TABLE DES MATIERES

 

HOMMAGE A FRANCOIS JOUGLAS, HISTORIOGRAPHE   3

INTRODUCTION   3

PREMIERE PARTIE HISTOIRE DU VIEUX SIX-FOURS  4

I. - LA PREHISTOIRE   4

II. - L'OCCUPATION GRECO-ROMAINE   5

III. - LE DEBUT DU CHRISTIANISME   12

IV. - LE ROYAUME DE PROVENCE   13

V. - L'ORIGINE DU NOM DE SIX-FOURS  14

VI. - LE MOYEN AGE   18

VII. - RATTACHEMENT A LA FRANCE   22

VIII. - LES XVII° ET XVIII° SIECLE   24

IX. - LE XIX· SIECLE   29

X. - LES TEMPS MODERNES  34

DEUXIEME PARTIE LA COLLEGIALE SAINT-PIERRE DU VIEUX SIX-FOURS  37

1. - LA CRYPTE. 38

2. - LES INSCRIPTIONS. 42

GUIDE POUR LA VISITE DE LA COLLEGIALE   54

NOTRE-DAME DE BONNE GARDE. 60

CANTIQUE POPULAIRE A NOTRE-DAME DE BONNE GARDE   70

LES EGLISES DU BRUSC   72

L'ÉGLISE DE REYNIER   80

NOTRE-DAME DE PÉPIOLE   88

NOTRE·DAME D'ABONDANCE DES PLAYES  91

ÉGLISES ET CHAPELLES DISPARUES  92

EGLISE NOTRE-DAME DE COURTINE   92

CHAPELLE SAINT-JEAN DES CROTTES  96

CHAPELLE SAINTE-CROIX   97

CHAPELLE SAINT-ROCH   98

CHAPELLE SAINT-ELME   99

CHAPELLE SAINTE-ANNE   100

CHAPELLE SAINTE-BARBE   100

CHAPELLE SAINT-MARTIN   101

CHAPELLE NOTRE-DAME DE BON VOYAGE   101

CHAPELLE NOTRE-DAME DE MISERICORDE   101

CHAPELLE DU SAINT-ESPRIT   102

CHAPELLE SAINT-MANDRIER   102

NOMS DES VIEILLES FAMILLES SIX-FOURNAISES  103

 

 

HOMMAGE A FRANCOIS JOUGLAS, HISTORIOGRAPHE

 

 

Monsieur François JOUGLAS, Ingénieur S.N.C.F., membre de l'Académie du Var, né le 15 avril 1905, est décédé le 10 octobre 1979.

 

Il a écrit quatre ouvrages sur l'Histoire du vieux Six Fours. Etant d'origine six-fournaise, il s'est d'abord intéressé à l'arbre généalogique de sa famille jusqu'au XV ème siècle.

 

Par incidence, ses recherches se sont orientées sur les origines de la commune de SIX-FOURS. D'autre part, ses découvertes de monnaies, poteries romaines et fragments d'amphores l’ont déterminé à consigner dans ses ouvrages le résultat de ses recherches.

 

Il a consacré pendant de longues années son savoir et son dévouement à des travaux d'archéologie et de restauration de la Collégiale Saint-Pierre, monument historique du XI ème siècle dont le parvis porte Son nom.

 

Mme PETETIN-JOUGLAS m’a aimablement permis d’utiliser le livre de son père de 1963 et en a permis le téléchargement.

 

INTRODUCTION

 

 

Ce coin de terre, où j'ai tant erré depuis, et que je connais si bien à présent, est la pointe la plus méridionale que la France pousse dans la Méditerranée, car la presqu'île de Giens, auprès des îles d'Hyêres, est un doigt presque détaché, tandis que ceci est une main dont le large et solide poignet est bien soudé au corps de la Provence. Cette main s'est en partie fermée, abandonnant au flot qui la ronge deux de ses doigts mutilés, la presqu'île du Cap Cépet, qui formait son index, et les îlots des Embiez, qui sont les phalanges rompues de son petit doigt. Son pouce écourté ou rentré est la pointe de Balaguier, qui protége la petite rade de TOULON d'un côté, de l'autre le golfe du Lazaret, et, par conséquent, le quartier de Tamaris.

 

Ceci n'est pas une comparaison poétique: rien n'enlaidit la nature comme de comparer sa grandeur à notre petitesse; c'est tout simplement une indication géographique nécessaire pour dessiner à l'œil le mouvement d'un littoral labouré et déchiré par de grands accidents géologiques.

 

George SAND (Tamaris).

 

 

PREMIERE PARTIE
HISTOIRE DU VIEUX SIX-FOURS

 

 

Nous indiquerons, dans cette monographie, les principaux faits qui ont marqué l'histoire de la communauté de SIX-FOURS dans ses limites d'avant 1657, date de la séparation de LA SEYNE. Sa superficie était d'environ 5.300, hectares.

 

Avant cette époque, la communauté de SIX-FOURS comprenait la totalité de la presqu'île de Sicié et de Cépet, ayant comme seul voisin, à l'ouest et au nord, la communauté d'Ollioules, qui englobait alors SANARY (St-Nazaire); sur tout le restant de son pourtour, elle était bordée par la mer. Ces limites .son définies dans une charte (No 702) des Abbés de St-Victor de MARSEILLE, de l'an 1156. Il faut tout de suite remarquer que, si nous appelons ce territoire SIX-FOURS, en fait ce nom n'apparaît que vers l'an 1000; aucun document écrit ou inscription n'existe avec ce nom avant cette date.

 

 

I. - LA PREHISTOIRE

 

A quand remontent les premières traces de l'homme dans cette région ?

 

Depuis peu, on a la certitude d'habitations aux temps pré-historiques. Une grotte à forme de dolmen naturel a, en effet, été découverte fortuitement en 1955, au sud du quartier de la Lèque, quartier situé au sud de la commune, en bordure des falaises qui dominent la mer.

 

Cette grotte contenait une sépulture collective composée de nombreux ossements brisés et en désordre, appartenant à cinq ou six individus. Une pointe de flèche perçante de silex taillée sur les deux faces a été découverte, ainsi que quelques coquilles et cailloux de couleur, mais aucune poterie. M. Jean LAYET, grand spécialiste de la préhistoire de la région de TOULON, a examiné les lieux et classé ce dolmen naturel vers le début du Bronze Récent, presque au Moyen-Bronze. C'est à dire, très approximativement, vers l'an 1000 avant J.C. Cette sépulture collective indique la proximité d'habitants, sédentaires, mais la région, très accidentée et difficilement accessible, n'a pas permis, à ce jour (1963), d'autres découvertes.

 

 

II. - L'OCCUPATION GRECO-ROMAINE

 

Des découvertes plus importantes ont été faites au BRUSC, au lieu dit « La Citadelle », de 1882 à 1895.

Cet endroit, qui domine le port du BRUSC du côté où arrive la route venant de SIX-FOURS, a été entièrement recouvert de maisons depuis la dernière guerre, mais, vers le milieu du XIX' siècle « on voyait encore la place d'une solide muraille de plus d'un mètre d'épaisseur, ayant tout l'aspect d'un mur de forteresse ».

 « Les murs des trois autres faces ont à peu près disparu, sauf du côté de la mer, où les fouilles ont mis au jour des fondations trop épaisses pour avoir appartenu à des maisons particulières ».

 

L. FIESSINGER, dans son ouvrage « Les fouilles du BRUSC » paru en 1898, nous décrit ainsi le résultat de ses fouilles : « On reconnut bientôt que deux couches de ruines étaient superposées : la plus récente, d'habitation romaine du second siècle de notre ère; l'autre, à quarante ou cinquante centimètres au-dessous, de maisons massaliotes, bien antérieures à l'arrivée des Romains. En certaines places, très rares, on trouva même, plus bas encore, des indices très probables de l'occupation du pays à l'âge de la pierre ».

 

Des monnaies romaines, massaliotes et grecques furent trouvées en abondance (plus de 2000), ainsi que des objets en bronze et en terre cuite, en terre rouge dits de Samos, en verre, en os, des meules de moulins à bras en basalte, des objets en fer et en plomb. Tout cela permet de conclure que ce quartier de SIX-FOURS était habité bien avant la fondation de MASSALIA (MARSEILLE) par les Grecs, en l'an 550 avant J.C., ce qui nous donne une liaison continue avec les habitants du dolmen de La Lèque.

 

Plus récemment, lors de constructions de maisons, de nombreux restes de murs ont été découverts, quelques pavés de mosaïque, et, à quelques centaines de mètres de la citadelle, de nombreux débris de poterie ..

En 1962, au· cours de fouilles pour la pose de conduites, à un mètre au-dessous du sol, j'ai trouvé des morceaux de terre cuite et de terre rouge dits de Samos, des restes d'amphores dont un bouchon percé de ses deux trous, des parties de tuiles. à rebords

 

Ces restes montrent que la colonie gréco-romaine vivant en ces lieux était importante, car, outre la citadelle, des maisons devaient se trouver en d'autres emplacements distants de trois à quatre cents mètres. De plus, dans la rade du BRUSC et vers les Embiez, il est fréquent que l'on découvre des. amphores ou, tout au moins, des parties importantes de celles-ci (fig. 1).

 

Une autre découverte importante a été faite par hasard, en 1953, en élargissant la route, à l'entrée du quartier du BRUSC. Une galerie souterraine de 1 m 50 à 2 m de haut, large de 0 m 50, passait sous la route venant de la citadelle, où elle correspond à un souterrain dont avait d'ailleurs déjà parlé FIESSINGER lors des fouilles de 1892. M. F. BENOIT, Directeur de l'Archéologie Provençale, venu au BRUSC, examina une portion du souterrain et conclut qu'il s'agissait d'un acqueduc de. construction très antique, alimenté par une source d'amont, lieu non encore déterminé. Ce canal passait sous la citadelle, qu'il devait alimenter en eau potable, et, ensuite, s'inclinait vers le sud-ouest pour aboutir vers le· port, dans le but, sans doute, de ravitailler les navires qui s'arrêtaient.

 

De part sa technique de construction, il ne peut être attribué qu'aux occupants de la colonie grecque-massaliote établie en cet endroit.

 

Au cours de recherches dans les archives de la commune de SIX-FOURS, j'ai retrouvé, dans le registre des délibérations communales (BB. N° 22), à la date du 16-12 1764, la proposition suivante du premier consul : « Sieur Jean RAYMOND, négociant de la ville de TOULON, possède une terre vigne, située dans ce terroir, quartier des Mouriès, dans laquelle il a découvert une source d'eau, ou acqueduc souterrain d'environ 7 pans (l m 75) de hauteur et 2 pans (0 m 50) de large prenant son commencement et tire à l'ouest, vers le rivage de la mer, quartier du BRUSC, distant d'environ 500 toises (l km) ». NuI doute qu'il s'agit là du même acqueduc, dont l'origine se trouverait donc au sud de Roches-Blanches, près de la route conduisant au quartier des Salles. Cet acqueduc d'un kilomètre montre bien l'importance attribuée à ce port par les colons de l'époque.

 

Nous voici arrivés, après la période grecque, à l'occupation romaine. Dans cette petite monographie, nous ne nous étendrons pas sur la querelle qui opposa, pendant de nombreuses années, les archéologues sur la position de la colonie des Phocéens de MARSEILLE: TAUROEIS - TAUROENTUM, et les interprétations de l'itinéraire maritime d'Antonin.

 

Les moyens d'investigation modernes, particulièrement sous-marins, ont permis à des archéologues réputés comme Fernand BENOIT, Eugène H. DUPRAT (dans son livre Tauroentum, 1935), maître Jean LAYET (Bulletin de l'Académie du Var, 1953) de prendre position en faveur du BRUSC.

 

C'est donc dans la rade du Brusc-Sanary que se serait déroulé, en l'an 49 avant notre ère, le combat opposant la flotte de Pompée, aidée par les Marseillais, à l'escadre de Brutus, qui l'a mise en pièce (voir Commentaires, Guerre civile de CESAR). Après cette bataille, dite de" TAUROENTUM '", la citadelle fut détruite en guise de représailles. Une nouvelle ville fut construite sous le même nom et servit de port d'escale pendant quelques siècles, mais on n'en retrouve plus aucune trace à partir du IV°·siècle; sans doute fut-elle brûlée au cours d'une invasion de Barbares. Cette double destruction par le feu correspond bien aux traces découvertes lors des fouilles de la citadelle relatées par FIESSINGER, et dont nous avons parlé ci-devant.

 

L'existence d'une colonie grecque importante à TAUROEIS est ainsi bien établie, colonie qui avait pour but de protéger le commerce grec, le long des côtes, des incursions pouvant venir de l'arrière-pays. La fondation de ces colonies, selon la coutume grecque, se faisait suivant un rythme religieux : l'endroit comprenait toujours un port et une colline, qui était la nouvelle Acropole où l'on déposait le feu apporté de la mère~ patrie et où l'on célébrait le sacrifice. TAUROEIS étant admis au Brusc actuel; où se trouvait l'Acropole ?

 

Aucune trace de construction n'ayant jamais été trouvé sur les sommets voisins du BRUSC, on ne peut penser qu'au sommet de SIX-FOURS : 210 mètres d'altitude, bien dégagé et permettant de signaler les incursions de Barbares venant des gorges d'Ollioules, où l'on a découvert de nombreuses habitations de tribus indépendantes appelées les Camatuliciens.

Cette hypothèse, qu'aucune preuve ne peut effectivement appuyer, expliquerait un début d'habitations sur ce sommet et les pentes de la colline.

BONNAUD et BOTTIN, archéologues amateurs (Bulletin de l'Académie du Var, 1909) firent, au début de notre siècle, des recherches poussées dans toute la région de TOULON, pour retrouver toutes les traces d'habitations gallo-romaines, civilisation s'étendant du 1° au V°siècle.

 

A SIX-FOURS, leurs découvertes furent nombreuses; nous ne citerons que les lieux :

Lagoubran : en face de l'entrée de la Pyrotechnie, à la limite du territoire d'Ollioules.

Le Verger: au.nord de Reynier, sur les pentes de SIX-FOURS.

Les Crottes: à l'est de SIX-FOURS, au-dessus de Vignelongue.

Lerys : sur la route de LA SEYNE aux Playes.

La Petugues : au nord de SIX-FOURS.

Sauviou : au bord de la mer (plage de Bonnegrâce).

Les Playes : village gallo-romain d'une grande étendue.

La Calade : entre les Playes et les Lones.

Pépiole : près de la chapelle.

 

Leurs trouvailles consistent en débris de mosaïque, tombes à tuiles, poterie rouge sigillée, céramique campanienne, meules, fioles de verre, etc ...

A Tamaris, également, on devait découvrir des fragments de mosaïque. Nous voyons ainsi que tous les alentours du sommet de SIX-FOURS étaient donc bien habités jusque vers le V' siècle.

 

BONNAUD et BOTTIN concluaient ainsi : « Les stations décrites se trouvent presque toujours au pied d'une montagne dont le sommet, mis en état de défense, offrait une protection contre l'attaque d'un ennemi. Les oppida dont l'existence est certaine sont ceux de SIX-FOURS, etc » ... Ils y auraient découvert « des tessons de poterie primitive et une hache polie, et, sous l'Eglise, en quantité, de la céramique gallo-romain ». D'autres descriptions du sommet de SIX-FOURS nous parlent souvent « d'un massif de ciment et de pierres plus dur que le rocher et d'une pierre noire d'assez grande dimension perforée en trois endroits, pierre destinée à recevoir le trépied sacré de la divinité adorée en ce lieu ».

 

Le Docteur ARMIEUX, dans un compte rendu à la Société Archéologique du Midi de la France, écrivait, en 1874 : « On n'a pas craint d'avancer sans preuves que l'Acropole de SIX-FOURS avait été occupée par un temple d'Apollon, auquel a succédé l'Eglise Ste-Marie de Cortine. Le culte d'Apollon pourrait se justifier à SIX-FOURS par le nom de Cortina donné à la partie la plus élevée de la ville. Cortina était le trépied sur lequel on rendait les oracles, et spécialement ceux d'Apollon ".

 

Quoiqu'il en soit, tous ces restes de constructions prouvent bien une habitation depuis une époque très ancienne.

 

 

 

III. - LE DEBUT DU CHRISTIANISME

 

Daniel ROPS, dans son livre « L'Eglise des Apôtres et des Martyrs », nous précise que « L'Eglise de Gaule, qui s'était fortement accrue au III° siècle, fait, au cours du IV" siècle, un véritable bond en avant. Elle compte 30 Evêchés en 313, et vers 360, sur les côtes méditerranéennes, les couvents germent : moines de Lérins que suscite saint Honnorat, moines de St-Victor de Marseille. A tous, Cassien, le premier grand mystique français, apporte, transposés en termes occidentaux, les éléments de la spiritualité monastique d'Orient. »

 

TOULON est devenu le Siège Episcopal aux environs de l'an 450. La civilisation occidentale se trouve alors en pleine transformation : l'état romain perd ses moyens d'action, les traditions rurales locales prennent le dessus. Les Evêques ont reçu de nombreux privilèges concernant les impôts, la justice, les écoles. Ils deviennent, en fait, les chefs réels des cités. Il parait donc normal que, dès cette époque, l'ensemble des habitants que nous avons vu vivre autour de SIX-FOURS aient eu une église pour se réunir, sans doute vers le sommet de cette colline où ils avaient leur oppida; nous en reparlerons plus en détail dans l'histoire de l'Eglise St-Pierre.

 

C'est à cette époque que les Wisigoths (en 412) font des incursions jusqu'en Provence. Puis ce sont les Ostrogoths et les Francs qui dominent, tour à tour, notre région.

 

Vers 517-545, saint Cyprien étant Evêque de TOULON, la Provence fut rattachée au royaume d'AUSTRASIE, commandé par Clotaire, fils de Clovis. Deux soldats de l'armée d'occupation, qui avaient déserté, abjurèrent l'arianisme pour se faire baptiser sous les noms de MENDRIER et FUVIEN. Ils vécurent dans la presqu'île de Cépet (qui était encore probablement une île) qui appartenait à SIX-FOURS, dans une vieille tour phocéenne. Ils furent assassinés par des pirates vers l'an 566.

 

Une civilisation originale, mélange de traditions romaines (six siècles d'occupation) et de coutumes des envahisseurs nordiques, se créa ainsi peu à peu dans la région : l'usage du latin se perd, le pouvoir religieux se dégrade, la misère et la sauvagerie vont en augmentant. La Provence, à partir de 771, fait partie de l'Empire de CHARLEMAGNE, et, après sa mort, elle est rattachée au Saint Empire Romain Germanique, auquel elle restera rattachée jusqu'au XIV° siècle.

 

 

IV. - LE ROYAUME DE PROVENCE

 

En fait, dans la période de l'an 700 à l'an 1000, ce n'est qu'une suite de pillages : incursions des Sarrazins, suivies par les ravages des troupes de l'intérieur venant, soi-disant, délivrer le pays. Les terres sont abandonnées, la région est devenue inhabitable, sauf dans les places-fortes appelées castrum, comme celle de SIX-FOURS.

 

La Provence s'est constituée en Royaume, sous le règne des BOZON, et la région de TOULON appartient aux Vicomtes de MARSEILLE. Les cités s'administrent par des consuls et sont, en fait, indépendantes. Dans les luttes incessantes contre les Sarrazins, les Six-Fournais eurent à livrer un combat en 950, à Malogineste, lieu qui se trouve sur la route allant de SIX-FOURS au BRUSC, et où un oratoire élevé en l'honneur de St-Pierre existe encore (fig. 2). Nous pouvons y lire, sur la plaque commémorative : « Aux Six-Fournais qui arrêtèrent les invasions ennemies par la victoire de Malogineste, remportée ici sur les pirates sarrazins, le 1er août de l'an 950 - Oratoire commémoratif élevé au X° siècle - 1861 ». En 1861, l'oratoire actuel fut restauré et la niche où se trouvait saint Pierre obturée. Jean DENANS, notaire royal à SIX-FOURS, nous donne, dans son manuscrit de 1708, les quelques précisions intéressantes ci-après : « Pour preuve de la vérité de ce combat et. l'avantage que les habitants eurent sur leurs ennemis, il se voit encore, au milieu du chemin, des sépultures entourées à fleur de terre de pierres bleues ». D'ailleurs, le sieur Louis JOUGLAS, maître chirurgien âgé de 80 ans et au delà, assure que ... « ayant creusé une des sépultures qui sont sur ledit chemin de Malogineste, il y trouva des os d'un homme ... qu'ils étaient de. grosseur et longueur extraordinaires, que le crâne surpassait en grandeur tous ceux qu'il avait vus pendant sa vie ». On trouva également beaucoup d'ossements « du côté de ponent du chemin » et « à la terre qui est derrière l'oratoire ».

 

La fin des luttes contre les Sarrazins fut la prise, en 972, du Castrum du Fraxinet, dans les Maures, qui était leur siège principal sur la côte.

 

 

V. - L'ORIGINE DU NOM DE SIX-FOURS

 

Nous arrivons ainsi aux environs de l'an 1000 et aux premières apparitions du mot qui devint SIX-FOURS.

 

Dans « Histoire de Montmajour », par Dom Chantelou, complété et annoté par le Baron du Roure, en 1890, nous trouvons un extrait d'un privilège du Pape LEON VIII, dont il existe deux copies fort anciennes aux archives des Bouches du-Rhône.

 

Ce privilège est de l'an 963 et parle de « castrum que nuncupant septemfurnos » (le bourg fortifié appelé sept fours) et nous montre qu'une partie de notre pays appartenait alors à l'Abbaye de Montmajour, dont l'origine remonte à 950.

 

Dans le même ouvrage, nous trouvons, dans une supplique de 1080 des moines de Montmajour au Souverain Pontife, l'indication « Sex furno », et, dans deux bulles de Urbain Il, une de 1096, l'autre de 1097, l'indication « septemfurni », que nous retrouverons encore, en 1102, dans une bulle de Pascal II.

 

Dans le cartulaire de St-Victor, connu sous le nom de « Liber magnus cantarum », qui a été écrit du XI° siècle au XIII° siècle, nous trouvons de nombreuses chartes concernant des donations faites aux moines de St-Victor :

 

- année 1035 (cart. No 451) mention de « Sex furnos »;

- année 1038 (cart. No 447) mention de « castrom et ad villa sex furnos »;

- année 1038 (carl. N° 448) mention de « villarum sex furnorom »;

- année 1044 (cart. No 32) mention de « castello vel villa que decitur sex furnos » et des droits de paroisse.

 

Nous arrêtons là nos citations, qui deviendraient fastidieuses, mais les documents précédents nous montrent l'existence, sur cette colline : d'un castrum (bourg fermé et fortifié), d'une villa (village non fortifié), d'un castello (château fort) et d'une paroisse. Le changement d'appellation « Sex » ou « Septem » peut provenir d'une erreur de la chancellerie pontificale, car ce n'est que sur des bulles des Papes que nous trouvons « septem », les moines de Montmajour, en 1080, et toutes les chartes des moines de St-Victor, à partir de 1035, indiquant bien « Sex ». Ce point admis, quel sens faut-il donner à « Sex furnos »? (écrit « Six furnis » au XII° siècle). Le sens littéral le plus proche est four (latin furnus); certains ont voulu y voir fort (latin fortis); d'autres, feu (latin focus).

 

La première version « four » ne peut recevoir d'explications.

Nous savons, par des documents plus récents, qu'il y avait dans le village le four banal dépendant du seigneur pour la cuisson du pain. Au moment de la plus grande prospérité de la Communauté, il y eut jusqu'à trois fours banaux, mais cela ne suffit pas. Des fours à chaux paraissent peu possibles; vu la nature géologique du pays, il a pu en exister un ou deux au maximum. Des fours à minerais vers l'an 1000 paraissent peu probables, aucune trace n'en étant parvenue jusqu'à nous. Cette version, quoique correspondant le mieux au nom tel qu'il est écrit dans les premiers documents connus, ne semble pas pouvoir être retenue.

 

La deuxième version, « fort », est plus facilement explicable à condition de ne pas prendre le mot fort sous le sens de forteresse comme nous le voyons maintenant, mais simplement de « lieu fortifié », groupe de maisons ou quartier pouvant s'opposer à une attaque des Barbares ou des Sarrazins.

 

Ces six lieux fortifiés seraient, d'après Jean DENANS, qui en 1708 a adopté cette version :

 

- LE PEYRON, quartier au-dessus du cimetière actuel de La Seyne, où se trouvent les ruines de vieux moulins. « On y a trouvé divers vestiges, des fondations de maisons, même des pavés de briques à la mosaïque, marqués de diverses couleurs, enchâssés et cimentés sur des matières fortes ».

 

- LE CROTON, quartier sur la route allant des Sablettes à Tamaris. « Il y a encore des vestiges d'une quantité de fondations de maisons, même un canal bâti pour la conduite des eaux ».

 

- LE BRUSC : nous y connaissons la citadelle d'origine grecque.

 

- LE CAP NEGRE, quartier entre la Coudourière et la plage de Bonnegrâce, et où existe actuellement une batterie déclassée. « Il ne parait aucun vestige, ce qui n'est pas trop surprenant, puisque ces maisons étant toutes bâties sur des rochers, dont le sol ne permettait pas de creuser des fondations, par la facilité qu'on a eu. d'employer ou emporter les pierres ou de les parsemer, il n'y a pas lieu d'en laisser bâties l'une sur l'autre ».

 

- LA LONE, quartier à la limite de Six-Fours, près de la Reppe. « Il ne paraît aucun vestige, étant tout proche de St-Nazaire (Sanary), a été creusé jusqu'aux fondations pour bâtir les maisons qui composent le dit lieu de St-Nazaire ».

 

Le sixième est SIX-FOURS, qui domine les cinq premiers, situés de 3 à 5 kilomètres de distance, trois pouvant défendre les attaques venant. de l'ouest et deux du côté de l'est, SIX-FOURS, le point le plus fortifié, où nous avons vu qu'il a toujours dû exister un oppida, puis un castrum. Cette version paraît plus plausible, elle est appuyée par un cachet ancien non daté portant les mots : « Le grand cachet de Six-Fours » , et un sceau indiquant : « Le SCEL de Six-Fours ».

 

Enfin, la troisième version, " feu ", est basée sur le système imposant les communautés pour un certain nombre de « feu ». Le feu représentant environ 300 habitants, il est peu vraisemblable que les six quartiers que nous venons de voir aient eu chacun environ 1.800 habitants avant le Xe siècle; cette version semble donc à éliminer.

 

L'explication du nom de Six-Fours étant donnée, il nous reste à parler de ses armes : SIX-FOURS porte : de gueules à une coquille d'argent ombrée de sable (fig. 3).

 

Fig. 3 - Les sceaux de Six·Fours.

 

 

D'où vient la présence de la coquille de pèlerin dans les armes de SIX-FOURS ? Peut-être est-ce en mémoire de Hughes GEOFFRO, Comte de Provence et Seigneur de Six-Fours, qui légua ses biens aux Abbés de St-Victor en l'an 1073, avant de partir pour la Terre Sainte.

 

Fig. 3 - Le sceau de la Collégiale.

 

 

Par ailleurs, un grand chapiteau en marbre blanc, d'ordre corinthien, avec une coquille sur le devant, a été découvert, il y a fort longtemps, au sommet de SIX-FOURS. Il est actuellement déposé sur l'autel de St-Pierre, dans la vieille collégiale. Est-ce cette coquille qui aurait donné l'idée des armes de SIX-FOURS ? Là encore, un mystère subsiste.

 

 

VI. - LE MOYEN AGE

 

Après l'an 1000, la documentation concernant SIX-FOURS est beaucoup plus importante; j'ai pu y puiser quelques renseignements intéressants. Mes principales sources sont :

 

- Le cartulaire de St-Victor. déjà nommé, qui comprend 22 Chartes concernant SIX-FOURS. La plupart sont des donations de terres de SIX-FOURS aux Abbés de St-Victor ou de simples confirmations des actes précités, confirmations données l’une par le Comte de Provence, les autres par lettres ou bulles de divers Papes.

 

- Les archives départementales des Bouches-du-Rhône. à Marseille (principalement séries B, C et H), qui possèdent le fond de l'Abbaye de St-Victor, comportant de nombreux actes de propriétés et des procès ou transactions entre les habitants de SIX-FOURS et les Abbés, Seigneurs du lieu .. ·

 

Nous y trouvons également toute la correspondance entre la Communauté, le Parlement de Provence, la Cour des Comptes, les justices seigneuriales, baillages, et assemblées générales des communautés. Ces archives, en ce qui concerne SIX-FOURS, s'étendent principalement de l'an 1480 à la Révolution, et on peut y voir vivre très en détail la population du pays.

 

- Les archives de la Communauté de SIX-FOURS, également très détaillées pour tout ce qui concerne les événements des XV°, XVII° et XVIII° siècle.

 

Dans cette petite monographie, nous ne citerons que quelques faits particuliers à· l'histoire locale.

 

Dès le début du XI° siècle, sous l'administration des Comtes de Provence, SIX-FOURS est rattaché à la viguerie d'Hyères, qui est le centre d'une des quatre provinces judiciaires entre lesquelles vient d'être divisée la Provence. Lorsque, en 1261, TOULON comptant 2.500 habitants est fait chef-lieu d'un baillage, le château de SIX-FOURS lui est rattaché. Mais de l'an 1000 à l'an 1156, les Vicomtes de Marseille eurent des droits de seigneur sur certaines parties de SIX-FOURS; toutefois, à partir de cette dernière date, ils sont éliminés au profit des seuls Abbés de St-Victor, qui resteront Seigneurs du lieu jusqu'à la Révolution.

 

Dans un document de juin 1302, donnant la liste des différents « farots », ou feux de garde, sur les côtes de Provence au Moyen-Age, nous en trouvons concernant la communauté de SIX-FOURS :

- Un au Runzels, ce qui pourrait correspondre à la désignation de la charte de St-Victor de 1156 : insulam de Rausellis voulant indiquer l'île du Rouveau, où il existe un phare actuellement. Certains auteurs ont désigné comme emplacement l'île de la Tour Fondue (dans le groupe des Embiez, où se trouvent les ruines d'une ·tour). Ce farot du Runzels communiquait, au sud-ouest, avec le farot de la tour de la Plumasse, qui était à St-Nazaire, dans la commune d'Ollioules.

- Un au cap de Cessiech, devenu le cap de Sicié, dont nous parlerons dans l'histoire de la chapelle de N.-D. de la Garde. Ce farot communiquait, à l'ouest, avec celui du Runzels, et, à l'est, avec celui de « Possalhs », dans le territoire de TOULON (aux environs de la grosse tour actuelle).

 

En 1364, Jeanne devenue Reine de Naples et de Provence depuis 1343, vint à SIX-FOURS, dont elle fit réparer le château et les remparts. Elle accorda ensuite le droit de régales aux moines de St-Victor. Sans héritier, elle adopta le Duc d'Anjou. Elle fut assassinée en 1382 et, après sa mort, une scission se produit :

 

- TOULON et ses environs reconnaissent Charles de Duras, arrière-petit-fils de Charles II (qui avait été le Comte de Provence), soutenu par le Pape, comme héritier.

- SIX-FOURS, ainsi qu'Ollioules, reconnaissent Louis 1° d'Anjou, soutenu par le roi de France, comme héritier.

 

Après de nombreuses guerres (1385-1388) entre les deux zones, ce fut Louis II d'Anjou, fils de Louis I°, mort en 1384, qui l'emporta. La reddition de TOULON se fit en mars 1388, en présence de nombreux gentilshommes six-fournais.

 

Des privilèges importants furent accordés, à cette occasion, aux habitants de SIX-FOURS et Ollioules, en compensation des dommages importants et pertes considérables subis pendant ces guerres. Ils furent confirmés, en octobre 1399, par Louis II. qui exempta les Six-Fournais à perpétuité du péage au baillage de TOULON. qui ne comptait alors guère plus d'un millier d'habitants.

 

En 1436, quatre galères aragonaises, venues de Saragosse, vinrent mouiller au port du Brusc pour se livrer au pillage. Les habitants de SIX-FOURS, armés, vinrent rapidement les obliger à se rembarquer sur leurs galères.

 

Dans le quartier de Pépiole, un gisement de fer fut découvert, en 1459, par un Toulonnais. L'exploitation de cette mine donna lieu à un procès avec les Abbés de St-Victor. qui avaient autorisé un Gênois à extraire du minerai dans les mêmes limites.

 

 

 

VII. - RATTACHEMENT A LA FRANCE

 

Après un long règne. le roi René mourut en 1480, et son successeur, qui ne lui survécut que quelques mois, institua pour héritier Louis XI, Roi de France. Ce rattachement de la Provence à la France ne devint effectif qu'en 1486, après que les Etats de Provence le ratifient en précisant qu'il s'agissait d'une « union non comme un accessoire à son principal, mais comme un principal à un autre principal, et séparément du reste du royaume »...

 

Nous pouvons remarquer que l'usage du droit romain n'a jamais cessé d'exister en Provence, jamais aucune occasion solennelle de le proclamer n'était négligée et .les circonstances les plus impérieuses ne pouvaient même y faire admettre la moindre dérogation. Le droit de s'administrer eux-mêmes. comme cela avait toujours eu lieu, fut ainsi stipulé et reconnu. Le souverain ne pouvait, en Provence, imposer aucun subside sans le consentement des Etats du pays,. véritable Parlement.

Les impôts n'étaient perçus que lorsqu'ils avaient été consentis; ils ne frappaient pas les particuliers, mais le corps entier du pays; les Consuls et le Conseil de la Communauté administraient leurs affaires.

 

Le rattachement avec la France amena la prospérité dans la région de TOULON, grâce à la construction de navires de guerre dans un arsenal, de plus en plus important, qui fut construit dans cette ville.

C'est à partir de cette époque- que nous verrons les Six-Fournais avoir une vocation de marins, ou s'orienter vers les travaux de constructions navales : charpentiers, calfats, etc ... En 1520-1530, apparaissent les actes d'acquisition par la Communauté, ou par de simples « manants et habitants », des premières terres cédées par les Abbés de St·Victor et Seigneurs de SIX-FOURS.

 

La région est envahie par les armées de Charles-Quint, qui ruinent le pays, une première fois en 1524, puis en 1536. En 1546, le château de SIX-FOURS est dans sa pleine puissance; il appartient toujours aux Abbés de St-Victor, et il est entouré de fortes murailles percées d'une seule porte et comportant une tour ronde au levant.

 

Chose curieuse, mais montrant la solidité des finances des petites communautés, Henri II, roi de France, fait, en 1558, un emprunt à SIX-FOURS et lui constitue une rente perpétuelle de 16 écus et demi d'or. Et, peu après, le Comte de Suze, gouverneur pour S.M. Henri III, en 1578, « recommande de bien garder .la ville et d'en réparer les remparts afin que, comme par le passé, les ennemis du Roi ne s'emparent point de· ce poste fortifié. Confiant en la fidélité et valeur des habitants, il·n'envoie pas de garnison, parce que, en tous temps anciens, aucun ennemi n'avait pu pénétrer dans cette place, aussi protégée par la nature que par la valeur des habitant ». Ceux-ci furent autorisés à porter des armes à feu contre les Turcs qui débarquent le long des côtes et font de grands dommages. L'ensemble des milices ainsi constituées comporte 676 hommes munis d'arquebuses et de hallebardes. Ils sont groupés en « dizaines » stationnées dans les différents quartiers d'où ils sont originaires.

 

Henri IV accorda, en 1592, des lettres de sauvegarde aux habitants, lettres qui furent confirmées par le Duc de Guise, gouverneur de Provence, en 1596, s'adressant au « dit lieu de SIX-FOURS, aux granges et bastides qui en dépendent ».

 

 

VIII. - LES XVII° ET XVIII° SIECLE

 

Vu l'importance des quartiers Tortel et Beaussier, au lieu lit « La Segno », une Eglise y est constituée en paroisse, en 1603; puis un four à cuire le pain est construit en 1604. Cette appellation vient du fait que, dans cette plaine marécageuse, croît en abondance une plante aquatique appelée « Siagno ». Aucune trace n'existe, dans les archives locales du XV· siècle, d'une immigration des habitants du village de Seyne (Basses-Alpes), comme l'ont prétendu certains auteurs. La formation de LA SEYNE par les habitants descendant de SIX-FOURS est surabondamment démontrée par tous les documents en notre possession.

 

C'est également à cette époque, entre 1608 et 1614, que l'Eglise romane St. Pierre, qui était d'ailleurs à l'extérieur de l'enceinte fortifiée, à côté de l'ancien monastère des moines de St-Victor, étant devenue trop petite, est agrandie par une Eglise gothique. Nous en verrons tous les détails dans l'histoire des Eglises.

 

En 1610, le Duc de Guise accorda aux Consuls le droit de porter le chaperon de velours violet, ce droit leur fut d'ailleurs renouvelé . par Louis XIII, qui leur accorda le chaperon de velours rouge et noir en 1619.

 

Au centre de l'île des Embiez, sur l'emplacement d'un fortin élevé sous François 1°, se construisit, en 1612, un château avec sa tour crénelée (voir détails dans l'histoire des Eglises du Brusc). Richelieu fit fortifier l'île en 1633, et la tour fut armée de trois canons en 1661.

 

C'est à cette période que SIX-FOURS est doté d'une deuxième enceinte fortifiée et que quatre postes de garde sont construits le long de la mer, en 1638. La population totale de la communauté atteint. alors 1241 familles, soit 4.800 habitants.

 

En juillet 1657, par lettres patentes du roi Louis XIV, obtenues par le cardinal de Mazarin, Abbé de St-Victor, LA SEYNE, que nous avons vu devenir un petit village avec sa paroisse, est séparée de SIX-FOURS et devient une communauté indépendante avec, comme Premier Consul, François TORTEL. Elle devint vite un centre important de constructions navales.

 

TOULON, devenu plus important depuis la fin du XVI° siècle, par ·son arsenal maritime, est le siège d'une sénéchaussée, en 1662, qui englobe dans ses limites SIX-FOURS et LA SEYNE.

 

Le diocèse de TOULON comprend alors trois collégiales : Hyères, Cuers et Six-Fours, et vingt-quatre Eglises paroissiales. La peste exerça de grands ravages en 1664.

Des batteries sont construites le long de la côte : aux. Embiez, au Cap Nègre, puis au Rayolet.

 

En 1707, lors de la guerre de la succession d'Espagne, la flotte anglaise, forte de 48 vaisseaux, fit sans résultat le siège de TOULON. Une partie de l'escadre était mouillée dans la rade du Brusc, d'où elle canonna SANARY et fit des descentes aux Embiez, y commettant des dégâts au château et aux terres. La famine se fit sentir dans la région, . aggravée par l'hiver de 1709, qui fut l'hiver le plus rigoureux jamais connu sur la côte ; tous les oliviers et la plupart des pins furent gelés; les oiseaux venaient se réfugier dans les maisons.

 

A cette époque, la répartition des 692 hommes en état de travailler dans les diverses professions à SIX-FOURS est la suivante :

 

- 467 (67,7 %) travaillent dans la marine, soit dans la marine du Roy, soit dans la marine de commerce, ou dans les arsenaux.

- 116 (16,8 %) travaillent dans l'agriculture. Ce chiffre parait très faible, mais il faut penser qu'un grand nombre de femmes et enfants travaillaient alors la terre.

- 81 (11,5 %) sont des artisans ou commerçants (tisseurs à toiles, tailleurs d'habits, maréchal de forge, cordonniers, maçons, menuisiers ... )

- 28 (4 %) sont des fonctionnaires ou ont une profession libérale (chirurgien, notaire royal, régent des écoles ... )

 

Jean DENANS, dans son manuscrit, nous dépeint le vieux village à cette époque où il commençait déjà à décroître, les habitants s'installant de plus en plus nombreux dans la plaine, la sécurité leur paraissant assurée (fig. 4).

 

SIX-FOURS comprenait deux parties :

- Une sur le sommet, close de murailles de grande épaisseur et fort élevées, et encore en assez bon état, à l'intérieur desquelles se trouvaient, au point culminant, les ruines du château; N.D. de Courtine et son clocher ressortaient sur l'ensemble. L'hôtel de ville avec sa citerne, l'auditoire de justice, une halle, une boucherie communale, deux fours banaux à cuire le pain, existaient dans cette enceinte, qui était percée d'une seule porte à l'est, la porte de l'Horloge.

 

- Une, dite « La Bourgade », sur la pente est, fortifiée de 1578 à 1633 en partie par le corps même des maisons construites côté du levant. Elle comprenait l'Eglise collégiale St-Pierre et l'hôpital.

 

L'ensemble était fermé par quatre portes : porte du Moulin, au nord; les portes d'Ollioules et de Toulon, à l'est, et la porte St-Roch, au sud_

 

 

Dans un manuscrit de Louis MOUROU, instituteur à SIX-FOURS, écrit au milieu du XIX· siècle, nous trouvons cette indication supplémentaire : « Il y avait encore, dans les murs d'enceinte, d'immenses réservoirs d'eau potable et des puits intarissables ».

Le village comportait alors (1710) au total sept églises ou chapelles. La population comprenait environ 540 familles, soit 2.000 personnes, dont un quart seulement habitait à SIX-FOURS, le reste dans les quartiers ou bastides, au nombre alors d'une quarantaine. La communauté est obligée de traiter (mars 1703) avec un docteur en médecine pour qu'il habite dans la commune, moyennant 300 livres d'appointements par an et 10 sols par visite. Jusque là, il n'y avait eu que des « chirurgiens » pour soigner la population.

 

En 1720, une épidémie de peste ravagea la région de TOULON, plus de la moitié de la population mourut, mais SIX-FOURS fut presque totalement épargnée. Les limites de la commune furent gardées pour éviter l'arrivée de contaminés. SIX-FOURS envoya des secours en vivres à BANDOL, où régnait la famine.

 

En 1779, vu l'importance prise par la population de la plaine, une chapelle agrandie fut érigée en succursale au quartier de Reynier.

 

La Révolution de 1789 fut marquée, à SIX-FOURS, par quelques pillages : les trésors de la collégiale, une partie des archives de la communauté, l'auditoire de justice et l'hôpital, qui fut détruit.

 

A la première Assemblée Electorale du Var, qui tint ses assises à TOULON en juillet et août 1790, SIX-FOURS est représenté par Pierre PECOUIT.

 

En 1793, lors de l'investissement de TOULON par les Anglais, le commandant BONAPARTE alla à SIX-FOURS, dont il dit : « J'y suis monté pendant le siège pour observer les positions anglaises. C'est un vrai poste à signaux, un nid d'aigle ». La garde nationale, qui comprend, à SIX-FOURS, 423 hommes, est chargée d'armer les batteries du Cap Nègre (un canon de 36 et trois de 24) et du grand Rayolet (quatre canons de 24), de la Lauve (pointe à l'est du Petit Gaou) et du Cap Vieux (sous la chapelle de N.D. de Bonne Garde, à mi-hauteur), de peur d'un retour des Anglais, qui mouillent à proximité de la rade du Brusc (fig. 5 et 6). Le ravitaillement était très précaire, particulièrement en blé, et l'ordre fut donné d'évacuer en totalité la population de LA SEYNE et SIX-FOURS. Il ne fut que partiellement suivi. Ce fut là toutes les répercussions des événements sanglants de TOULON, qui devint pour quelques années «  Port la Montagne » et perdit, en même temps, sa fonction de chef-lieu du département du Var.

 

C'est à cette époque révolutionnaire que deux fours banaux à cuire le pain sont enfin construits dans la plaine : un à Reynier, principal quartier; l'autre à Monnet. Jusqu'à cette date, les habitants de toute la commune étaient toujours obligés de monter à SIX-FOURS pour faire cuire leur pain.

 

IX. - LE XIX· SIECLE

 

La période napoléonienne eut assez peu de répercussions à SIX-FOURS, sauf par périodes où le blocus de la flotte anglaise se faisait. particulièrement sentir. Lors de l'institution de la Médaille de Ste-Hélène, il y eut 105 Six-Fournais cités.

 

De mai 1827 à juillet 1846, il exista, sur l'île des Embiez, une fabrique de soude extraite des varechs et plantes marines, abondant aux alentours, et comprenant huit fours avec condensateurs, douze chambres de plomb et un canal de fumée de 378 mètres de long.· Elle donna lieu à procès à partir de 1843, parce que, avec les vents dominants du mistral, les gaz émis brûlaient les vignes, le long de la côte et à l'intérieur. La fabrique de soude fut, finalement, interdite par arrêté préfectoral. .

 

La Mairie actuelle fut construite en 1831, à REYNIER, la population était alors d'environ 3.000 habitants. Il y avait trois instituteurs (deux à Reynier et un aux Playes), mais il existait de nombreuses écoles privées tenues par des Sœurs.

 

Un fait à peine croyable, et qui montre la vie rude de l'époque, nous est relaté par les délibérations municipales de 1834 : lorsque les ruisseaux ne coulaient pas, ce qui était fréquent neuf mois sur douze, les femmes étaient obligées d'aller laver leur linge à OLLIOULES, où elles se rendaient soit en charrette, soit avec un âne transportant toute la lessive. Les édiles décidèrent de construire, dans le vallon du Rayolet, un lavoir public. Ce lavoir couvert fut réalisé à 400 mètres en aval de la source abondante de Fontête. Quelques ruines marquent encore son emplacement, à environ 2 km 800 de Reynier, en bordure du sentier conduisant à N.-D. de Bonne Garde.

 

Un fort fut construit dans l'île des Embiez, en 1847-48; il fut armé de dix bouches à feu. Ce fort St-Pierre est encore intact aujourd'hui, à la pointe nord de l'île.

 

L'épidémie de choléra de 1853, très importante à TOULON et LA SEYNE, ne fit que dix victimes à SIX-FOURS.

 

Le 3 mai 1859 voit le chemin de fer arriver à TOULON; cela va transformer notre région, jusqu'alors très isolée du reste de la France et ne pouvant pratiquement faire son commerce que par la mer.

 

REYNIER, centre de la commune, se modernise : en 1861, une halle servant de marché couvert est construite sur la place de la Mairie; elle existe toujours, et, sur la même place, un puits de six mètres de profondeur alimentant une pompe à main est la première installation d'eau potable réalisée à SIX-FOURS. Un sémaphore destiné à recevoir et transmettre les signaux de la haute mer est construit en 1862, à côté des ruines de N.-D. de Courtine, au sommet de la colline. On découvrit, en le construisant, des sépultures et des vestiges anciens de qualité auxquels personne ne prit garde.

 

Un très violent incendie parti des environs du Brusc, en 1868, dévasta la presque totalité des forêts du cap Sicié. Après la malheureuse guerre de 1870, et de peur d'un débarquement des Anglais, une redoute est construite, en mars 1871, à côté du sémaphore; c'est la ville de TOULON qui paya les 100.000 francs nécessaires.

 

Puis, en 1875, commencèrent les travaux du fort actuel, qui fut terminé en juin 1881, sonnant le coup de grâce du vieux SIX-FOURS, dont presque tous les derniers habitants partent à ce moment. La route d'accès au fort fut construite à la même époque (fig. 7 ).

 

 

 

 

Au Brusc, les pêcheurs étaient assez nombreux et avaient formé une prud'homie; l'administration des Ponts et Chaussées fit construire une jetée de 40 mètres et un quai, en 1882. Une catastrophe maritime se produisit à la pointe du Gaou, le, 1er mars 1889 un torpilleur toucha un rocher et coula en quelques minutes, six hommes périrent. Un monument a été élevé en leur mémoire dans le cimetière de Reynier. C'est vers cette époque que furent désarmées les batteries de la côte : St-Pierre aux Embiez et le Cap Nègre. Les autres tombèrent en ruines et l'on peut encore voir, à certaines, les canons laissés sur place. Un groupe scolaire, important pour l'époque, est construit en 1882/84, à REYNIER, le long de .la route des Sablettes.

 

X. - LES TEMPS MODERNES

 

Les premières distributions d'eau publiques sont installées à REYNIER en 1896, où deux puits, en bordure de la route des Sablettes, assurent l'eau à un lavoir installé sur la place centrale et à une fontaine;. au BRUSC en 1903, où un puits, près de l'entrée, alimentera deux fontaines.

 

Un port privé est construit. à la Coudourière, en 1901, par les tuileries Romain Boyer en plein développement.

 

Les transports, jusqu'alors assurés par deux lignes de diligences, l'une de Reynier à La Seyne en correspondance avec les bateaux qui vont à Toulon, l'autre du Brusc à Toulon, sont améliorés, à partir de 1912, par la création d'un service d'autobus par l'entreprise LAUGIER. Des tramways assureront, à partir du 27 août 1917, le service des voyageurs et marchandises dans la région de « l'ouest varois » depuis La Seyne-Reynier-Sanary-OIlioules jusqu'au Beausset; ce service durera environ vingt ans.

 

Un premier cinéma est installé à REYNIER, en janvier 1914, par M. Louis BONNET.

 

Après la guerre de 1914/18, où de nombreux Six-Fournais tombèrent au champ d'honneur, fut inauguré, en avril 1922, le monument aux morts, de forme pyramidale, qui se trouve à la bifurcation des routes des Sablettes et de La Seyne.

 

La guerre marquera un changement profond dans l'histoire de SIX-FOURS, qui va sortir de son existence de petit village dont la population est partagée entre l'agriculture et le travail à l'arsenal de TOULON ou aux chantiers de LA SEYNE, et s'orienter petit à petit vers le tourisme. Un chiffre nous marquera cette évolution: les terrains se vendaient alors, au BRUSC, à 1 franc le m2; les mêmes se vendent actuellement plus de 5.000 A.F. (5.000 fois plus !!!)

 

Le premier pas vers cette nouvelle destinée est marqué par le « Journal officiel » du 1" février 1923, qui nous apprend que la commune de SIX-FOURS portera désormais le nom de SIX-FOURS-LA-PLAGE.

 

L'île de Gaou est reliée à la terre, en 1931, par une digue formant route, afin de faciliter l'accès de ce point de vue sur la mer et les falaises, qui est très joli à voir lorsque la mer est grosse par fort mistral.

 

Sous l'occupation consécutive à la guerre 1939/40, les Allemands construisent, en 1943, des casemates et des blocs de béton tout le long des plages et sur le quai du Brusc. En juillet 1943, l'ordre d'évacuation de tous les habitants des quartiers des Lones, de la Coudourière, du Cros et partiellement du Brusc, est donné. Les maisons sont démolies, les arbres et les vignes coupés au pied, Les champs sont minés, la vie dans la commune de SIX-FOURS devient de plus en plus difficile.

 

Enfin, à l'annonce du débarquement des Alliés en Provence, les Six-Fournais vont se réfugier dans les bois du 15 au 25 août 1944 : Reynier, le Brusc sont bombardés.

 

Le 26 août, c'est la reddition du fort de SIX-FOURS, qui était occupé par une forte garnison allemande, qui l'évacue et fait sauter ses munitions.

 

En juillet 1945, un grand pèlerinage viendra au Brusc, avec la Vierge de Cotignac, que l'on promènera dans les ruines des maisons et sur un bateau dans le port.

 

Il faudra attendre 1950 pour que la reconstruction aux Lones et au Brusc commence à redonner au paysage un aspect plus normal, mais les arbres seront encore longs à repousser.

 

Le quai du port du Brusc· est agrandi, les travaux dureront plusieurs années: en 1954, la route longeant la mer depuis ce quai jusqu'au Gaou, est en chantier. En même temps, une nouvelle jetée est mise en construction dès 1952, pour abriter le port.

 

Les améliorations routières vont se concrétiser :

 

- En 1952, par une route d'évitement du quartier de Reynier (le nouveau Six-Fours) facilitant la circulation dans le village.

 

- En 1953, une route départementale (la D.63) remplaçant d'anciens chemins, créait une liaison rapide entre Sanary, les Lones, les Playes, la gare de La Seyne et Toulon.

 

- En 1955, une route forestière partant de la route du Brusc, au lieudit la Roche Blanche, après une agréable traversée de la forêt, dans le vallon de Roumagnan, rejoint la route montant à N.-D. de Bonne-Garde, d'où l'on peut jouir d'un panorama unique depuis le massif de Marseille Veyre, à l'ouest, jusqu'au massif des Maures et les îles d'Hyères, à l'est. Toute la presqu'île de Sicié, celle de St-Mandrier, et la rade de Toulon sont à vos pieds.

 

- En 1961/62, une route de bord de mer rejoint la plage des Lones à celle du Brusc, en passant par la Coudourière.

 

Puis ce sont les travaux d'équipement scolaire qui sont à signaler :

 

- 1936 Création d'une école à La Coudourière (5 classes).

- 1954 Rénovation de l'école des Playes (2 classes).

- 1957 Construction d~une nouvelle école au Brusc (6 classes).

- 1960 Création d'une école aux Lones (5 classes).

- 1960 Construction d'une nouvelle école à Reynier (19 cl.).

- 1962 Rénovation de l'ancienne école de 1890 à Reynier  (9 classes) ..

soit au total 46 classes, contre les 3 que nous avons vues en 1831.

 

Parallèlement, l'équipement sanitaire de la commune se développe :

 

Une adduction d'eau partant d'un puits foré près de la Reppe, à la limite de la commune de Sanary, atteint successivement tous les quartiers. Des réservoirs importants sont créés : un de 600 m3 en 1954, deux autres de 600 m3 en 1957/58, et, enfin, un dernier de 1.600 m3 en 1963.

 

Le tout à l'égout est entrepris, d'abord en 1950/51 aux Lones, puis en 1959 à Reynier, bientôt au Brusc. Le refoulement s'effectue par un collecteur important rejoignant l'émissaire commun des villes de TOULON et LA SEYNE, qui va se déverser dans la mer, au large du cap Sicié.

 

Un stade municipal est créé près de Reynier et s'améliore d'année en année. Un terrain de camping municipal est organisé en 1960 dans une île communale, à côté de la pointe du Gaou au Brusc. II est relié à la terre par un bac à moteur.

 

Enfin, nous signalerons, au point de vue touristique, les aménagements considérables effectués dans l'île des Embiez. Cette île, achetée en 1958 par M. Paul RICARD, a perdu sa vocation millénaire d'exploitation du sel pour se transformer en port international d'accostage et de mouillage, accessible aux plus grands voiliers. Son plan d'eau sera de 8 hectares et il comprendra 1.800 mètres de quai, avec, à terre, toutes les installations nécessaires à la pratique du yachting.

 

 

 

 

DEUXIEME PARTIE
LA COLLEGIALE SAINT-PIERRE DU VIEUX SIX-FOURS

 

L’ histoire de cette église a été écrite de multiples fois et a donné lieu à des polémiques importantes, les uns faisant remonter son origine au IV°siècle, les autres au XII° siècle.

Les écrits pouvant trancher cette question sont rares, et certains mis en avant par des historiens paraissent faux aux yeux des autres; nous ne pouvons donc qu'émettre des hypothèses concernant les origines du christianisme à SIX-FOURS.

 

Nous avons vu, dans la première partie, que les découvertes de MM. BONAUD et BOTTIN prouvent qu'à l'époque gallo-romaine, tous les alentours de la colline de SIX-FOURS étaient habités.

 

Du VII° au X°b siècle, c'est l'obscurité complète sur l'histoire de notre région et nous ne pouvons que supposer qu'une petite agglomération plus ou moins fortifiée ait subsisté au sommet de SIX-FOURS, et où devait vivre misérablement la population précédemment décimée dans la plaine et au Brusc.

 

Après le départ des Sarrazins. la vie reprend normalement et nous trouvons dans le cartulaire de St-Victor de MARSEILLE les premières chartes (début XI° siècle) faisant mention, en 1044, des droits de paroisse à SIX-FOURS.

 

L'Abbaye de St-Victor, à MARSEILLE, avait été fondée par saint Cassien, vers 415-420, elle devient bientôt célèbre dans toute la chrétienté. Des restes imposants de la basilique du V° siècle et des cryptes sont encore visibles sous l'église fortifiée actuelle. Les Abbés de St-Victor fondèrent des prieurés dans tous les pays de langue provençale et reçurent en dons de nombreuses communautés. Du VIII° siècle à la fin du X°, ruinée par les invasions, la vie de l'Abbaye est très ralentie et ce n'est que vers 965 que les Vicomtes de MARSEILLE lui restituent ses biens.

 

Les seuls documents valables nous montrent ainsi que SIX-FOURS était un domaine de l'Abbaye de St-Victor, sûrement au début du XI° siècle, peut-être vers la fin du X° siècle, et qu'à cette époque une église existait. Mais, contrairement à ce que certains ont affirmé, aucun document ne prouve qu'avant le IX° siècle les Abbés de St-Victor avaient des droits sur SIX~ FOURS. La petite communauté qui vivait au sommet et aux alentours de SIX-FOURS avait probablement une chapelle sur laquelle fut construite, à la fin du X° siècle ou au début du XI° siècle, l'église Romane actuelle. Pour être complet, nous mentionnerons ce que nous avons pu savoir sur la question de la crypte-citerne et sur les diverses inscriptions datées du IV° siècle· qui auraient existé à SIX-FOURS.

 

 

 

1. - LA CRYPTE.

 

Deux thèses sont en présence ; celle écrite dans les annales de SIX-FOURS, publiées en 1866 par M. le Comte Gustave d'AUDIFFRET et dont l'auteur réel est l'Abbé GARREL, curé de SIX-FOURS, vers 1860. Elle précise, avec plan à l'appui, qu'il s'agit « d'un sanctuaire souterrain, espèce de catacombe ».

La deuxième, émise par Remy VIDAL dans son livre « Six-Fours », publié en 1896, considérant qu'il s'agit d'une citerne effectivement visitée par l'auteur en 1876.

 

Ces deux thèses ont été ensuite recopiées par tous les auteurs d'histoires sur SIX-FOURS, personne n'ayant d'ailleurs eu la curiosité de visiter ce souterrain.

Une précision est à ajouter: d'AUDIFFRET termine sa description en précisant que, lors de la construction de l'église gothique (1608-1614), « cette espèce de catacombe fut convertie en citerne » ..

 

Par contre, aucune évacuation n'existe actuellement, malgré des recherches minutieuses; le canal de trop-plein de 0,35 x 0,40 signalé par R. VIDAL n'a été trouvé nulle part, et· il n'y a pas de trace d'obturation récente.

Malgré cela, cette citerne ne se remplit pas, bien qu'elle ne soit pratiquement pas utilisée. Une marque très nette sur tout son pourtour montre que l'eau s'y stabilise à environ 2 mètres du fond, ce qui suppose une non étanchéité au-dessus de ce niveau. Mais cela n'empêche pas que son utilisation à l'usage de citerne est certaine depuis 1614. Jusqu'au début de ce siècle, il existait encore un petit local adossé à l'église, avec une pompe à main et une fontaine où les habitants pouvaient puiser l'eau.

 

Toutefois, notre visite montre qu'il ne peut plus être question « d'une excavation de 15 mètres de hauteur dans le roc » indiquée par d'AUDIFFRET, ni « d'une grande crevasse de rochers de 10 mètres au-dessous de l'église » citée par R. VIDAL.

 

Deux hypothèses peuvent être émises pour la période antérieure au XI' siècle :

 

1°) Nous aurions, à cet emplacement, une construction ancienne reposant à environ 2 mètres au-dessous du sol, sur laquelle, à l'est et de façon continue, on allait construire l'église Romane (fig. 9).

Cette construction aurait eu comme dimensions : environ 9 mètres de longueur et une largeur variant de 3 mètres au nord à 2 mètres au sud, et une hauteur pouvant être de 6 mètres (celle des voûtes actuelles). La partie sud, où se trouve le puits actuel, étant une avancée par où on pouvait accéder, la pente du sol naturel allant en montant vers le sud et le puits actuel n'étant dû qu'à une forte hauteur de déblais, pierres et terres accumulés au cours des siècles ..

 

2°) La présence d'une simple faille dans les rochers ayant en moyenne 2 mètres de profondeur et qui, obturée du côté nord soit naturellement, soit par un mur, aurait ainsi formé un bassin contre lequel on aurait construit, sur son grand côté, de 9 mètres, l'église Romane. Il est remarquable que cette profondeur de 2 mètres correspond au niveau auquel l'eau se stabilise actuellement.

 

 

Quelque soit l'hypothèse envisagée, il ne peut être question d'une citerne remontant à l'antiquité, comme plusieurs auteurs l'ont affirmé.

 

Des, fouilles complètes dans la partie ouest de l'église Romane. aussi bien à l'intérieur qu'à' l'extérieur, pourraient facilement arriver à éclaircir ce problème, très important pour établir l'origine du christianisme à SIX-FOURS.

 

 

 

2. - LES INSCRIPTIONS.

 

Nous ne pouvons, pour ce point, qu'examiner ce qui a été écrit précédemment :

 

- Jean DENANS, notaire royal à SIX·FOURS, dans un manuscrit de 1708, nous parle en ces termes d'une ancienne inscription : « Il y avait une pierre bâtie à la muraille d'une maison, dans l'ancien village (il s'agit des maisons se trouvant sur le sommet de SIX-FOURS où est le fort, et non des ruines subsistant sur le versant est), à laquelle étaient gravées des lettres ou caractères que j'ai toujours ouï dire, depuis mes jeunes ans (J. DENANS est né en 1635), qu'elles expliquaient le temps de la fondation du lieu. Cette pierre a paru jusqu'à environ l'année 1675 que la maison ayant été abattue »

 

- Inscription des Playes : Jean DENANS nous indique également : « J'ai trouvé une pierre bâtie à un banc qui est au-devant de la chapelle de N.-D. d'Abondance, aux bastides de Sabatier, du quartier des Playes, où il est gravé les lettres suivantes': « D.M .. THALLIVSA ET SIBI SUIS FECICIT »

 

- Honoré BOUCHE, dans sa chronographie de Provence, publiée en 1664, en parlant de l'église paroissiale, dit : « L'on y voit encore cette inscription sur une pierre : « D.M .. IVL. THALVSSA SIBI ET SUIS FECIT ».

 

- L'Abbé BURLE a écrit dans une notice, en 1861 : « Les vieillards du pays assurent, d'après leurs ancêtres, que le nom du fondateur de la basilique latine était grave sur une pierre, à l'angle du bras de croix nord, détruit au XVII° siècle, lors de la fondation de la nouvelle église ». Il en donne une copie relevée sur un écrit de 1651, de Guilhem COLOMB, chanoine de la collégiale, trouvé au quartier des Playes, dans une maison. « Je mets ma confiance dans le Seigneur. ci·gît AUDOFLIDUS, prêtre du bourg de la basilique baptismale du divin ou de saint Pierre, apôtre, l'an du Christ 375 »

 

- Une inscription existe, en bien mauvais état, sur le mur à droite du chœur de l'église Romane. Cette inscription en trois lignes a été déchiffrée :

« Monumentum . CCCLXIIII - Santo Petri”

 

 

- Enfin, dans le cimetière situé sur la face est de l'église, on trouve une pierre en calcaire comportant, sous une grande croix latine, la date: CCCLXVIIII.

Un autre pierre, assez semblable mais ne comportant que la croix, se trouve sur un des contreforts nord de l'église.

 

En ce qui concerne ces trois dernières inscriptions, l'Abbé BOYER, dans un article de Provence Historique, paru en juillet 1957, démontre qu'il s'agit manifestement de faux.

Ceci admis, les autres inscriptions n'ayant pu être retrouvées, l'ensemble des données épigraphiques concernant SIX~ FOURS ne peut nous donner aucune indication.

 

Nous parlerons maintenant de quelques objets contenus dans l'église Romane, et qui peuvent témoigner de son ancienneté.

 

Vers 1860, l'Abbé GARREL, alors curé de SIX-FOURS, fit démolir un entourage en briques qui fermait l'autel de St-Pierre; ces briques étaient les mêmes que celles qui avaient servi au pavage de l'église du XVII° siècle. L'autel primitif apparut alors tel qu'il est aujourd'hui : table de pierre d'un bloc de 2 m 08 de longueur sur 0 m 96 de largeur et 0 m 20 d'épaisseur, reposant sur un bloc de pierre de 1 m 10 de hauteur et de 60 X 53 de section. Les autels de ce genre et de cette dimension sont très rares, et Henry REVOIL, architecte en chef du gouvernement, dans son livre " L'architecture romane du Midi de la France », paru en 1867, le cite en le comparant à celui existant dans la chapelle de la Trinité de LERINS, chapelle très ancienne datant certainement des premiers siècles.

 

Nous signalerons ensuite l'existence, de chaque côté de l'autel St-Pierre, de deux armoires creusées dans l'épaisseur du mur. Ces deux armoires étaient utilisées : celle côté nord, appelée prothèse, à recevoir les offrandes, et celle côté sud, sacrarium, à recevoir le Saint-Sacrement. Ces armoires étaient utilisées avant l'existence des tabernacles, ce qui était le cas pour l'autel St-Pierre, composé d'une unique pierre que nous venons de décrire et où le prêtre disait la messe face au peuple, en se tenant dans l'espace qui· existe entre la pierre d'autel et le mur est.

 

Ces armoires ont pour dimensions : 103 centimètres de hauteur, 65 centimètres de largeur et 60 centimètres de pro~ fondeur. Leur position actuelle, très près du sol, qui paraît anormale, est due à la surélévation du sol de l'église Romane.

 

Le sacrarium fut utilisé, au XIX' siècle, en reliquaire des morts. A la mort d'un parent, les Six-Four nais avaient coutume d'y porter un vêtement du défunt : veste, bonnet, fichu,·etc... afin de le rappeler au souvenir des fidèles et leur demander des prières. Cette coutume était toujours vive en 1910.

 

Enfin, l'église comportait, dans sa partie occidentale, un baptistère dans la chapelle qui s'appelait de St-Jean-Baptiste à l'origine, puis du St-Esprit au cours du XVIII° siècle, et de Ste-Philomène vers la fin du XIX° siècle, vraisemblablement à partir du moment où fut construit l'autel en bois qui existe actuellement. En 1708, Jean DENANS précise : « Depuis la chapelle St-Jean-Baptiste, où sont les fonts baptismaux, et à présent du St-Esprit »..., et, en 1861, l'Abbé GARREL indique : « La citerne qui alimentait le bassin où l'on descendait pour être baptisé existe encore, mais le bassin a été détruit, il y a vingt ans environ ». En 1909; le Comte V. de GAUDEMARIS, dans son livre « Six-Fours, ses églises »,signale : «  au-dessous de l'orgue, les fonts baptismaux furent, vers 1870, ornementés avec des parties du retable »...

 

Il semble donc que, vers 1840, les fonts baptismaux ont été changés de place. Une fouille sommaire sous l'autel de Ste-Philomène a fait effectivement apparaître, sous le malonnage, un socle de forme circulaire de 30 centimètres de diamètre percé d'un trou vertical de 3 centimètres qui aboutit à un conduit horizontal à environ 40 centimètres sous le sol. Ce conduit, constitué par des tuiles rondes recouvertes de briques, est dirigé est-ouest, aboutissant peut-être·à la citerne.

 

Ces .restes prouvent l'existence de fonts baptismaux à cet emplacement, qui devaient s'écouler dans la citerne, et l'on peut se demander si, au-dessous de ce conduit, au niveau ancien de l'église Romane, ne se trouvait pas un baptistère plus important « où l'on descendait pour être baptisé », et qui aurait été enfoui lorsque l'on a construit l'église gothique. Ce baptistère se serait trouvé sensiblement au niveau de la construction souterraine dont nous avons parlé, et communiquant peut-être avec elle ?

 

En 1600, l'ancienne église Romane était nettement insuffisante pour recevoir toute la population de la communauté au moment des offices. Les Consuls proposèrent son agrandissement suivant les plans de l'architecte Guillaume BORELLI, de MARSEILLE, qui prévoyaient une nouvelle église orientée nord-sud et s'encastrant dans l'église Romane, dont une partie de la façade nord devait ainsi être démolie. Le Lieutenant-Sénéchal, au siège de la ville d'HYERES, les approuva en 1607. Le première pierre fut posée en 1608. L'ensemble des travaux coûta 21.371 livres, et fut terminé en mars 1614. La première messe y fut célébrée le 10 mars 1614.

 

Alors que l'église Romane mesure 25 m 60 de longueur, 6 m 30 de largeur, soit 15 m 90 y compris les collatéraux, pour une hauteur de 9 m 90, la nouvelle église gothique mesure 37 m 50 de longueur, 10 mètres de largeur, soit 21 m 20 y compris les chapelles, pour une hauteur de 14 m 50. Cette nouvelle partie était construite sur l'ancien prieuré ou caméra, vaste construction très robuste et tout en voûtes où logeaient le prieur et les moines dépendant de St-Victor.

 

L'église Romane possède deux chapelles dans les collatéraux, et l'église gothique six chapelles.

 

Les pluies d'est, toujours abondantes dans notre région, amenèrent des rentrées d'eau importantes dans l'église, et il fut construit, en 1617, le long de la façade est, un auvent reposant sur quatre arcades prolongeant la toiture.

 

La consécration de l'église n'eut lieu que le 5 juin 1634, deuxième jour de Pentecôte, par Mgr Auguste de FORBIN, de Solliès, évêque de TOULON, sieur Jean MARTINENQ, étant Premier Consul de SIX-FOURS.

 

 

 

Ci-après, quelques détails sur cette cérémonie, extraits du manuscrit de Jean DENANS, notaire royal à SIX-FOURS.

 

« Le dit Seigneur Evêque aurait commencé la consécration sur les 4 à 5 heures du matin, après avoir fait dépouiller tous les autels, couvrir ceux-ci, même le Crucifix, de crêpe, comme au jour du vendredi saint, parcouru par trois fois toute la dite église avec un aspersoir ... après, ayant des cendres avec deux cribles, fait avec les dites cendres une croix de saint André tout au long de l'église, commençant au premier pilier vers sainte Anne, jusqu'au dernier pilier de la porte, vers le grand autel vieux ... Cela fait, avec la crosse, il grava et écrit les lettres de l'alphabet à chacune des dites croix, tant latines que grecques ...

« Etant sorti de la grande porte et rentré par la petite de St-Eloi, fit prendre les dites saintes Reliques (de saint Mandrier de Six-Fours et de saint Cyprien de Toulon) à Messire Guillaume COLLOMB, prêtre de Six-Fours, revêtu de sa chasuble, après en procession tournant toute l'église et revenu au-devant la grande porte, celle-ci étant fermée, le dit Seigneur Evêque, prenant du Saint-Chrème dans un petit vase, fit par trois diverses fois la croix avec le dit Saint-Chrème à la dite grande porte avec son doigt et avec du coton l'essuya ... S'étant mis à genoux, prit le dit vase de verre, bouché de liège, où étaient les dites Reliques, qui fut mis dans un trou qui fut fait au milieu dudit autel, tout proche de la grande pierre qui est au-dessus et fut bâti dans le trou par J. JOUGLAS, maçon, et étant, le dit Seigneur, derrière le grand autel et monté sur une échelle, et là, en trois croix qu'on y avait faites, à chacune desquelles fit brûler un cierge blanc y appliquant du Saint-Chrème ...

 « Cela fini, il consacra le grand autel y faisant allumer plusieurs cierges, et ensuite le dit Seigneur Episcopal monta en chaire et fit une prédication de 1/2 heure par laquelle il expliqua tous les mystères de la dite consécration »

 

Messire Jacques LOMBARD, curé de Six-Fours, ayant fait un voyage à ROME, Notre Saint-Père le Pape URBAIN VIII lui concéda à perpétuité, pour son église, le pouvoir des clefs de St-Pierre. Cette bulle fut annexée par arrêt du Parlement et enregistrée au greffe de la Cour l'an 1635. De la limaille des chaînes de saint Pierre fut enchâssée dans la clef d'or et dans celle d'argent « pour, les dites clefs, être touchées par les malades d'esprit et par ceux qui ont été mordus par des bêtes venimeuse ». Ces clefs, disparues lors du pillage de l'église pendant la Révolution, furent remplacées par d'autres en 1801.

 

Les malades de la région se rendaient à SIX-FOURS pour assister à la messe célébrée sur l'autel primitif de St-Pierre et recevaient l'imposition des clefs. C'est ainsi qu'en 1655 une pauvre veuve d'Ollioules n'ayant qu'un fils de 20 ans, lequel, mordu par un chien enragé, se trouva bientôt dans un état désespéré, se rendit à SIX-FOURS pour assister à la messe et implorer la protection du grand saint Pierre. Elle reçut pour son fils l'imposition des clefs. Elle retourna alors à Ollioules, où elle est reçue par une foule considérable qui lui annonce que son fils avait été guéri miraculeusement au moment où elle était à SIX-FOURS. Ce fils se maria et, à la fin de sa vie, il recommanda à ses enfants et petits-enfants d'offrir, tous les ans, à St-Pierre de Six-Fours, une palme et de porter, nu~ pieds, le buste de saint Pierre à la procession du mois d'août. Depuis plus de trois siècles, toutes les années, les descendants de la famille Vieil viennent, le premier dimanche d'août, exécuter ponctuellement les vœux de leur aïeul.

 

Le 19 novembre 1648, par délibération du Conseil de la Communauté, il fut demandé à Antoine de RICHELIEU, cardinal de LYON, grand Aumônier de France et Abbé de St-Victor, de bien vouloir ériger l'église St·Pierre en collégiale. L'acte fut passé le 24 janvier 1650 et prévoyait les revenus nécessaires au fonctionnement de la dite collégiale. Le collège comprenait onze chanoines et un doyen. Le premier doyen fut Messire Jacques LOMBARD, qui était le curé de SIX-FOURS. Cette érection fut confirmée par une bulle de Notre Saint-Père le Pape INNOCENT XI, du 10 décembre 1654.

 

En l'honneur du chapitre, il fut érigé, en 1656, une banquerie dans le chœur composée de 60 stalles et des orgues installées au-dessus de la porte d'entrée.

 

L'habitude voulait, au XVII° et XVIII° siècle, que l'on enterre sous les églises. Dans l'état civil de SIX-FOURS de cette époque, on retrouve très souvent la mention, dans les actes de décès, (enseveli dans une tombe de N.D. du Mont-Carmel, dans la chapelle Ste-Madeleine du Purgatoire, de St-Pierre, de St-Eloi, etc ... · », ou, lorsqu'il s'agit d'un prêtre, « enseveli sous le Maître Autel ». Le dessous de l'église est partagé en caveaux voûtés dont un, que nous avons pu voir sous la chapelle du Purgatoire, mesure 2 m 20 dans le sens nord-sud et 1 m 60 dans le sens est-ouest. La hauteur sous voûte est d'environ 1 m 50; on y accédait par des dalles dont quelques-unes sont encore visibles, mais dont la plupart ont été recouvertes par des mallonages plus récents.

 

Dans une délibération du Conseil de la Communauté de SIX-FOURS, du 4 août 1771, nous lisons : « Les tombeaux de la confrérie du Purgatoire se trouvent interdits par la dernière visite de Mgr l'Evêque de TOULON, à cause qu'ils se trouvent pleins et qu'on ne peut y ensevelir personne ».

 

Le 7 août 1771, Mgr l'Evêque de TOULON prenait l'ordonnance suivante :

 « Nous permettons de vider les caveaux de l'église de SIX· FOURS et de transporter les ossements dans le terrain à côté de l'église, tournant au levant, après que le dit terrain aura été béni par le Curé de SIX-FOURS et qu'il aura été muré. Quand les dits ossements auront été mis dans un fossé profond de ce nouveau cimetière, le Curé fera l'Absoute et on les couvrira. Le lendemain, on chantera une messe de Requiem »

Nous trouvons là l'origine de ce cimetière existant à l'est, en contrebas de la collégiale.

 

Le 15 mai 1776, un décret du Roi interdisait d'enterrer dans les églises et les caveaux de la collégiale ne furent plus ouverts.

 

Puis l'histoire de la collégiale St-Pierre n'est plus marquée d'aucun fait important, mais, autour d'elle et depuis 1750, le village se vide au profit de la plaine. A la Révolution de 1789, une partie de son trésor est pillé, mais la plupart des œuvres d'art sont sauvées. Pierre FOURNIER, curé de St-Pierre, refuse de prêter serment à la Constitution; trois fois, il est mis en prison à TOULON, mais toutes les fois les Six-Fournais allèrent réclamer sa libération.

 

En 1859, l'Abbé GARREL étant curé de SIX-FOURS, un calvaire en fer forgé est construit sur un socle carré en pierre, grâce à un don de la famille OLLIVIER. Il est toujours en place, à l'entrée de ce qui fut le village de SIX-FOURS. En 1866, un nouveau cimetière est construit au nord de la collégiale, surplombant la plaine.

 

 

 

 

 

En 1899, une restauration complète des toitures de la collégiale a lieu sous la direction du service des Monuments Historiques.

 

A la libération, en août 1944, la collégiale subira quelques dégâts qui nécessiteront une nouvelle réfection totale des toitures. L'église est toujours ouverte pour le pèlerinage du premier dimanche d'août et la grande procession de saint Pierre ainsi que pour quelques solennités religieuses, en particulier pour la messe de minuit.

 

En 1962, le service des Monuments Historiques a fait restaurer les stalles du chœur, qui avaient été très abîmées par le temps.

 

 

GUIDE POUR LA VISITE DE LA COLLEGIALE

 

classée monument historique en 1839

 

On entre généralement dans la collégiale par la petite porte de style roman donnant dans le collatéral droit de l'église romane. (Repère 4 du plan, p 53.)

Au tympan de l'abside, se trouve une pierre portant, sculptées, les armes de Jean DENANS, notaire royal à SIX-FOURS, qui fut ennobli en 1696 et dont un manuscrit, conservé aux archives de la commune, donne de précieuses indications sur la vie du vieux SIX-FOURS au XVII° siècle.

Cette chapelle, anciennement de Ste-Catherine, devint ensuite la chapelle de l'Enfant-Jésus; elle ne comporte qu'un autel en pierre de forme primitive : une dalle supportée par un bloc en maçonnerie.

 

 

A l'origine, le sol de toute l'église romane était à environ 1 m 50 au-dessous du sol actuel. Nous passons sous les arceaux faisant communiquer le collatéral à la nef centrale (fig. 11). Sur l’arc doubleau, de chaque côté, deux plaques de pierre :