REMY VIDAL
1875
Description du vieux Six-Fours
Description des maisons de la bourgade.
 
La partie la plus ancienne de Six-Fours était située au sommet et sur le versant septentrional de la colline, les maisons faisant face à Ollioules.
Entourée de bonne heure par de fortes murailles terrassées en dedans, cette ville avait au moyen age la réputation d’être inexpugnable.
On y pénétrait par deux portes : celle de corlage, appelée le grand portail ou porte de l’horloge et celle de l’auditoire nommée le petit portail. Indépendamment des maisons d’habitations, l’ancienne enceinte renfermait encore l’église N. D. de Courtine, la chapelle de Sainte Anne, la tour carrée de l’horloge et le château.
 
Les parties de l’ancienne enceinte encore debout en 1875, appartenaient à une époque difficile à déterminer. Les murs avaient environ, 0,70 m d’épaisseur, étaient terrassés en dedans et bâtis avec des matériaux pris sur les lieux et à peine dégrossis. La porte de Corlage ou grand portail qui avait son entrée dans la rue du Jeu de Ballon était pourtant mieux construite. Elle s’ouvrait en plein cintre dans une tour carrée qui s’élevait sur des assises de calcaire en petit appareil régulièrement taillé. L’issue était fermée au dehors par une herse, en dedans, en dedans par deux vantaux, comme était d’usage au XII° et XII° siècle. La clef de voûte de son archivolte portait le millésime 1654, date que ne peut correspondre qu’à celle d’une réparation faite à cette porte après l’achèvement des murs de la bourgade.
 
Les quelques pans de murs de vieux château encore visibles à cette époque étaient trop délabrés pour nous permettre de juger de son importance et de son étendue ; pourtant nous avons remarqué que cette habitation féodale, encore entière au XVI° siècle, était mieux construite que les remparts de la ville et appartenait à une époque plus récente.
 
En 1875, au moment où le Vieux Six-Fours allait disparaître pour faire place à l’imposante forteresse que nous voyons aujourd’hui, il ne restait plus que quelques maisons de la Bourgade encore habitées. Comme nous l’avons déjà dit, ces maisons datent de commencement du XVI° siècle et plus d’une porte encore les caractères de cette époque. On ne peut guère s’attendre à trouver dans ce village des maisons biens luxueuses, c’est donc l’habitation d’un modeste bourgeois que nous allons visiter.
 
Les Maisons :
 
A Six-Fours, les maisons étaient généralement orientées de l’est à l’ouest et n’avaient ordinairement que deux façades, les deux autres cotés étant mitoyen avec les maisons voisines. Les rue allaient donc du Nord au Sud ; abritées du Mistral, mais bien aérées, elles étaient chaudes en hiver et fraîches l’été. De plus les maisons étant peu élevées et bâties en amphithéâtre, le soleil les éclairait la plus grande partie du jour et malgré le peu de souci qu’on avait de la blanchir, leur aspect était des plus riant.
 
Du XVI° au XVII° siècle la maison d’un bourgeois de Six-Fours n’est pas grande. C’est le plus souvent une habitation ayant deux ou trois fenêtres de façade, montées de deux ou trois étages sur rez-de-chaussée. La porte d’entrée encore dans le style du siècle précédent, a son archivolte en arc surbaissé, souvent ornée d’une belle moulure taillée dans des claveaux en pierres dures. Le vantail à panneau plein, porte un heurtoir vertical battant de gauche à droite et des ferrures fixées avec des clous dont la têtes est ornée de fleurons. Les fenêtres sont à croisillons et fermées à l’intérieur par des volets à petits panneaux.
 
Quand l’escalier ne se trouve pas immédiatement à la porte d’entrée, montant en spirale dans une tourelle en saillie sur la façade ; on entre dans la maison par un long corridor assez étroit et fort mal éclairé ; le plancher est carrelé en briques grossières assemblées en arêtes de poissons et le plafond est formé d’une suite de voûtes d’arrêtes souvent très régulières. Tout de suite à droite en rentrant, deux potes donnant accès dans deux pièces différents prenant le jour sur la rue : la cuisine et la salle à manger.
La cuisine est grande et bien éclairée ; en face de la porte d’entrée se trouve une vaste cheminée et l’évier. La salle à manger est aussi très spacieuse, puisqu’elle occupe le reste du rez-de-chaussée, on y trouve une grande cheminée vers le milieu de la pièce et quelques placards dans les angles. Dans beaucoup de maisons, de la fenêtre de la salle à manger, tournant à l’est, le bourgeois de Six-Fours jouissait d’un point de vue incomparable sur la rade de Toulon : il voyait depuis les montagnes boisées de la Seyne jusqu’au delà des îles d’Hyères.
 
En continuant à suivre le corridor on arrive à l’escalier qui conduit au étages. Cet escalier étroit, tournant beaucoup sur lui même, dur à monter, est assez mauvais. Il prend jour de distance en distance par quelques petites ouvertures pratiquées sur la façade du fond. A droite en montant, on s’appuie sur une lourde rampe en maçonnerie décorée d’une colonne et de plusieurs pilastres en plâtre ornés de moulures ; soutenue par des balustres carrées également en plâtre. A gauche, le long de la muraille, une barre de bois, ou une simple corde sert de main courante. Dans les encoignures des niches sont disposées pour recevoir une veilleuse ou l’image d’un saint.
 
Le premier étage n’a que deux pièces : une grande chambre à coucher et un petit cabinet. Sur le palier deux portes donnent accès à chacune de ces pièces qui peuvent à volonté communiquer par une porte placée au fond de l’alcôve ou rester indépendante. La chambre à coucher du premier étage étant la pièce la plus importante de la maison est aussi la mieux décorée. Son principal ornement est une immense cheminée, allant du sol jusqu’au plafond, richement ornée de moulures et d’ornements en plâtre.
Dans la chambre à coucher d’une maison de la bourgade, dans la rue du jeu de Ballon, nous avons trouvé une disposition bizarre et assez curieuse. C’est tout à fait dans un angle de cette chambre, un oratoire de forme octogonale orné à l’extérieur de pilastres avec moulures et guirlandes en plâtre. Ce petit cabinet, qui était probablement le lieu de retraite de quelque chanoine de la collégiale de Six-Fours, comme le fait présumer l’ange agenouillé qui surmonte la coupole de ce petit réduit, n’est éclairé que par une petite fenêtre grillagée et présente à l’intérieur l’aspect un peu triste d’une cellule de cloître.
Le plancher de ces appartements était carrelé le plus souvent en briques grossières carrées, mais le plafond est toujours remarquable par ses poutres et ses poutrelles en bois de mélèze bien équarries et très régulièrement espacées.
 
Le deuxième étage a souvent la même disposition que le premier ou un plus grand nombre de pièces selon les besoins de la famille, mais n’a plus de cheminée monumentale ni aucune décoration architecturale.
Le troisième étage, quand il existe, a les mêmes divisions que le deuxième ; enfin le grenier sous les combles est disposé pour recevoir du fourrage et les produits de la récolte.
Presque toutes les maisons bâties à l’intérieur des remparts avait une citerne creusée dans le rocher et qui en occupait souvent toute la surface.
 
Hors des murs, les maisons de la Bourgade, et particulièrement celles de la rue du Jeu de Ballon, ont des sous sols qui s’étendent souvent de cinq ou six mètres sous la chaussée. Ces caves renferment d’abord une citerne bien cimentée, la cuve, le pressoir, les tonneaux pour le vin, les jarres pour l’huile, un emplacement pour le bois à brûler et un petit coin pour l’âne ou le mulet indispensable dan les pays montagneux pour le transport des récoltes. On pénètre dans ces caves soit par un escalier qui descend du rez-de-chaussée, soit par une porte qui s’ouvre dans une ruelle qui est de plusieurs mètres en contre bas de la rue du Jeu de Ballon.
 
Nous n’avons pas trouvé dans les vieilles maisons de Six-Fours assez de meubles anciens pour reconstituer le mobilier d’une habitation de ce village du XVI° au XVII° siècle et cela est d’autant plus regrettable que les quelques fragments de bahuts, de fauteuils, de huches, etc.., que nous avons vu gisant pêle-mêle dans les caves ou les greniers étaient très élégants et prouvaient le bon goût des vieux six-fournais.
 
Les murs de clôture de la Bourgade étaient de simples maçonneries en moellons noyés dans du mortier ; peu épais, 0,60 m environ, et qui ne devaient pas offrir une bien grande résistance.
Les portes qui s’ouvraient dans ces murs étaient d’un travail plus soigné, comme on le voit encore à la porte d’Ollioules située au bas du village. Les ruines de cette porte nous montre qu’elle était bâtie en pierres calcaire de petit appareil, jusqu’au dessus de l’archivolte, et la tour qui la surmontait, comme les murs de clôture, en pierres de toutes provenances. Nous voyons aussi qu’elle était construite sur le modèle des portes de la première enceinte, c’est-à-dire qu’elle était défendue par un tour et fermée par une herse et deux vantaux.