET, architecte de Toulon. Elle se composait alors d'une seule nef divisée en quatre travées par quatre rangs de piliers, reliés entre eux par une corniche, et terminée par une abside semi-octogonale. Elle était orientée symboliquement de l'est à l'ouest et avait sa porte d'entrée à l'ouest, face au golfe du Brusc-Sanary.

L'église fut rattachée, en 1650, au chapitre de St-Pierre, devenu Collégiale et, à la Révolution, vendue comme biens nationaux et complètement abandonnée (fig. 23).

 

La nouvelle porte d'entrée, en blocs de pierres finement travaillés par Julien ROLLET, fut conservée au moment de la démolition de l'église, pour permettre la construction du fort. Elle fut démontée pierre par pierre, repérée à la peinture et transférée à TOULON, où elle fut reconstruite dans le Jardin de la Ville (côté ouest), où elle se trouve encore. L'achat en fut effectué par le Conseil municipal de TOULON, le 18 novembre 1875, pour le prix de 200 francs.

 

Après la démolition de la chapelle, R. VIDAL nous indique que le sol fut fouillé et que l'on trouva des ossements humains et quelques pièces de monnaie, les plus anciennes étant quelques florins d'or de la Reine Jeanne 1° (XIV° siècle). Les pierres de l'église furent consciencieusement tournées et examinées dans tous les sens, mais aucune date ni inscription ni signe quelconque ne fut trouvé.

 

 

 

 

 

 

CHAPELLE SAINT-JEAN DES CROTTES

 

Lorsque, arrivé au virage de Vignelongue, sur la route de Reynier à La Seyne, on prend, à gauche, un petit chemin tout juste carrossable montant vers Six-Fours, on atteint, après 200 mètres, un croisement d'où un chemin allant vers le nord conduit au quartier de la Millone. A ce croisement, un mur imposant, en pierres sèches, soutient les terres; c'est ce qui reste de cette chapelle de St-Jean des Crottes, les autres pierres ayant dû servir à bâtir les quelques maisonnettes du voisinage.

 

 

Cette chapelle était construite à la façon de celle des Templiers et fut fondée vraisemblablement tout au début du XII° siècle. Il en est fait mention dans le cartulaire de St-Victor, dans trois chartes de 1113, 1135 et 1143. Nous en possédons la description suivante : « Les voûtes de ce grossier édifice étaient basses et mal arrondies, les fenêtres en plein cintre, les murailles très lourdes et massives offraient des plans d'une difformité remarquable ». Aux alentours de la chapelle, se tenait, au Moyen Age, une foire importante. Elle fut unie au chapitre de la Collégiale. en 1650 .

A la Révolution, achetée par la dame AUDIBERT, épouse MARIN, elle fut démolie.

 

C'est dans cette chapelle que se trouvait le polyptique commandé, en 1520, par la communauté au peintre J. CORDONIER, et qui se trouve actuellement dans la Collégiale.

 

 

 

CHAPELLE SAINTE-CROIX

 

En arrivant par la route du fort de Six-Fours, au deuxième virage après le col, se trouve un calvaire en fer forgé, posé en 1859, et qui marque le début de l'ancienne rue conduisant à la Collégiale. Si l'on traverse ces ruines, on a, à droite, ce qui reste de l'ancienne porte d'Ollioules, .dont l'arc était encore visible avant 1939, et, à 140 mètres environ du calvaire, un tas de pierres nous indique l'emplacement de la chapelle Ste-Croix.

 

Nous ne connaissons pas la date exacte de sa fondation (vers 1525), mais, le 21 avril 1624, le Pape URBAIN VIII y fondait la compagnie des Frères Pénitents Gris, dite compagnie des Bourras.

Elle fut vendue pour être démolie, en 1808, au prix de 70 livres, après autorisation de Mgr l'Archevêque d'Aix et d'Arles; elle n'avait plus de toit.

 

C'est dans cette chapelle que se trouvait le tableau « La Descente de Croix »  par Danièle de VOLTERRA, élève de Raphaël, tableau sauvé au moment de la Révolution et transféré alors dans la chapelle St-Elme.

 

 

 

CHAPELLE SAINT-ROCH

 

Lorsque l'on monte au sommet de la colline de Six-Fours, au dernier virage, d'où l'on découvre une vue magnifique sur la rade du Brusc, l'on aperçoit, sur le côté gauche de la route, dominant l'à-pic, un arc de pierre et quelques pans de murs à fleur de terre : c'est tout ce qui reste de la chapelle St-Roch.

 

Elle fut bâtie et fondée en l'année 1521, comme l'indique un acte reçu par M° MARTINENQ, notaire à Six-Fours, par Messire Gilles LOMBARD, originaire de Six-Fours, moine de l'Abbaye de St-Victor de Marseille.

 

 

Cette chapelle, toute petite (6 ID X 3 m 50), était encore intacte au début de notre siècle (fig. 24). Elle était composée d'une simple nef et précédée, au sud, d'un petit enclos, construit en 1656, sur lequel donnait son unique porte surmontée d'un clocheton. C'est dans cet enclos que se tenait le gardien chargé de surveiller les feux allumés (farots) dans les tours le long du rivage, pour prévenir de l'arrivée de bâtiments suspects. Le gardien alertait aussitôt les habitants du village en faisant battre le tambour.

 

Elle fut, comme la chapelle St-Elme, vendue à la démolition en juin 1897, au prix de 50 francs.

 

 

 

CHAPELLE SAINT-ELME

 

Derrière cette chapelle St-Roch, un peu plus à l'ouest, se trouvait la chapelle St-Elme, dont il reste encore quelques ruines de sa partie sud. C'était une chapelle assez grande (31 m X 5 m 35), toute en longueur, avec deux portes sur la façade est. Elle était également intacte au début de ce siècle. Elle fut édifiée, en 1566, par la confrérie des Pénitents Blancs, en la mémoire de saint Elme, patron des marins, et agrandie deux fois. La confrérie des Pénitents Blancs de Six-Fours fut reconnue par une bulle du Pape INNOCENT X du 18 janvier 1646.

 

Cette chapelle conserva longtemps le tableau du XVI° siècle « La Descente de Croix », en provenance de la chapelle Ste-Croix, et qui fut transféré, en 1870, dans la Collégiale St-Pierre, lorsque la confrérie de St-Elme s'est dissoute.

 

Elle fut mise en vente, pour être démolie, le 13 juin 1897 par le Conseil municipal de Six-Fours; les toitures étaient effondrées et elle servait de refuge à des malfaiteurs. La vente se fit au prix de 50 francs.

 

 

 

CHAPELLE SAINTE-ANNE

 

Elle se trouvait sur le sommet de la colline de Six-Fours, à peu près à l'emplacement du mur de fortification ouest du fort actuel, dominant la rade de SANARY. Elle fut érigée en 1639 par la confrérie des Frères Pénitents Bleus.

Elle fut vendue, pour être démolie, au prix de 60 livres, en 1808, après autorisation de Mgr l'Archevêque d'Aix et d'Arles; elle n'avait alors plus de toit.

 

 

 

CHAPELLE SAINTE-BARBE

 

Elle fut fondée par les canonniers de la place de Six-Fours le 15 avril 1583, en bordure du chemin roumieu de Ste-Magdeleine, allant au nord-ouest du village vers SANARY. Il s'agissait d'une toute petite chapelle.

Les traces qui peuvent subsister sont perdues dans la partie boisée située au nord de la batterie du Clafard.

 

 

 

CHAPELLE SAINT-MARTIN

 

Elle fut fondée par le sieur Laurent JUES, dit Saint-Martin, enseigne du port de Toulon, en 1678, au quartier des Taraignier, lieu de la naissance dudit JUES.

Elle fut démolie, après la Révolution, par la dame AUDIBERT, épouse MARIN, qui l'avait achetée.

Le quartier Taraignier se trouvait à l'ouest du quartier Monnet, en bordure du chemin conduisant de la route de Sanary (quartier Gabois) au quartier Catelan. Ce quartier s'appelle, d'ailleurs, aujourd'hui, St-Martin.

 

 

 

CHAPELLE NOTRE-DAME DE BON VOYAGE

 

En 1603, sous la dépendance de la paroisse-mère de Six-Fours, fut fondée, dans les quartiers Tortel et Beaussier, au lieudit « La Sagno », une chapelle sous le titre de N.-D. de Bon Voyage. Elle fut érigée en Succursale le 12 juillet 1614.

La chapelle fut agrandie par deux fois, mais, après la séparation de La Seyne de Six-Fours, en 1657, une nouvelle église fut construite en 1674, sur l'emplacement de la vieille église, qui fut rasée entièrement.

 

 

 

CHAPELLE NOTRE-DAME DE MISERICORDE

 

Les membres de la confrérie des Pénitents Blancs, de la chapelle St-Elme, de Six-Fours, qui habitaient les quartiers près de « La Sagno », fondèrent une chapelle au lieudit, en 1639, sous le titre de N.-D. de Miséricorde. Cette chapelle fut agrandie en 1643. Ses ruines furent visibles jusqu'en 1925, à l'emplacement où l'on a construit, ces dernières années, le Centre médico-social.

 

 

 

CHAPELLE DU SAINT-ESPRIT

 

Les Frères Pénitents Gris, du lieu de « La Sagno », procédèrent de même et fondèrent une chapelle, en 1655, sous le vocable du St-Esprit et qui fut inaugurée en décembre, avec le concours de tous les Frères Pénitents Gris de la chapelle Ste-Croix de Six-Fours.

Cette chapelle fut agrandie en 1680, et existe encore rue Gounod. Elle est actuellement utilisée comme siège du Secours Catholique de La Seyne.

 

 

 

CHAPELLE SAINT-MANDRIER

 

St-Mandrier, au Creux St-Georges, fut sous la dépendance de Six-Fours jusqu'en 1657. Les documents historiques certains sont très rares; on peut toutefois avancer qu'il existait un prieuré dès le XII° siècle. Cette région de St-Mandrier fut d'ailleurs l'objet de procès fréquents entre le Conseil de Communauté de Six-Fours et l'église-cathédrale de Toulon, qui en revendiquait la propriété.

Une chapelle y fut construite vers le VI° siècle, dans la tour phocéenne où avaient vécu Mandrier et Flavien.

 

D'après le manuscrit de Jean DENANS, de 1708 (archives, Mairie de Six-Fours) :

« Une partie de cette tour ou chapelle de St-Mandrier a existé jusqu'au delà du mitant du dernier siècle, ce que je puis affirmer pour l'avoir vue encore environ deux cannes et demie d'hauteur (5 mètres), laquelle était proche le puit qui est dans l'enclos de l'hôpital ».

 

En 1847, on trouva, dans une tranchée, les fondations d'une antique construction de 4 mètres de côté, qui semble avoir été les vestiges de la tour et le tombeau des deux saints. Le chef de saint Mandrier est conservé dans une châsse depuis 1876, dans la chapelle de St-Cyprien, à la cathédrale de Toulon.

 

 

 

NOMS DES VIEILLES FAMILLES SIX-FOURNAISES

 

Depuis 1335-1354 :

Antelme, Audibert, Aycard, Barthélémy, Catalan, Chabert, Curet,Daniel, Denans, Fabre, Geoffroy, Guigou, Icard, Isnard, Lombard, Martin, Martinenq, Pascal, Pourquier, Sabatier, Tortel, Vidal.

 

A partir du XVI° siècle :

Alphand, Ardouin, Aube, Baron, Beaussier, Bernard, Cautelier, Chrestien, Collomb, Decugis, Estienne, Gauthier, Jouglas, Julien, Lieutaud, Piston, Roux, Tallian.

 

A partir du XVII° siècle :

Aillaud, Allègre, Archier, Arnaud, Blanc, Bonnafoux, Boyer, Chardousse, Cornille, Drogou, Espanet, Fournier, Garcin, Grimaud, Gueit, Imbert, Melle, Olivier, Pecouit, Pellegrin, Reboul, Rey, Richelme, Saurin, Serre, Venel.

Surnoms  en  usage  au XVII'- XVIII' siècle : Agasse, Allègre, Augias, Aussen, Barras, Bastian, Benêt, Bouscou, Bremond, Brunette, Cachou, Catellan, Core, Crispin, Ferrin, Garnaud, Glanusse, Grand, Gourdin, Isoard, Jaumard, La Caille, Loup, Mounet, Mouton, Patin, Rainier, Simon, Taragne, Tripe.

 

Quartiers existant à la fin du XVII° siècle :

(énumération en tournant autour du sommet de Six-Fours, dans le sens Nord-Ouest-Sud et Est).

Bassaquet, Pépiole, Bernard, Grand, Estienne, Sabatier, Augias, Gabriel, Isouard, Pichon, Aussel, Catalan, Saint-Martin, Monnet, Denans, Agasse, Chrestian, Curet, Barras,  Bouscou, Jaumard, Tallian, Vidal, Reynier-Haut,  Sardeigne, Tripe, Core, Antelme, Fabre, Reynier, Ferrin, Isnard, Bayle, Audibert, Allègre, Pascal, Mouton, Guérin, Patin, Lombard, Pourquier, Julien, Garnaud, Cautelier.