HISTOIRE DE SIX-FOURS
 
DES QUESTIONS ?
REPONSES RAPIDES
 
Ces questions m’ont été posées par mon entourage qui ne connaît pas plus l’histoire de Six-Fours que la moyenne des six-fournais.
J’ai essayé de répondre le plus clairement et le plus simplement possible.
Les puristes y trouveront certainement à redire mais j’ai voulu intéresser plutôt que renseigner. Pour cela il y a le livre de M. Jouglas et le manuscrit Denans.
Je me suis bien sur inspiré de ces deux livres (et de bien d’autres) pour ces réponses.
 
 
D’OU VIENT LE NOM DE SIX-FOURS ?
 
Cité la première fois en 963 dans les biens de l’abbaye de Montmajour « septem furnos », puis Sex furnos en 1035, sur le chapitre de l’abbaye de St Victor.
 
Latin :          Furnus : four
                   Fortis : fort
                   Focus : feu
                   Faros : phare, feu de garde
 
Les deux hypothèses les plus vraisemblables et qui sont complémentaires l’une de l’autre.
 
Six lieux fortifiés : Sex fortis
C’est l’avis de maître Denans ( 1708) et il nomme les lieux suivant :
Le Peyron ; le Crotton (sur l’actuelle commune de la Seyne) le Brusc, le Cap nègre, les Lônes, la colline de Six-fours qui portait l’ancien village.
Ne pas oublier qu’avant 1657, le Grand Six-Fours comprenait toute la presqu’île de Sicié et St Mandrier.
 
Six feux de garde : Sex faros
Ce système de feux de garde existait déjà du temps des grecs (voir le Brusc).
Toutes les colonies phocéennes étant à vue l’une de l’autre par un point haut.
De part sa position, la colline qui domine le cap Sicié permet de relayer des signaux qui auraient été interceptés par sa masse.
Il y aurait eu :
soit six feux de garde sur son territoire (qui était immense),
soit six feux de garde à vue, de divers points de la côte ou de l’arrière pays,
soit le sixième feu de garde de la côte à partir d’un point précis (Marseille ?).
 
 
QUI ETAIENT LES SEIGNEURS DE SIX-FOURS ?
 
Quand, en 972, Guillaume, dit le Libérateur, Comte de Provence, extermina les sarrasins qui ravageaient le pays, il fit don d’immenses territoires à ses nobles lieutenants qui avaient participés aux combats, pour qu’ils en assurent la protection.
Toute notre région (de Toulon à la Ciotat) échut aux vicomtes de Marseille.
 
Par la suite, les abbés de St Victor qui possédaient déjà des églises et des terres sur Six-Fours, reçurent des dons en terres des Vicomtes de Marseille partant pour les croisades. Et ce, jusqu’à posséder les deux tiers du territoire.
Le titre d’abbé était donné à celui qui dirigeait une abbaye.
 
Pour obtenir cette troisième partie, ils firent un long procès aux descendants des Vicomtes, allant même jusqu’à produire de faux documents (voir Duprat).
Ils finirent par donner en échange de la troisième partie de Six-Fours, un château (celui d’Ollières), des terres qu’ils possédaient dans la région et des droits sur diverses cités.
 
Pourquoi désiraient ils tant avoir Six-Fours ? Peut être pour les salins des Embiers, pour l’accès à la mer que lui donnait ses deux ports (le Brusc et la Seyne), pour la taille de son territoire (le vieux Six-Fours était formé des communes actuelles de Six-Fours, la Seine, St Mandrier)… on ne le saura jamais.
Ils en restèrent les seuls seigneurs jusqu’à la révolution, soit pendant 700 ans.
 
Les Abbés de St Victor étaient issus des plus grandes familles provençales, certains de ces abbés devinrent papes. A la suite de la réunion à la France ( 15° siècle) le titre fut porté par des nobles français ou étrangers (Médicis ou Richelieu pour ne citer que des noms connus). Mazarin, 1° ministre de Louis XIV fut seigneur de Six-Fours.
 
L’abbaye de St Victor était l’une des plus puissante et riche de Provence, sous cette protection, malgré la dureté des temps, Six-Fours eut plus d’avantages que beaucoup d’autres.
Six-Fours avait la réputation d’être imprenable, son puissant château construit par les Vicomtes de Marseille, ses hautes murailles qui protégeait le village, sa situation défensive, le fait très rare dans la région que plus de la moitié de sa population habitait dans plus de 100 hameaux (67 après la séparation de la Seyne en 1657), fait qu’il ne fut jamais attaqué. De plus, attaquer Six-Fours c’était attaquer l’église et le roi.
 
Six-Fours ne reçut, sans doute, que rarement la visite de ses puissants seigneurs.
 
 
POURQUOI LE VILLAGE DE SIX-FOURS A T’IL ETE RASE ?
 
Après la défaite de 1870, la France décide de renforcer ses défenses.
Le fort de Six-Fours fera partie de ce que l’on appelle le système « Serré de Rivière » qui préconise de renforcer les défenses existantes au Mont Faron et de les doubler de forts situés sur les hauteurs voisines, pour protéger le port de Toulon et éviter tout débarquement sur les côtes voisines.
 
A cette époque furent construits les ouvrages du Coudon, du Mont Caume, du Gros Cerveau, le fort de Pipaudon à Evenos, de la Croix Faron et enfin le fort de Six-Fours.
 
Le vieux Six-Fours, qui était un village médiéval fortifié, comme la Cadière et le Castellet fut acheté par la Marine, après expropriation des propriétaires.
Le château (un sémaphore avait déjà été construit sur ses ruines), son église (notre Dame de Courtine) ainsi que la partie la plus ancienne du village, contenu dans la première enceinte, furent totalement détruits, sans aucun contrôle archéologique. La colline elle même fut arasée sur presque 10 mètres pour implanter le fort en 1875.
 
Une route fut crée à cet effet, remplaçant les anciens chemins caladés.
Les maisons de la deuxième enceinte et la bourgade, étaient destinées à la destruction, abandonnées et en ruines. La guerre de 39-45 eut raison des dernières bâtisses encore debout.
 
Par sécurité, la municipalité fit boucher toutes les caves et détruire tout ce qui restait.
En ruines, toutes les églises du vieux village avaient été vendues au 19 ° par la municipalité pour la destruction. Il ne demeure plus aucune trace de ce qui fut le plus puissant village fortifié de notre région.
Seule demeure la Collégiale.
 
 
ET LES SOUTERRAINS, ALORS ?
 
Tout six-fournais a toujours entendu parler de souterrains. A en croire la légende, le sous sol de Six-Fours serai un vrai gruyère.
 
Le sous sol de Six-Fours, contrairement au reste de la Provence est constitué de roches primaires (schistes, quartzites…) parmi les plus vieilles du monde. Comme les Maures et les îles d’Hyères, le massif du cap Sicié fait partie des restes du continent tyrrhénien, le premier à avoir émergé des eaux.
 
Autant le dire, au risque de décevoir : Dans ce type de sol, il ne peut y avoir de galeries naturelles creusées par les eaux. Quant à y creuser un souterrain de plusieurs kilomètres (du fort jusqu’à la Sardine comme le racontait ma grand mère) cela aurait été impossible sans un travail colossal de soutènement.
De plus le relief très accidenté, suite de vallons et de crêtes, les nappes phréatiques affleurantes à Reynier et au fond de certains vallons, aurait rendue pareille entreprise impossible sans les moyens techniques d’aujourd’hui.
 
Mais le fameux aqueduc grec du Brusc, il est bien souterrain ?
Il ne l’est pas vraiment, car il a été creusé, à l’origine, dans le sol comme une canalisation à ciel ouvert, puis recouvert de larges plaques de pierre. Il s’est enfoui au cours des siècles.
 
Les « Fouans croutados » ou sources voûtées, de par la profondeur de leur réservoir d’eau, ressemblent aussi à des amorces de galeries. Celles qui se trouvent autour du vieux village sont très anciennes.
Dans la plaines, de nombreuses citernes d’irrigation, de par leur taille et le nombre de galeries qui irradiaient de leur centre, ont pu faire penser à un réseau de souterrain (Ex : Font Clarette, Mourriés). On n’a pas d’indication de leur age exact.
 
Mais celle qui est vraisemblablement à l’origine de la légende est la grande citerne de l’ancien village, qui existe toujours (à côté de la Collégiale). Elle pourrait dater du VI° siècle. Sa taille l’a fait prendre pour une église souterraine (l’abbé Garrel), plus tard pour l’entrée du fameux souterrain qui rejoindrai la plaine. Ce n’est qu’un ingénieux récupérateur d’eau de pluie qui alimentait sans doute le baptistère de la toute première église du village. Par la suite, elle devint la principale alimentation en eau du village.
 
 
LA BATAILLE DE LA MALOGINESTE (EN 950) A T’ELLE EUE LIEUE ?
 
Une bataille victorieuse, contre un quelconque ennemi venu de la mer, a certainement eue lieue. Pour certaines choses, la tradition populaire se trompe rarement. M° Denans, en 1708, en parle comme « ce que l’on a toujours cru et su par tradition », mais il n’a jamais donné de date.
C’est sûrement l’abbé Garrel, curé du vieux Six-Fours, grand inventeur de légendes et de faux documents, qui en a fait l’épopée, que tous ceux qui ont écrit sur Six-Fours ont repris.
 
Les hordes de pillards (sarrasins et gens du pays passés à la rapine) venaient du Fraxinet dans les Maures et ravageaient la région jusqu’à ce que Guillaume le Libérateur les exterminent en 972.
Qu’en 950, les six-fournais de l’époque, sans doute peu nombreux et désorganisés, aient put lutter contre ceux qui avaient rasé Toulon, attaqué Marseille et Aix, semble peu probable.
 
Soit, plus vraisemblablement, après la victoire de Guillaume le libérateur, les six-fournais eurent affaire à une bande de fuyards, réchappée du massacre.
Armés, peut être par leur nouveau seigneur, le Vicomte de Marseille, ils purent les repousser.
 
Soit, plus tard, à partir du 11° siècle, une bande de « barbaresques » assez importante fut refoulée à la Malogineste. (malogineste : mauvais genets – les argelas)
Les attaques de bateaux « pirates », à la recherche d’esclaves, à vendre ou à troquer contre rançon, n’étaient pas rare jusqu’à la fin du XVII° siècle. S’ils s’attaquaient en priorité aux pêcheurs, ils pouvaient effectuer des razzias à terre.
 
A cette époque, le château et le village s’étaient fortifiés, la chapelle romane St Pierre (la collégiale) pouvait servir de défense avancée, les feux de garde fonctionnaient de nouveau, puisque les six-fournais ont attaqué les pillards  presque à leur descente de bateau (ils avaient accosté à la Gardiole). Ils étaient donc avertis. De nombreuses fermes (futurs quartiers) parsemaient le territoire. Elles étaient les cibles, car le château et son village fortifié, étaient imprenables, sauf par un siège et par une importante armée.
 
 
POURQUOI LA SEYNE S’EST SEPAREE DE SIX-FOURS ?
 
Six-Fours a toujours eut une grande opinion de sa valeur et de son ancienneté.
Plus « grande » que les autres, car d’origine phocéenne, elle en avait conscience (d’où la légende que les anciens six-fournais étaient plus grands de taille, ils étaient seulement plus grands par l’origine). L’on était du village, qui ne contenait qu’une petite partie de la population totale, ou l’on était des Bastides (les quartiers) où se trouvait le plus grand nombre d’habitants, mais dispersés sur l’ensemble du territoire.
 
Six-Fours accepta difficilement que l’un de ses quartiers, formé par des familles de Six-Fours (Les Tortel, les Beaussiers, les Daniel), ayant une population égale à Six-Fours et ses 67 quartiers satellites au XVII°, puisse acquérir une certaine indépendance.
 
A cette époque les habitants de tous les quartiers devaient accomplir tous leurs devoirs, tant religieux qu’administratifs au vieux village et là seulement. De plus, seul Six-Fours avait « l’exclusivité » des fours à cuire le pain (fours banaux), obligeant tous ses habitants, même les plus éloignés à monter au village.
 
La Seyne, dont l’essor ne se démentait pas, attirait les familles de toutes les communes voisines. Si Six-Fours perdait son plus grand port, elle courrait à sa déchéance. Hélas elle voulut contraindre, forte de sa suprématie, et non céder une parcelle de son pouvoir. Ce fut sa perte.
 
La Seyne demanda au seigneur de Six-Fours sa séparation d’avec le village-mère. Elle lui fut accordé en 1657, par l’abbé Franchipani. Les abbés ne perdant rien au change puisqu’ils restaient seigneurs des deux communautés.
A partir de là, le vieux village glissa doucement vers sa déchéance, car cela ne lui servit par de leçon.
 
 
QUE S’EST T’IL PASSE D’IMPORTANT A SIX-FOURS ?
 
On serai tenté de dire : RIEN. Ce qui est déjà exceptionnel.
La communauté fut bien sur soumise, comme les autres, à la dureté des temps, mais elle fut préservée de bien des choses.
Contrairement à Toulon, Six-Fours (et sa voisine Ollioules) prit toujours le bon parti lorsque les Grands s’affrontaient. Elle y gagna la franchise du port de Marseille et de tous les péages sur terre (droits d’entrée sur les marchandises) pour toute la Provence. Elle y gagna aussi sa réputation d’honneur et de fidélité.
 
A cause de sa situation géographique, Six-Fours craignait plus les dangers venant de la mer que ceux venus de la terre. Le beausset, Evenos et Ollioules assuraient ses arrières et gardaient le Grand Chemin Royal qui passait au-delà de ses limites.
Les six-fournais, tant du village que des bastides, de part le représentant du roi en Provence, avaient le droit de porter les armes et de former des milices.
Six-Fours assurait la garde des côtes et des feux de surveillance.
La communauté de Six-Fours ( et d’Ollioules) racheta très tôt nombres de droits seigneuriaux (voir Denans), cela lui coûta cher, mais elle y gagna en liberté et cela lui assura une certaine prospérité.
 
Si elle ne produisit jamais assez de blé pour assurer sa subsistance (il lui était facile de s’en procurer), la communauté tirait une grosse partie de ses revenus de la vente du vin et de l’huile qu’elle écoulait facilement par mer ou par terre (et sans péage). Le port du Brusc ( après la perte de celui de la Seyne) lui fournissait tout les produits de la mer, les salins des Embiers, le sel pour conserver les aliments. Six-Fours possédait également un droit, jalousé par les communautés voisines, que ses seigneurs religieux, ne pouvant l’exercer, leur avait céder : le droit de chasse.
 
Six-Fours fut pratiquement toujours préservée de la peste qui dévastait souvent la région. La communauté ordonnait alors la « serrade » (fermeture) : le village et les bastides se barricadaient. Comme le village, presque toutes les bastides sont bâties en position de défense et possèdent un puit ou une source. A cette époque chaque maison contenait toute la production agricole et les animaux de basse cour. L’entrée du port du Brusc était contrôlé. Six-Fours était surtout hors des grandes voies de communication et les trois quarts de sa population étaient éparpillée sur l’ensemble de son territoire.
 
Les six-fournais eurent de tout temps une haute opinion de leur origine, puisque fondée par les phocéens de Marseille. Cela les classait parmi les plus anciennes cités du royaume. Tout cela renforçait leur fierté et leur indépendance.
" Ils étaient SIX-FOURNAIS "